Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

Microcrédit agricole --- Des impasses et une nouvelle piste

Opinion

 

Si le microcrédit apparaît depuis plusieurs années comme une porte de sortie permettant à de nombreuses personnes de s’extraire de la pauvreté dans les pays en développement, les experts ont vu leurs espoirs se tarir face aux multiples essais mis en place dans des pays à faibles et moyens revenus. En effet, le microcrédit n’a pas eu d’effets significatifs sur les revenus, le niveau de vie et la possession d’actifs des ménages. Les raisons en sont floues.

Une des explications serait que les pratiques actuelles ne sélectionnent les emprunteurs adéquats : ceux qui possèdent les compétences spécifiques ou les ressources complémentaires nécessaires pour obtenir un rendement important. Pour vérifier cette hypothèse, nous avons conçu une nouvelle méthode baptisée TRAIL (trader-agent intermediated loans, ou « emprunts par l’intermédiaire d’un agent »). Cette méthode consiste à déléguer la sélection des emprunteurs à des agents choisis au hasard parmi d’importants négociants locaux ou prêteurs informels. L’idée était de mettre à profit leur expérience du prêt au sein de la communauté locale et de les récompenser par des commissions sur le remboursement des prêts aux emprunteurs qu’ils avaient recommandés. Les emprunteurs étaient responsables de leurs prêts individuellement. La durée du prêt correspondait à la période de culture de la denrée de rapport locale (principalement la pomme de terre), permettant ainsi l’affectation du prêt à la production agricole. Sans remboursement du prêt, pas question d’obtenir de nouveaux crédits. Il n’y avait ni réunions de groupe, ni exigences en termes d’économies personnelles.

Un essai a été réalisé sur le terrain dans deux districts de l’État indien du Bengale-Occidental afin d’évaluer la méthode TRAIL et de comparer ses résultats avec ceux des prêts de groupes (PG), la forme traditionnelle du microcrédit. Pour les PG, les villageois devaient former des groupes de cinq puis solliciter des prêts à responsabilité solidaire. Les programmes TRAIL et PG ont été assignés au hasard à 24 villages. Seules différences entre les 2 programmes : les procédures de sélection des emprunteurs et la responsabilité vis-à-vis de l’emprunt, toutes les autres conditions d’emprunt étant identiques. Seuls les villageois possédant moins de 0,6 ha de terres arables pouvaient participer aux programmes. Des prêts ont été accordés au hasard à 10 ménages parmi ceux recommandés (dans les villages TRAIL) ou parmi ceux formés en groupes (dans les villages PG). Les programmes ont été mis en place sur huit cycles d’emprunt trimestriels de 2010 à 2013.

Conclusions : les emprunts TRAIL ont accru la production de pommes de terre et les revenus agricoles de 27 à 37 % sans aucune baisse de revenus provenant d’une autre source alors que les résultats pour les PG n’ont pas entraîné de changement notoire, comme observé aussi dans d’autres expériences récentes en matière de microcrédit. Des analyses détaillées de nos données montrent que les emprunteurs sélectionnés par l’agent TRAIL ont été nettement plus productifs que ceux des groupes auto-constitués du programme PG. Les prêts TRAIL ont connu un taux de souscription plus élevé tout en étant moins onéreux à administrer. Nous n’avons trouvé aucun élément indiquant que des agents TRAIL auraient détourné les bénéfices engrangés par les emprunteurs. Enfin, les emprunteurs dépourvus de terres ont obtenu la hausse de revenus la plus importante, ce qui implique que le programme TRAIL a davantage bénéficié aux ménages les plus démunis.

Ces résultats appellent à intensifier l’expérimentation de la méthode TRAIL. Cela permettra de vérifier la validité de ces résultats dans d’autres contextes, ainsi que les effets des variations d’échelle et des taux de commission pour assurer la durabilité financière.

Pushkar Maitra et al.