Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

Les agriculteurs ont un rôle clé face aux changements climatiques

Opinion

 

Les systèmes agricoles et alimentaires sont en partie responsables des changements climatiques, mais ils font aussi partie de la solution. L’agriculture contribue sensiblement aux émissions de gaz à effet de serre (GES) : 17 % de ces émissions sont directement causées par les activités agricoles, et 7 à 14 % de plus sont dues aux changements dans l’utilisation des sols.

Les agriculteurs sont les plus exposés aux effets des changements climatiques qui en résultent et n’ont qu’un accès limité aux ressources pour atténuer les bouleversements que les changements climatiques peuvent occasionner dans leurs activités et leur vie quotidienne.

Les principaux GES produits directement par l’agriculture sont l’oxyde nitreux – dont les émissions résultent de la perturbation des sols, de l’application d’engrais et de la dégradation des pâturages – et le méthane, produit par les ruminants et la riziculture. Ces émissions représentent aujourd’hui 58 % de l’ensemble des émissions anthropiques d’oxyde nitreux et 47 % de la totalité des émissions anthropiques. Ces niveaux représentent une grave menace pour le climat à l’échelle mondiale, en particulier dans le contexte d’un accroissement de la population mondiale et d’une demande élevée de nourriture et de produits alimentaires, aussi bien pour les animaux que pour les humains. Il existe de nombreuses solutions d’adaptation potentielles pour les systèmes de production agricole actuels qui contribueraient à atténuer les risques climatiques. L’adoption de telles mesures permet aux agriculteurs d’améliorer leur capacité de résistance face aux changements climatiques et contribue à réduire les émissions de GES dans l’atmosphère.

Pour qu’une adaptation porte ses fruits, il faut mettre en relation les problèmes liés au climat avec d’autres facteurs de risque, comme la variabilité du climat et le risque de marché, ainsi qu’avec d’autres domaines d’action, comme le développement durable. Des interventions appropriées dans les domaines de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche – comme celles que je présente ci-dessous, par exemple – peuvent réduire les émissions de GES et favoriser l’adaptation climatique. La Fédération des agriculteurs d’Afrique de l’Est (EAFF), une organisation régionale qui représente quelque 20 millions d’agriculteurs en Afrique de l’Est, promeut l’adoption de pratiques d’agriculture intelligente face au climat (AIC) – une approche d’adaptation au climat qui pourrait également faire baisser les émissions de GES.

Gestion du fumier

La promotion de méthodes améliorées pour stocker le fumier afin d’empêcher le méthane de s’échapper dans l’atmosphère, par exemple en le convertissant en méthane pour la cuisson ou l’éclairage, est une pratique d’AIC de premier plan. Quand il est brûlé, le méthane émet seulement du dioxyde de carbone et de l’eau. Cependant, le méthane brut est un GES puissant, dont le potentiel de réchauffement planétaire est 25 à 72 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone sur des périodes de 100 à 20 ans, respectivement. Tout progrès réalisé dans la réduction des émissions de GES en remplaçant des combustibles solides, comme le fumier, par du biogaz pourrait être réduit à néant si du méthane s’échappe des systèmes de biogaz et se diffuse directement dans l’atmosphère. La gestion du fumier constitue donc une pratique essentielle pour minimiser les émissions de GES.

Dénitrification

La dénitrification est le processus consistant à produire de l’azote gazeux (un gaz inoffensif présent dans l’atmosphère) à partir du nitrate contenu dans les sols, les engrais ou les plantes. L’EAFF encourage les agriculteurs à favoriser la dénitrification de leurs terres en utilisant des systèmes de cultures mixtes, qui consistent à intercaler des légumes avec des plantes céréalières qui ont besoin d’azote pendant leur croissance. Ce type de pratique réduit la nécessité d’utiliser des engrais qui émettent de l’oxyde nitreux – l’un des GES qui a la plus longue durée de vie atmosphérique.

Agriculture de conservation

Les pratiques d’agriculture de conservation, comme la promotion du semis sans labour, peuvent contribuer à réduire les perturbations des sols, parfois à l’origine d’une diffusion de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. La promotion de l’agroforesterie et, plus particulièrement, la protection des arbres indigènes représentent une autre pratique essentielle d’agriculture de conservation. Il est important de préserver les arbres indigènes, car ceux-ci régulent les nutriments, constituent la matière organique du sol arable, fixent l’azote et créent un habitat favorable pour les micro-organismes du sol. Planter des arbres peut contribuer à maintenir la productivité agricole en réduisant l’érosion et en enrichissant les sols ou en améliorant la capacité de charge des sols peu profonds. Le paillage et la plantation de cultures de couverture dans un système d’agriculture mixte ou de monoculture permettront de piéger une partie significative du carbone présent dans l’atmosphère.

Agriculture hors-sol

L’agriculture hors-sol est une autre alternative qui permet de faire baisser les émissions de GES. L’hydroponie, notamment, est une innovation en matière d’agriculture hors-sol. Il s’agit d’une technique de culture dans une solution nutritive sans sol vers laquelle se tournent aujourd’hui de nombreux jeunes agriculteurs. L’aquaponie est une autre pratique agricole hors-sol dans laquelle les cultivateurs combinent l’aquaculture et l’hydroponie. Dans un système aquaponique, les déchets végétaux sont consommés par les poissons, et vice versa, dans une relation de symbiose.

Le monde est complexe. Les chercheurs se penchent aujourd’hui encore sur les nombreux processus qui constituent les cycles globaux du carbone et de l’azote et interagissent de diverses manières. Parallèlement aux solutions que des ingénieurs ont imaginées pour contribuer à réduire les émissions dans d’autres secteurs, comme dans celui de l’énergie, nous devons continuer à travailler sur la pièce agricole de ce vaste puzzle.