La KJWA place l’agriculture au cœur des négociations sur le climat

Opinion

 

L’agriculture semble avoir été pendant bien trop longtemps le parent pauvre des négociations mondiales sur le climat. Bien que la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) fasse spécifiquement référence à la production alimentaire et à l’agriculture, respectivement dans ses articles II et IV, le secteur de l’agriculture n’a pas reçu l’attention qu’il méritait dans les débats sur le changement climatique. Les tentatives d’inclure l’agriculture dans des programmes tels que le mécanisme REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation forestière) ont échoué et ce secteur a, au contraire, été mis dans le même panier que les combustibles de soute (tous deux régis par l’approche sectorielle coopérative). Lors de la 17eConférence des Parties à la CCNUCC (COP17) organisée à Durban (Afrique du Sud) en 2011, l’agriculture a été dissociée des combustibles de soute et soumise à l’examen de l’organe technique de la Convention, l’Organe subsidiaire de conseil technologique et scientifique (OSAST). Les discussions au sein de l’OSAST, menées dans le cadre d’ateliers en session, ont duré six ans et ont abouti à l’adoption de l’Action commune de Koronivia pour l’agriculture (Koronivia Joint Work on Agriculture, KJWA), lors de la COP23, présidée par les îles Fidji et organisée à Bonn (Allemagne) en 2017.

L’Action commune de Koronivia pour l’agriculture accorde – à juste titre – une place centrale à l’agriculture. Dans de très nombreux pays en développement, l’agriculture est la première source de revenus et, comme l’indique le rapport spécial récemment publié par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les populations qui dépendent de l’agriculture pour leur subsistance sont exposées de manière disproportionnée aux risques liés au changement climatique. L’agriculture joue par ailleurs un rôle capital dans la réduction des émissions, car elle est, avec la sylviculture, responsable de près d’un quart des émissions mondiales.

Ce qui précède permet de mieux comprendre à quel point il est indispensable que l’agriculture soit au cœur des négociations climatiques mondiales, et c’est précisément l’objectif de l’Action commune de Koronivia pour l’agriculture. En intégrant l’agriculture dans les processus de la CCNUCC, elle contribuera à la réalisation des objectifs de la Convention en exploitant les synergies entre les efforts d’adaptation et d’atténuation dans le secteur de l’agriculture. Cette initiative intéresse donc tout particulièrement le Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), où l’agriculture joue un rôle essentiel dans les économies locales et nationales ainsi que dans la création d’emplois et de moyens de subsistance.

L’Action commune de Koronivia réunit également l’OSAST et l’organisme de mise en œuvre de la CCNUCC – l’Organe subsidiaire de mise en œuvre (OSMO). Une telle structure offre de nombreuses perspectives, car elle renforce les liens entre la science, les politiques et la pratique. Elle peut ainsi permettre de mobiliser de nouveaux investissements dans la recherche agricole en vue de documenter les politiques et la prise de décisions à tous les niveaux.

L’équipe du Groupe africain de négociateurs (African Group of Negociators Expert Support, AGNES) bénéficie du soutien technique et financier du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique de l’Union africaine (UA-NEPAD), de la GIZ-PDDAA (Agence allemande de coopération au développement et à l’adaptation de l’Afrique au changement climatique), du Centre de recherches pour le développement international, de la Banque mondiale, de la FAO, du Centre africain d’études technologiques et du Programme de recherche du GCRAI sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire. Ce soutien à grande échelle a joué un rôle déterminant dans les travaux qui ont débouché sur l’adoption de l’Action commune de Koronivia pour l’agriculture.

Les questions techniques relevant de l’Action commune de Koronivia pour l’agriculture couvrent un large éventail de domaines essentiels pour la transformation de l’agriculture et la création de systèmes alimentaires sobres en carbone et résistants au changement climatique. Ces aspects techniques incluent : la définition d’outils et de mécanismes pour soutenir la mise en œuvre ; les moyens et les approches visant à renforcer les capacités d’adaptation et la résilience ; les techniques d’amélioration de la santé et de la fertilité des sols ; les approches visant à améliorer l’utilisation des nutriments, la gestion du fumier et les systèmes d’élevage ; ainsi que l’évaluation approfondie des dimensions socio-économiques et liées à la sécurité alimentaire du changement climatique dans le secteur agricole. Il est en effet essentiel de développer l’agriculture intelligente face au climat dans les pays ACP, en diffusant les pratiques agricoles visant à stimuler la production et la capacité d’adaptation, tout en réduisant les émissions du secteur agricole.