Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

Pour un changement profond en faveur de l’égalité homme-femme

Opinion

 

Même si certains éléments attestent de la réduction des inégalités entre les sexes dans les régions rurales – par exemple, s’agissant de l’accès à l’enseignement primaire et à des services de soins de santé de base –, les progrès globaux en matière d’autonomisation des femmes sont fragmentaires, fluctuants et inégaux au sein des pays et entre eux. Le constat est très décevant.

Les inégalités homme-femme dans le secteur de l’agriculture découlent de l’accès inégal aux ressources, possibilités, informations, services, institutions et processus d’élaboration des politiques. Prenons l’exemple de la propriété foncière. En raison de la persistance de lois et pratiques foncières discriminatoires à l’égard des femmes dans de nombreuses régions en développement, les femmes ne représentent qu’une petite partie des propriétaires fonciers dans la plupart des pays dans lesquels il existe des données ventilées par sexe sur la propriété foncière. À titre d’exemple, au Honduras et au Nigeria, seuls 15 à 16 % des propriétaires fonciers sont des femmes. Des pays tels que l’Équateur et le Malawi, où le taux de femmes détenant des terres avoisine les 50 %, demeurent une petite minorité parmi les pays en développement. Même dans ces pays, les femmes propriétaires de terres possèdent généralement des parcelles moins nombreuses et plus petites que celles des hommes et risquent de les perdre en cas de divorce, de séparation ou de décès de leur conjoint.

Des inégalités persistantes dans la répartition des tâches

D’importantes inégalités homme-femme existent également sur le marché du travail dans les zones rurales. En moyenne, les femmes représentent 45 % de la main-d’œuvre agricole totale dans les pays en développement – un taux qui varie entre moins de 10 % en Amérique latine et en Europe de l’Est et 50 % ou plus dans certaines régions d’Afrique et d’Asie. Cependant, des millions de femmes rurales travaillent uniquement en tant que travailleuses indépendantes pour leur propre compte ou travailleuses familiales. Il s’agit là d’“emplois vulnérables”, car ils sont souvent associés à des activités à petite échelle, à de faibles revenus, à un régime de travail informel, à des conditions de travail difficiles ou dangereuses, ainsi qu’à un accès inadéquat aux mécanismes de protection sociale et de dialogue social. En Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, jusqu’à 79 % des emplois occupés par des femmes semblent être des emplois vulnérables, généralement dans le secteur de l’agriculture.

En outre, de nombreuses femmes rurales assument de façon disproportionnée une grande partie des tâches domestiques non rémunérées. Des données disponibles indiquent que les femmes travaillent plus longtemps que les hommes lorsque l’on tient compte des tâches réalisées en dehors des activités professionnelles, comme aller chercher de l’eau et du bois pour la consommation du ménage. Au Cambodge, au Mozambique et au Népal, cette réalité entraîne une différence quotidienne de deux heures ou plus entre la charge de travail des femmes et celle des hommes. Par ailleurs, en zone rurale, de nombreuses femmes sont confrontées à des restrictions socioculturelles en matière de mobilité personnelle et d’accès aux transports – ce qui compromet davantage leur capacité d'accéder à des emplois décents.

Poser les jalons de l’égalité entre les sexes

Les inégalités entre les sexes ont une influence considérable sur les résultats en matière de bien-être. On estime, par exemple, que, pour 100 hommes âgés de 25 à 34 ans vivant sous le seuil de pauvreté extrême, 122 femmes se trouvent dans la même situation. En outre, selon les données de l’échelle de mesure de l'insécurité alimentaire vécue (FIES), les femmes sont plus exposées à l’insécurité alimentaire que les hommes dans toutes les régions du monde, et surtout en Afrique. Les coûts humains, sociaux et économiques des inégalités entre les sexes et du manque d’autonomisation des femmes sont donc très élevés.

L’autonomisation des femmes est sans aucun doute un enjeu de développement rural majeur. Elle constitue également une piste de réflexion intéressante pour éliminer la faim, améliorer la nutrition et réduire la pauvreté rurale. Les gouvernements, les agences internationales, les ONG et organisations de la société civile, le secteur privé, les chercheurs ainsi que d’autres intervenants concernés doivent coopérer et faire preuve de détermination pour atteindre l’égalité homme-femme dans les zones rurales. Même si de nombreuses approches conventionnelles visant à mettre fin aux inégalités homme-femme dans le secteur agricole restent parfaitement pertinentes (par exemple, l’élimination de la discrimination à caractère sexiste dans la législation, la promotion d’un accès équitable aux ressources et aux perspectives, et le développement de politiques et programmes agricoles qui tiennent davantage compte des questions de sexe), nous devons également faire preuve de créativité dans nos idées et d’audace dans nos actes. En particulier, nous devons concentrer davantage d’efforts pour lutter contre les normes sociales, pratiques, comportements, croyances et systèmes de valeurs qui nuisent à l’autonomisation des femmes. À travers la promotion d’un changement en faveur de l’égalité entre les sexes, nous pouvons poser les jalons de l’égalité homme-femme au sein des communautés et foyers ruraux, des organisations rurales, entre les fournisseurs de services, et enfin dans les processus politiques.

Optimiser les effets sur les moyens de subsistance des femmes

La mise en œuvre d’approches en faveur de l’égalité homme-femme est parfois jugée trop compliquée dans les environnements agricoles des régions en développement, où les structures et les coutumes sexospécifiques sont complexes, ancrées profondément et renforcées par les cadres juridiques et culturels. Notre expérience avec le programme “Accélérer les progrès vers l'autonomisation économique des femmes rurales” (JP RWEE) fournit un contre‑exemple encourageant. Ce programme est mis en œuvre conjointement par quatre agences des Nations unies (la FAO, le FIDA, le PAM et ONU Femmes) dans sept pays (l’Éthiopie, le Guatemala, le Kirghizistan, le Liberia, le Népal, le Niger et le Rwanda), avec le soutien financier des gouvernements suédois et norvégien. Un des principes essentiels du JP RWEE repose sur des interventions multiples ciblant le même groupe de bénéficiaires pour en optimiser les effets sur les moyens de subsistance des femmes. À titre d’exemple, les interventions visant à améliorer l’accès des femmes à des ressources, technologies, informations et services relatifs à la production sont assorties de mesures visant à accroître les compétences, le rôle et l’influence des femmes dans la prise de décisions à l’échelle de leur ménage et de leur village.