Le défi crucial des investissements étrangers dans l’agriculture africaine

Opinion

 

La 23e session ordinaire du Sommet de l'Union africaine (UA) qui s’est tenue à Malabo, en Guinée équatoriale, en juin 2014, a réaffirmé les principes et les objectifs du Programme détaillé de développement de l'agriculture en Afrique (PDDAA, 2003) et défini un ensemble de buts dénommés “Objectifs de croissance et de transformation agricole accélérée à l’horizon 2025”.

Pourtant, l’implication croissante des investisseurs étrangers dans le secteur agricole, principalement en Afrique subsaharienne et, notamment, à travers le phénomène d’“accaparement” des terres, suscite des débats passionnés entre analystes, décideurs politiques et autres parties prenantes.

Des avantages à long terme

Des études réalisées par la FAO et la Banque africaine de développement nous montrent que les principaux secteurs d’investissements étrangers portent sur la terre, l’eau, les infrastructures rurales, la sécurité alimentaire, la recherche et la technologie. Dans ces secteurs, les partenaires internationaux ou bilatéraux de développement sont les principaux acteurs sauf pour l’acquisition des terres, effectuée par des opérateurs privés.

Les pays bénéficiaires espèrent que ces investissements agricoles étrangers généreront des opportunités d’emploi et, en conséquence, une progression du pouvoir d’achat ainsi que des recettes fiscales provenant des salaires puis, ultérieurement, des bénéfices. Ils en attendent également d’autres retombées, comme l’amélioration des compétences, la création ou le renforcement des infrastructures ainsi qu’une accélération des transferts de technologie.

Ces espoirs s’accompagnent toutefois de la peur que les investissements agricoles étrangers ne viennent aggraver le problème de l’insécurité alimentaire en Afrique subsaharienne, en faisant monter les prix alimentaires et en accroissant les importations de produits alimentaires. Les consommateurs émergents peuvent stimuler la demande de produits grâce à la progression de leurs revenus, ce qui augmente la consommation des ménages et entraîne une hausse supplémentaire des prix. Certains redoutent également que les investissements agricoles, qui génèrent des changements dans l’utilisation des facteurs de production (dont la disponibilité des terres et des ressources en eau, les variations de prix et les progrès technologiques), réduisent la compétitivité de secteurs nationaux tels que la production alimentaire ou les services agricoles.

Néanmoins, alors que nous savons que la progression de l’agriculture peut être particulièrement efficace pour lutter contre la faim et sortir les peuples de la pauvreté, l’investissement est une condition nécessaire à cette croissance agricole.

De nombreux pays qui ont réussi à accroître le niveau des investissements étrangers dans leur secteur agricole sont désormais en bonne voie pour atteindre les Objectifs de développement durable consistant à éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la qualité nutritionnelle et promouvoir l’agriculture durable, même s’il reste encore beaucoup d’efforts à fournir.

Des investissements étrangers sont nécessaires pour accroître et stabiliser la disponibilité de denrées alimentaires nutritives et à des prix abordables, créer des emplois, faciliter l’utilisation durable des ressources naturelles et stimuler la croissance des secteurs secondaire et tertiaire de l’économie. La FAO estime qu’il faudrait accroître d’au moins 50 % l’investissement agricole étranger dans les pays en développement pour répondre à l’augmentation prévue de la demande alimentaire mondiale et satisfaire les besoins de 9 milliards d’individus à l’horizon 2050.

Le Rwanda et ses stratégies agricoles

Les objectifs politiques du Rwanda sont formulés conformément à la Déclaration de Malabo (2014) dans le cadre du PDDAA de l'UA : 1) contribution accrue à la création de richesse, 2) opportunités économiques et prospérité, 3) amélioration de la sécurité alimentaire et de la qualité nutritionnelle des aliments, 4) renforcement de la résilience et durabilité.

La vision de la Politique agricole nationale (PAN) est que le Rwanda devienne “un pays qui jouit de la sécurité alimentaire, de la santé nutritionnelle et d'une croissance agricole durable, d'un secteur agricole productif, respectueux de l’environnement et axé sur le marché”. Sa mission est d'assurer une sécurité alimentaire et nutritionnelle moderne, l’usage de technologies agro-industrielles, la professionnalisation des agriculteurs en termes de production, de commercialisation des produits, et enfin la création d'un secteur agricole compétitif.

La phase 4 du Plan stratégique du Rwanda pour la transformation de l’agriculture (PSTA 4) décrit les investissements prioritaires dans l’agriculture et chiffre, pour la période 2018-2024, les ressources nécessaires pour le secteur de l’agriculture à 3,228 milliards de dollars US (2,853 milliards d’euros), avec un taux de croissance annuel de 8 %. Il s’agit du plan de mise en œuvre de la PAN, et qui constitue donc le document stratégique du secteur de l’agriculture dans le cadre de la Stratégie nationale pour la transformation du Rwanda. Le PSTA 4 s’appuie sur les acquis du PSTA 3, tout en envisageant de faire passer l’agriculture d’un secteur de subsistance à un secteur créateur de valeur, fondé sur la connaissance, qui contribue à l’économie nationale et assure la sécurité alimentaire comme nutritionnelle de la population.

Au cours de la période du PSTA 3 (2013-2017), les revenus des agriculteurs ont progressé grâce à l’amélioration de la productivité. Les productions de maïs, de blé, de racines et tubercules, de soja, de riz, de manioc, de produits horticoles, de viande et de lait ont fortement augmenté.

Tout au long du PSTA 4, l’accent sera mis sur les investissements privés, domestiques comme étrangers, car il reconnaît que la croissance de l’agriculture doit être tirée par les investissements des acteurs privés. Le PSTA 4 insiste donc sur le renforcement du rôle du secteur privé, y compris des agriculteurs, le gouvernement devenant un facilitateur plutôt qu'un acteur du marché.

Des analyses statistiques nous montrent que les investissements nationaux et étrangers augmentent, et leur impact sur le développement global du pays est incontestable, d’après les rapports du ministère des Finances (MINECOFIN) et de la Banque nationale du Rwanda (BNR).

Les secteurs les plus importants sont l’aménagement de marais et la petite irrigation collinaire (25 %), les infrastructures rurales (16 %), l’organisation des marchés (15 %), la formation des producteurs ruraux (13 %).

La contribution du secteur privé devrait passer de 1 % en 2018-2019 à 28 % d'ici 2023-2024. Au total, les fonds que le secteur privé devrait mobiliser au cours de ces six années s’élèvent à 15 % du coût total.