La nécessité d'une approche intégrée pour le déploiement des outils numériques de l'AIC

Opinion

 

Nos écosystèmes, notre biodiversité et notre sécurité alimentaire sont menacés par l’impact des graves changements climatiques à travers le monde. L'adoption de technologies et de pratiques agricoles intelligentes face au climat (AIC) s’impose par conséquent plus que jamais – en particulier dans les pays en développement, comme le Ghana, dominé par l’agriculture pluviale. Dans ce pays, les petits exploitants constituent la majorité de la population et le rendement de la plupart des cultures laisse à désirer. Les pertes agricoles provoquées par le dérèglement climatique ont donc un impact considérable.

Les petits exploitants ont besoin d’informations sur les pratiques agricoles climato-intelligentes pour gérer leurs activités agricoles et améliorer leurs rendements. De nombreuses organisations (publiques et privées) se sont donc attelées au développement d’outils numériques afin de promouvoir l’AIC dans les pays en développement.

Des solutions numériques

Esoko, un fournisseur de services de messagerie et de profilage des agriculteurs, a ainsi développé un éventail de solutions mobiles d’informations afin d’améliorer les connaissances des petits exploitants. Depuis 2008, l'entreprise fournit aux agriculteurs des informations météorologiques ainsi que des informations sur l’évolution des prix du marché et sur les pratiques agricoles intelligentes face au climat, par SMS et messages vocaux, ainsi que par le biais de son centre d’appel. Des études ont montré que ces informations contribuent à améliorer les revenus des petits exploitants ghanéens.

En collaboration avec Esoko, le Programme de recherche du CGIAR sur le changement climatique, l'agriculture et la sécurité alimentaire (CCAFS) a réalisé récemment une enquêtedans le cadre de son projet “Mise à l’échelle des technologies et des services d’information sur le climat par le biais de modèles public-privé basés sur les technologies de l’information”. Cette enquête a montré comment l'accès aux informations sur le climat et leur utilisation ont permis d'augmenter les rendements agricoles et de réduire de 70 % les mauvaises récoltes. Les agriculteurs bénéficiaires du projet ont utilisé les prévisions saisonnières communiquées par SMS et messages vocaux pour prendre des décisions stratégiques et identifier le meilleur moment pour commencer à préparer les terres et pour planter, choisir les variétés de culture les mieux adaptées et épandre au moment le plus judicieux le fumier et les engrais chimiques inorganiques.

Une série de défis à relever

Cela fait maintenant 10 ans qu’Esoko diffuse des solutions numériques d’AIC. Elle connaît donc très bien les défis qui subsistent dans ce domaine, comme le taux élevé d’analphabétisme et le manque de connaissances techniques des petits agriculteurs. Ainsi, alors que de nombreux petits producteurs ghanéens possèdent un téléphone portable, la plupart ne peuvent en utiliser toutes les fonctions ou lire les SMS. La formation et l'éducation des agriculteurs sont donc des aspects clés à prendre en compte au moment de déployer des solutions numériques. Spécialisée dans la fourniture de services numériques, Esoko déploie tout de même sur le terrain une équipe chargée de former les agriculteurs et leur apprendre à lire/interpréter les SMS envoyés par l’entreprise et à appliquer les informations et recommandations reçues.

Il faut aussi absolument veiller à sensibiliser les agriculteurs au changement climatique et à leur en expliquer les conséquences pour les inciter à modifier des pratiques agricoles bien ancrées, telles que le brûlage des broussailles, des pratiques traditionnelles nuisibles pour l’environnement. Il y a lieu également d’être attentif aux canaux utilisés pour la diffusion des services numériques axés sur l’AIC. Une enquête menée auprès des agriculteurs ciblés par Esoko a révélé que plus de 50 % d’entre eux préfèrent les messages vocaux aux SMS, ce qui s’explique par les taux élevés d’analphabétisme dans cette population. En outre, bien que de nombreux petits producteurs possèdent un téléphone portable, il s’agit le plus souvent d’un téléphone de base, et non d’un smartphone, ce qui exclut l’utilisation de formats tels que la vidéo. Pour remédier à ce problème, Esoko a ouvert en 2003 une ligne d'assistance téléphonique pour les agriculteurs, qui leur permet de se faire conseiller par des experts agricoles dans leur langue.

Malheureusement, dans certaines communautés rurales du Ghana, seul un très petit nombre d’agricultrices ont accès à un téléphone portable. Ainsi, sur les 40 667 agriculteurs ayant contacté le centre d'assistance téléphonique d'Esoko en 2018, seulement 19 % étaient des femmes. Cette sous-représentation met en évidence les inégalités entre les hommes et les femmes en termes d’accès à la téléphonie mobile et, partant, aux informations numériques sur l’AIC.

Outils numériques pour l’AIC et services de soutien

En conclusion, si ces outils numériques sont potentiellement en mesure de répondre aux besoins des petits exploitants agricoles, leur diffusion doit tenir compte du contexte local des agriculteurs pour avoir un réel impact. Il est préférable de ne pas fournir les solutions numériques d’AIC isolément. Il faut au contraire concevoir et mettre en œuvre une approche intégrée associant éducation, formation et autres services de soutien si l’on souhaite que ces solutions innovantes ait un impact maximum.