Les sols africains ont cruellement besoin d’une agriculture intelligente

Opinion : Appauvrissement des sols et nourriture

 
par

Actuellement, les deux tiers des Africains, dont 80 % de petits producteurs, dépendent de l’agriculture pour vivre. C’est bien connu : les sols africains contiennent moins de nutriments essentiels que ceux des autres continents. C’est pourquoi ils sont souvent considérés comme de piètre qualité. Ainsi, la production moyenne des cultures céréalières en Afrique est de 12 650 kg/ha, contre 73 404 kg/ha aux États-Unis. Cette moindre qualité des sols nuit aux rendements des cultures et explique la sous-utilisation des terres agricoles sur le continent ; 55 % des terres d’Afrique sont impropres à la culture. C’est pourquoi le continent africain doit retourner à l’essentiel, à travers des initiatives de développement visant à remédier à la mauvaise qualité des sols.

Des informations rapides et exactes sur les sols

La plupart des pays africains se cantonnent à l’agriculture vivrière et les efforts de collecte et de gestion des informations relatives aux sols sont minimes. Cependant, la collecte de données en temps réel sur la teneur en nutriments des sols, le pH, la température, la teneur en eau et les matières organiques est essentielle afin d’aider les agriculteurs à prendre des décisions en toute connaissance de cause. La conservation du sol sera ainsi optimale tout en améliorant la productivité de manière durable.

Les technologies accéléreront la rapidité de la collecte et de l’analyse de données sur les sols au bénéfice du secteur. Parmi ces technologies, l’UjuziKit a été mis au point par UjuziKilimo Solutions. Son détecteur capte des données sur le pH, le taux d’humidité, la conductivité électrique et les taux d’azote, de phosphate et de potassium des sols. Le logiciel Ujuzi analyse ensuite ces données et, grâce à un algorithme, les compare avec les conditions optimales pour stimuler la productivité de chaque culture. Le système envoie aux agriculteurs, par SMS, des conseils sur les semences les plus adaptées, les méthodes de traitement des sols, les exigences en matière d’apport d’eau et de fertilisation. Les agriculteurs utilisent ensuite ces informations pour prendre des décisions rapides et pertinentes sur le choix des meilleures variétés, les apports d’engrais et les meilleurs itinéraires de culture afin d’optimiser la productivité.

Innover en matière d’irrigation

En Afrique, l’irrigation peut potentiellement améliorer la productivité agricole d’au moins 50 %. Mais, actuellement sur le continent, les cultures dépendent presque exclusivement du régime naturel des pluies. Les zones équipées pour l’irrigation, actuellement légèrement plus de 13 millions d’hectares, représentent à peine 6 % des zones cultivées au total. La rareté de l’eau pour l’agriculture est un problème majeur, qui rend impropre à la culture une part importante des sols. Il est donc très important d’utiliser efficacement l’eau d’irrigation disponible. Les innovations technologiques, telles que les détecteurs d’humidité du sol, mesurent le contenu de l’eau disponible dans le sol et garantissent la précision de l’irrigation, ce qui renforce la productivité agricole de manière durable afin de répondre à la demande alimentaire.

Le suivi durable de la fertilité du sol et une irrigation de précision devraient également réduire de plus de 30 % la quantité d’engrais et d’eau utilisée pour l’irrigation, tout en améliorant la production de 40 % durant la première année. Dans un délai de trois ans, la production devrait augmenter jusqu’à 200 %.

Alors que l’Afrique s’efforce de nourrir une population en croissance rapide, la sécurité alimentaire dépend de la capacité des agriculteurs à adopter des solutions agricoles intelligentes, qui peuvent stimuler de manière durable les rendements agricoles sans pour autant imposer une pression irréversible sur les terres du continent.