Transiter vers un système alimentaire circulaire

Opinion : Le futur système alimentaire

 
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Un système alimentaire viable pour l’avenir garantira la sécurité alimentaire, nutritionnelle et des ressources, tout en ouvrant des perspectives économiques. Cependant, notre production et notre consommation actuelles de nourriture montrent que nous utilisons de manière excessive des minéraux non renouvelables et peu nombreux tels que le potassium et le phosphore, qui finiront par disparaître. Ces minéraux se perdent avec les déchets produits par l’homme et sont gaspillés dans des résidus alimentaires, qui finissent souvent dans des décharges, contribuant ainsi aux émissions de gaz à effet de serre. Alors que 800 millions de personnes dans le monde sont en situation d’insécurité alimentaire et sensibles aux déficiences en micronutriments, l’équivalent de six camions-poubelles de nourriture comestible est gaspillé chaque seconde dans le monde. Moins de 2 % des nutriments précieux sont valorisés de manière sûre et productive. Ces nutriments sont nécessaires à une production agricole durable et une teneur inadéquate en nutriments essentiels entrave la croissance des cultures et limite la production.

Nous pouvons cependant construire un système alimentaire plus efficace, en adoptant des principes d’économie circulaire dans la production et la consommation alimentaires. L’économie circulaire concerne l’utilisation efficace des ressources naturelles, en optimisant les flux d’aliments et de résidus, afin d’utiliser les ressources naturelles durant plus longtemps et, ainsi, de limiter la demande en ressources naturelles. Voici quelques exemples de principes de l’économie circulaire.

L’utilisation efficace de ressources naturelles implique le recyclage de minéraux dans le sol qui seraient autrement envoyés dans les décharges et incinérés. Pour ce faire, on composte les déchets alimentaires organiques dans la terre, y réintroduisant ainsi les nutriments. En limitant la demande de nouvelles ressources, on réduit également la demande d’énergie nécessaire à l’extraction des minéraux.

La permaculture est une technique agricole régénérative qui utilise le compostage au lieu d’engrais chimiques pour fertiliser le sol, ce qui réduit également le capital requis pour les engrais. Un programme régional de permaculture pour les écoles et les établissements d’enseignement supérieur au Kenya, au Malawi, en Ouganda, en Zambie et au Zimbabwe promeut cette technique en développant des forêts alimentaires avec des fruits, des produits de base tels que le maïs, des légumineuses, des herbes aromatiques, des épices, des légumes et de la volaille. Les déchets alimentaires générés par les ménages des élèves sont utilisés comme paillis afin d’améliorer la fertilité de la couche superficielle du sol, ce qui renforce alors les rendements culturaux. Plus de 200 communautés scolaires mettent en œuvre ce programme, qui a contribué à améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des communautés environnantes.

Optimiser l’utilisation de la nourriture permet de réduire le gaspillage en détournant les aliments comestibles qui seront jetés pour nourrir des gens qui n’ont pas de quoi s’alimenter en suffisance, ce qui permet d’améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Pour y parvenir, en Allemagne, FoodLoop a mis au point une application dotée d’une plateforme qui propose des produits à prix réduit juste avant leur date de péremption. Une organisation finnoise, ResQ Club, a développé une application pour la redistribution des restes de nourriture dans certaines villes de Finlande, d’Allemagne, de Pologne et de Suède. Grâce à ces efforts, 65 tonnes d’aliments ont été économisées entre 2016 et 2017.

Il convient également de tirer le meilleur parti des flux de résidus en créant de la valeur à partir de matériaux considérés comme des déchets. Par exemple, pour réduire les déchets dans la production de café, le marc de café peut être utilisé comme substrat pour la culture de pleurotes. Chaque kit de culture permet de faire pousser trois lots de champignons, soit environ 0,5 kg au total. Une autre entreprise basée au Royaume-Uni, Bio Bean, recycle le marc de café en bûches utilisées comme biocarburant.

Les déchets alimentaires et les flux de résidus produisent plus de méthane que le fumier dans la production de biocarburants. Parmi les perspectives d’emploi potentielles de la production de biocarburants, citons la fabrication et la distribution de cuisinières aux ménages et aux entreprises, ainsi que la mise en place de bioréacteurs en milieu urbain. L’Africa Biogas Partnership Programme (programme de partenariat des biocarburants d’Afrique) a ainsi permis de créer 350 emplois à temps plein et partiel entre 2016 et 2017 au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda.

Connecter l’économie circulaire

En s’inspirant des enseignements de l’Europe et de la Chine, pionniers de la mise en œuvre de l’économie circulaire, il faut aligner les marchés de l’offre et de la demande dans les chaînes d’approvisionnement alimentaire circulaire en Afrique en encourageant la participation de l’ensemble des parties prenantes impliquées. La présence d’infrastructures, par exemple une centrale de biocarburants en ville, réduit l’investissement en capital requis, alors que la disponibilité des compétences et des connaissances nécessaires contribue au succès de la transition. Plus particulièrement, la politique joue un rôle dans la mise en œuvre aboutie d’un système alimentaire circulaire au niveau national.

Il existe un processus de transition vers une économie circulaire dans les systèmes alimentaires : en bref, il faut réfléchir, collaborer et agir. Réfléchir implique le transfert de connaissances issues d’initiatives d’économie circulaire technologiques et orientées vers la société. Le Réseau de l’économie circulaire africaine (ACEN) crée cette plateforme, qui fait le lien entre les pays africains dans la transition vers une économie circulaire. Actuellement, l’ACEN doit aider à dépasser le stade de l’action sans processus de réflexion ni effort collaboratif afin de promouvoir l’adoption par l’Afrique de méthodes de production et de consommation qui entretiennent et régénèrent ses ressources environnementales.