Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

Nous avons besoin de technologies bien plus diversifiées

Spore exclusif

 

Entretien avec Simon Winter

Directeur exécutif de la Fondation Syngenta, Simon Winter insiste sur le rôle positif des acteurs du secteur public et privé dans la croissance et le développement agricoles, ainsi que sur la nécessité de mettre au point des solutions localisées.

Pourquoi le secteur privé est-il souvent considéré comme un facteur essentiel de la productivité et de la sécurité alimentaire ?

Nous avons compris que, pour aider les petits agriculteurs à sortir des pièges de la pauvreté, les systèmes de marchés ont un rôle très important à jouer. Au sein d’un système de marché, différents types d’acteurs du secteur privé peuvent apporter leur aide. Les agriculteurs eux-mêmes font évidemment partie du secteur privé ou peuvent s’y intégrer s'ils disposent des bons outils, de technologies adaptées et de modèles commerciaux idoines. Il y a ensuite les entreprises qui fournissent les technologies et les intrants dont ces agriculteurs ont besoin pour améliorer leurs rendements. Enfin, il y a les organisations du secteur privé plus grandes, telles que les transformateurs alimentaires en aval, qui fournissent les consommateurs dans les zones urbaines.

Nous pouvons mobiliser davantage d'investissements par le biais d’entreprises agroalimentaires de plus grande taille, qu’elles fournissent des intrants ou qu’elles fabriquent de la nourriture en aval. L’aspect le plus délicat consiste à améliorer l’accès au financement des petites et moyennes entreprises (PME), qui collaborent directement avec les petits exploitants, et à financer ces derniers. Il s’agit là d’une tâche relativement ardue. Les institutions financières ont donc aussi un rôle à jouer en fournissant l’appui financier nécessaire aux agriculteurs et aux PME afin de leur permettre de se développer et de croître.

Dans quelles technologies la Fondation Syngenta investit-elle pour promouvoir la mécanisation des filières agricoles ?

L'une des choses que j’ai appréciées dans le récent rapport du panel Malabo Montpellier, Mechanized:Transforming Africa’s Agriculture Value Chains (en anglais),c’est qu’il prend des technologies très éclectiques et les considère toutes comme de la mécanisation. Nous pensons généralement aux tracteurs, mais nous avons besoin de technologies bien plus diversifiées. Les technologies sur lesquelles la Fondation Syngenta se concentre concernent les tracteurs et les moissonneuses, mais également les outils et les applications qu’ils sous-tendent. Comme, par exemple, les outils de plantation et de labour, ainsi que les technologies associées telles que le nivellement laser, qui aplanit les parcelles irriguées afin de faciliter le passage de l’eau.

Dans un projet conjoint avec le CTA, nous recourons à certaines de ces technologies et nous nous concentrons sur la production de riz dans les vallées des fleuves Sénégal et Niger au Mali. Certes, nous utilisons des tracteurs et une série d’outils de plantation et de gestion des terres, mais nous soutenons également la chaîne d’approvisionnement de pièces détachées et la constitution d’un réseau d’experts bien formés en maintenance.

Comment les liens politiques avec les parties prenantes peuvent-ils contribuer à fournir aux petits exploitants un accès soutenu aux services de mécanisation ?

Les infrastructures, qui sont généralement fournies par le secteur public, doivent être financées et bien gérées afin de contribuer au transport de machines de grande taille. Nous collaborons avec le CTA afin de mécaniser une série de systèmes d’irrigation du riz. Le soutien du secteur public, au travers des partenariats public-privé, est un aspect très important de notre cadre politique. Il faut également mettre en place des infrastructures numériques, en garantissant la création de réseaux mobiles et de données de bonne qualité afin que les services de TIC puissent fonctionner efficacement.

Par ailleurs, le secteur public doit encourager l’adoption de machines de qualité. Par exemple, des subventions à l’importation d’équipements spécifiques peuvent être introduites. Nous ne voulons pas que les machines soient données, mais en Chine les subventions représentent 50 à 70 % de la valeur du capital de l’équipement et la mécanisation s’y est rapidement développée. Il faut également inciter à la location de services de type Uber. Par le passé, les petits exploitants eux-mêmes ne pouvaient pas se permettre d’acheter les machines et c’était notamment là que le bât blessait. Depuis, les coopératives ont commencé à acheter des machines qui peuvent être partagées entre les agriculteurs membres. Nous travaillons sur ce modèle au Mali et au Sénégal. De plus, les entrepreneurs achètent des machines et fournissent des services de location aux agriculteurs. La bonne combinaison de subventions intelligentes favorisera le développement de davantage de services de location.

Depuis que vous avez rejoint la Fondation Syngenta il y a un an, quels secteurs ont le plus progressé et que reste-t-il à faire ?

L'une des choses que j’ai observées dès mon arrivée au sein de la fondation est l’excellent travail sur la fourniture de semences, d’assurances et de produits. Toutefois, nous ne le faisions pas nécessairement ensemble, en renforçant l’écosystème local. Aujourd’hui, nous voulons mieux comprendre comment nous pouvons adapter ces technologies, ces outils et ces pratiques à un contexte local et combiner ces différentes innovations pour avoir un impact plus profond. Nous entendons renforcer les capacités de nos équipes nationales afin de mieux intégrer les solutions et de rassembler les partenaires locaux pour pouvoir reproduire et déployer les projets.

Nous collaborons également beaucoup avec les jeunes, en les formant à devenir des agripreneurs qui peuvent apporter des contributions et dispenser des formations, et également encourager les agriculteurs à se rassembler. Il est bien plus facile pour eux de devenir agripreneurs s'ils disposent de bonnes plateformes technologiques. C’est pourquoi nous venons de lancer une étude avec EY afin de nous pencher sur cette question. En Inde, nous avons mis sur pied un réseau grandissant d’agripreneurs, soutenu par une plateforme numérique commune, qui permet à ces entrepreneurs agricoles de proposer des solutions sur mesure à leurs communautés. Actuellement, on compte 600 agripreneurs pour 120 000 agriculteurs. Nous avons pour objectif de former 100 000 agripreneurs en Inde à l’horizon 2025, mais nous voulons également transposer cette approche à l’Afrique, car à nos yeux il n’y a pas suffisamment de soutien au niveau local, ni de solutions commerciales adaptables. De même, on ne trouve pas d’agripreneurs au sein des communautés qui pourraient être soutenus afin de devenir des agents de changement en Afrique.