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Comment la technologie transforme les chaînes d’approvisionnement

Tendances

Agroalimentaire

Dans les pays en développement, en particulier en Afrique, la technologie permet des progrès considérables au sein des chaînes d’approvisionnement alimentaires, malgré des obstacles structurels réels.

En 2013, les experts du Montpellier Panel tiraient la sonnette d’alarme : au rythme actuel, la production alimentaire africaine ne sera capable de répondre qu’à 13 % des besoins du continent d’ici le milieu du siècle, affirmaient-ils dans un rapport. Dans un contexte de croissance démographique, d’urbanisation rapide et de vulnérabilité au changement climatique, l’annonce a de quoi inquiéter. Et si une partie de la solution résidait dans le recours aux technologies innovantes au sein des chaînes d’approvisionnement ?

“Partout en Afrique, la transformation du secteur agricole par la technologie est déjà une réalité, de la ferme à la fourchette”, soutient dans un blog Simeon Ehui, directeur du pôle Pratiques mondiales en matière d’alimentation et d’agriculture de la Banque mondiale. “Et, tandis que la technologie s’améliore et devient plus largement disponible, les bouleversements dans l’agriculture promettent de s’accélérer.”

“Plus de 660 millions d’utilisateurs de smartphones”

Dans les pays en développement, les innovations sont en effet nombreuses et s’appliquent déjà à tous les niveaux des chaînes d’approvisionnement : elles concernent autant les semences, les intrants ou la machinerie que l’accès à l’information, la transformation ou le packaging. Les technologies numériques, en particulier, ont un impact énorme depuis quelques années, l’élément le plus marquant de ces dernières décennies étant l’émergence de la téléphonie mobile et son usage dans le secteur agricole.

En particulier, l’Internet, surtout dans sa version mobile, peut aider à transformer les chaînes d’approvisionnement alimentaires des pays en développement. En 2013, un rapport du cabinet McKinseyestimait ainsi que les gains de productivité pourraient, grâce à cet outil, s’élever à 300 milliards de dollars (250 milliards d’euros) d’ici 2025, tous secteurs confondus. Dans la même veine, une étude récente du cabinet de conseil Deloitte affirme que, d’ici 2020, le continent comptera “plus de 660 millions d’utilisateurs de smartphones – soit un taux de pénétration de près de 55 % – et près d’un demi-milliard d’accès Internet via smartphone”. Une bonne nouvelle quand on sait que certains pays sont encore à la traîne : si l’Afrique du Sud présente un taux d’accès à la téléphonie mobile de 84 %, celui-ci n’est que de 18 % en Éthiopie. De même, seuls 34 % de la population sud-africaine ont accès à Internet, contre 3 % en Éthiopie.

Malgré une pénétration tardive de la téléphonie et de l’Internet en Afrique, le développement numérique du continent s’accélère et les innovations dans ce domaine sont nombreuses. La plateforme du CTA apps4ag recense ainsi les applications mobiles développées au service de l’agriculture. Bonne nouvelle : beaucoup sont le fruit de start-up africaines et présentent des solutions à des problèmes spécifiques de l’agriculture africaine.

Mettre en relation les acteurs du secteur

Parmi celles-ci figure M-Farm, qui permet aux producteurs kényans, via une plateforme en ligne, de contacter directement de potentiels acheteurs, d’être informés par SMS des prix du marché et de mieux planifier leur production. À l’image de cette application, au Togo, la plateforme e-Agribusiness propose de mettre en relation les acteurs du secteur agricole, en particulier les petits agriculteurs qui peinent à trouver des débouchés commerciaux pour leurs produits. Les défis auxquels font face les concepteurs de la plateforme sont d’ailleurs révélateurs des solutions à apporter à l’agriculture africaine : “La plupart de nos utilisateurs sont des agriculteurs familiaux et n'ont généralement pas de grands stocks. Dans certains cas, ils sont organisés, mais dans bien des cas ils ne le sont pas. D'où la difficulté de satisfaire la demande des acheteurs : trouver un grand stock à un seul endroit”, explique Edeh Dona Etchri, l’un des développeurs de la plateforme e-Agribusiness, qui propose aussi un service d’information météorologique par SMS. En centralisant les informations du marché et en connectant acheteurs et producteurs, ces deux plateformes aident à contourner ces obstacles logistiques. Elles permettent ainsi d’éviter l’intervention d’intermédiaires, très nombreux, qui profitent du manque de connexion des petits agriculteurs au marché.

iProcure, par exemple, se présente comme l’une des plus grandes plateformes de chaînes d’approvisionnement agricoles en Afrique. L’entreprise kényane propose des solutions de livraison sur le “dernier kilomètre”, mais aussi une gestion des données relatives aux stocks qui offre une vue d’ensemble sur les mouvements de produits, leur disponibilité et leur destination. Les clients d’iProcure peuvent ainsi savoir où se trouvent les acheteurs, analyser le marché et les variations de prix avec des données en temps réel et, de cette façon, gagner du temps et réduire les coûts de logistique.

De son côté, l’entreprise sud-africaine de solutions technologiques AfriSoft propose à des entreprises d’agrobusiness, avec le logiciel AGRIS, une gestion affinée des stocks, des ventes, du suivi de la qualité et de la production.

Données en temps réel

De façon générale, les TIC révolutionnent ainsi l’un des principaux enjeux de progrès dans l’agriculture : l’accès à l’information. Dans les champs, les TIC permettent aux petits agriculteurs de mieux connaître leurs sols (lire notre article Technologies : De nouvelles applis pour mieux connaître son sol), d’adapter leurs pratiques et l’usage d’intrants et d’obtenir de meilleurs rendements. Hors champ, la technologie leur offre aussi un accès plus direct aux marchés, qui s’en trouvent mieux approvisionnés en produits de qualité et traçables. La blockchain, encore expérimentale dans les pays ACP, pourrait bouleverser les paiements entre producteurs et commerçants en réduisant – voire en éliminant – la nécessité d’utiliser des intermédiaires, par exemple les banques et autres prestataires de services financiers (lire notre article Innovation numérique : La révolution annoncée des technologies blockchain).

“Avec les technologies mobiles, avec les technologies de détecteurs à distance, avec le cloud, avec les partenariats innovants entre différentes entreprises et leurs technologies, ces données deviennent disponibles dans des formats qui peuvent être analysés et utilisés au profit des petits agriculteurs”, explique Ben Addom, chef d'équipe, TIC pour l'agriculture. D’immenses quantités de données se trouvent désormais à portée de clic, facilitant la production, le transport ou la vente des denrées. “Les petits agriculteurs bénéficient ainsi des analyses du big data qui permettent aux institutions financières et autres commerçants de mieux les connaître et ainsi de fournir des services avec des risques réduits.”

La technologie ne règle pas tout

Un rapport de la Banque mondiale confirme ainsi que la technologie numérique permet de pallier les nombreux problèmes inhérents aux chaînes d’approvisionnement, sur un continent où les infrastructures demeurent encore insuffisamment développées, comme les routes, le chemin de fer ou les télécommunications. Ainsi, en Zambie, le syndicat d’agriculteurs Zambia National Farmers Union a mis en place un système de SMS qui offre des informations sur les prix des matières premières aux commerçants, permet à des transporteurs enregistrés de faire savoir quand et où leur chargement sera livré et s’ils disposent d’un camion vide à louer entre le village et le marché et inversement.

La technologie, toutefois, ne règle pas tout. Dans son rapport, la Banque mondiale rappelle ainsi que certaines barrières devront être levées : les travailleurs, y compris agricoles, ne bénéficieront pas des technologies s’ils ne sont pas formés à leur usage ; les gouvernements ne seront pas motivés à déployer les technologies qui émancipent les citoyens et offrent de meilleurs services sans que les institutions rendent véritablement des comptes au public ; enfin, aucune croissance économique ni développement ne sera possible sans certaines réformes nationales et continentales quant aux régulations des affaires, de la gouvernance du secteur public et des systèmes de développement des compétences.

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