Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

Les barrières non tarifaires sont la clé pour promouvoir le commerce

Opinion : Nouvel accord de libre-échange

 

De l’avis général, la zone de libre-échange continentale (ZLEC) a le potentiel de stimuler la croissance économique, l’industrialisation et le développement durable en Afrique, malgré certains défis qu’il reste à relever. Les craintes d’importantes pertes de recettes douanières et d’une répartition inégale des bénéfices figurent parmi les principaux obstacles à l’intégration du marché continental.

La libéralisation des échanges dans la ZLEC diminuera les coûts commerciaux et permettra aux consommateurs d’accéder à une plus grande diversité de produits à des prix inférieurs. Le coût réduit des matières premières importées et des intrants intermédiaires augmentera la compétitivité des producteurs en aval et favorisera la croissance des chaînes de valeur régionales. Grâce à la libéralisation des échanges en Afrique, les entreprises agroalimentaires accéderont à un vaste marché continental de 1,284 milliard de personnes et bénéficieront donc d’économies d’échelle. À long terme, la concurrence accrue devrait améliorer l’efficacité de l’agribusiness. Cependant, une fois la ZLEC établie, les petites et moyennes entreprises devront peut-être se battre pour être compétitives face à la concurrence des firmes plus solidement implantées.

Une croissance économique portée par des entreprises agroalimentaires prospères

La production agricole est l’un des secteurs économiques les plus importants pour la majorité des pays africains. Environ 75 % des Africains dépendent de l’agriculture pour vivre. L’histoire montre que l’agriculture, en particulier les secteurs de l’agribusiness et des agro-industries, a été un moteur de croissance économique dans de nombreux pays du monde, comme le Brésil et la Chine. En Afrique, l’agribusiness et les agro-industries représentent plus de 30 % des revenus nationaux mais aussi la majeure partie des recettes d’exportation et de l’emploi. L’augmentation d’échelle de l’agribusiness pourrait constituer la prochaine frontière à franchir pour davantage de croissance. Elle pourrait ainsi offrir des opportunités immédiates de création de valeur grâce à l’industrialisation de produits de base, lesquelles aideraient de nombreux habitants à sortir de la pauvreté tout en créant des emplois au sein de toutes les économies nationales.

Le secteur de l’agribusiness détient aussi la clé pour répondre à la demande alimentaire des consommateurs urbains, surtout en ce qui concerne les produits alimentaires à valeur ajoutée et transformés. Les économies et les marchés émergents qui résulteront de la ZLEC augmenteront la demande de produits agricoles de base de l’Afrique. Si l’on améliore l’environnement réglementaire des entreprises, il s’ouvrira un potentiel énorme pour établir des liens de production et de commerce ainsi que des synergies entre différents acteurs à tous les niveaux de la chaîne de valeur de l’agribusiness (producteurs, transformateurs et exportateurs). Un environnement réglementaire plus favorable stimulerait les investissements du secteur privé et encouragerait la compétitivité nécessaire pour répondre aux attentes du consommateur en termes de prix, de qualité et de quantité. Passer d’une production primaire à un secteur d’entreprises agricoles moderne et intégré apportera des opportunités lucratives à de nombreux petits exploitants, des femmes en majorité, et créera des emplois pour les jeunes du continent.

Réduire les obstacles au commerce

En renforçant les compétences et les technologies, la ZLEC devrait accroître le commerce intra-africain et élargir la gamme de produits échangés, préparant de ce fait le terrain pour une augmentation des exportations africaines vers le reste du monde. Alors que les normes, les tests, la conformité et les évaluations sont mis en œuvre de manière à en faire des barrières non tarifaires, les États partenaires de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) – le Burundi, le Kenya, le Rwanda, la Tanzanie, l’Ouganda et, depuis peu, le Soudan du Sud – se démènent pour améliorer l’application de ces barrières et tenter ainsi d’intensifier les échanges à l’intérieur du bloc de la CAE.

Les indicateurs de développement dans le monde de la Banque mondiale montrent que, depuis l’application de barrières non tarifaires, les délais nécessaires pour importer et exporter des marchandises de chaque État partenaire de la CAE ont diminué. Ce qui a aussi permis de réduire les frais de transport. Entre 2012 et 2015, les délais d’importation sont passés, en moyenne, de 36 à 31 jours, et les délais d’exportation de 33 à 26 jours, pour la même période. De plus, la durée des transports intérieurs de Mombasa à Kigali et de Dar es Salam à Kigali a aussi fortement baissé, s’établissantrespectivement à 5 jours et 3,5 jours.

Le Standards Harmonisation and Conformity programme in Eastern Africaindique qu’une réduction de 59 % (de 500 USD à 205 USD [de 425 € à 174 €]) des coûts de test et une baisse de 74 % du délai moyen de test (de 38 jours à 10 jours) ont été enregistrées dans l’ensemble de la région de la CAE. Ces résultats montrent aussi que le nombre de produits répondant aux exigences et normes de qualité a augmenté grâce aux systèmes de certification, contribuant à accroître la valeur et le volume des échanges à l’intérieur et à l’extérieur de la CAE, respectivement de 23 % et 50 % (de 728 373 € en 2010 à 1 780 719 € en 2014). En s’appuyant sur la ZLEC, cette réussite pourrait s’étendre à tout le continent.

Le potentiel de la ZLEC

En dépit des défis qui subsistent, le potentiel d’exportation des agro-industries africaines pourra se libérer dès que les contraintes du côté de l’offre seront aplanies par la ZLEC et que les conditions préalables seront réunies pour accéder aux marchés et chaînes de valeur au niveau mondial. L’Afrique pourra ainsi développer sa capacité à saisir les opportunités de débouchés pour les produits à plus haute valeur ajoutée des secteurs de l’agribusiness et des agro-industries, et ce tant dans les économies développées qu’émergentes.