L’avenir de notre alimentation dépend de ce que nous mangerons demain

Opinion : Le futur système alimentaire

 
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Il y a quelques années, les modèles d’affaires relatifs à l’avenir de l’alimentation annonçaient une augmentation significative des exploitations agricoles commerciales, ainsi qu’une mécanisation accrue. L’image évoquée était celle d’immenses étendues de terre recouvertes de cultures vivrières à perte de vue, de grosses machines vrombissantes labourant les champs et de camions transportant de lourdes cargaisons aux quatre coins de la planète. Toutefois, ces dernières années, nous avons pu observer les conséquences de ces systèmes agricoles gourmands en intrants et en ressources qui entraînent une déforestation massive, des pénuries d’eau, l’épuisement des sols et des émissions élevées de gaz à effet de serre.

Selon la FAO, de telles méthodes de production ne permettent pas de garantir une production alimentaire et agricole durable. En plus de la raréfaction déjà accrue des ressources productives, l’avenir de l’alimentation s’accompagne d’un autre enjeu : nourrir une population de 10 milliards d’individus d’ici 2050. Néanmoins, suite à la sensibilisation des consommateurs à ces enjeux et aux preuves scientifiques apportées, on observe un intérêt croissant du grand public en faveur d’une production durable des aliments consommés. Il est donc nécessaire de mettre en place des systèmes novateurs qui protègent et valorisent les ressources naturelles, tout en augmentant la productivité.

Les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies fixent des cibles précises. Dans ce contexte, à quoi ressembleront les aliments que nous aurons dans notre assiette demain ? Certains changements sont déjà annoncés : diversification de l’origine des aliments consommés, réduction des déchets alimentaires, utilisation accrue des technologies agricoles pour assurer une production durable, et bouleversement de la logistique des chaînes d’approvisionnement traditionnelles. Toutefois, si certains changements semblent évidents, d’autres doivent encore être identifiés, et ces derniers dépendront principalement des tendances de consommation et des progrès technologiques.

Promouvoir la diversité

Selon un rapport de Biodiversity International, 12 espèces végétales et cinq espèces animales fournissent 75 % de l’alimentation mondiale – or il existe plus de 20 000 espèces végétales comestibles connues dans le monde. Selon la FAO, les espèces négligées et sous-exploitées ont un rôle essentiel à jouer dans la lutte contre la faim et la malnutrition, pourtant elles sont encore trop peu prises en compte à ce jour. L’avenir de l’alimentation sera donc influencé par une prise de conscience grandissante, tant chez les producteurs que chez les consommateurs, de la nécessité de diversifier l’alimentation grâce à des méthodes de production et de préparation plus variées. Un nouveau rapport réalisé par Unilever, Knorr et le Programme alimentaire mondial présente des arguments convaincants en faveur de choix alimentaires qui tiennent compte de la diversité et de la production durable.

La FAO estime également qu’un tiers des aliments produits dans le monde pour la consommation humaine – soit approximativement 1,3 milliard de tonnes par an – est gaspillé. La demande croissante des consommateurs désireux de réduire le gaspillage alimentaire a donné naissance au “surcyclage” ou “upcycling” des aliments. Cette pratique fait appel aux connaissances acquises dans les domaines émergents des sciences alimentaires et de la biotechnologie, et met en relation les consommateurs avec des restaurants qui ont des surplus alimentaires dont ils doivent se débarrasser. Les autres innovations ne seront pas nécessairement inédites, mais relèveront plutôt d’un retour aux techniques traditionnelles de préparation et de conservation des aliments, comme le séchage, la salaison et la fermentation.

Technologies émergentes

Il est devenu impossible de parler de l’avenir de l’alimentation sans évoquer l’influence de la technologie sur la production alimentaire. Grâce aux progrès technologiques, il est désormais possible d’éditer avec précision les génomes des plantes afin d’améliorer les récoltes et d’assurer la reproduction rapide de diverses cultures, et ce le plus largement possible. En outre, les technologies utilisées dans le secteur agroalimentaire, telles que les robots et les drones, permettent de détecter des maladies qui affectent les cultures, d’épandre des pesticides et de l’engrais, et d’accroître l’efficacité des méthodes de désherbage et de récolte. Le secteur se sert également des technologies numériques pour prédire les conditions météorologiques, ainsi que de la blockchain pour garantir la traçabilité des produits tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Cependant, dans un contexte d’augmentation de la production alimentaire, le bien le plus précieux sera l’information – plus précisément, les informations relatives à la demande du marché et à la disponibilité de l’offre. La plupart de ces informations étant déjà disponibles sur Internet, je prévois l’émergence de modèles de chaîne d’approvisionnement totalement novateurs reposant sur une meilleure logistique et rompant avec l’ancien modèle, dans lequel les aliments sont d’abord livrés dans un endroit centralisé, mis aux enchères et ensuite redistribués. En revanche, dans ce nouveau modèle, l’accès à l’information permettra de réduire considérablement la taille des chaînes d’approvisionnement et de valeur.

Par conséquent, il se pourrait que l’avenir de l’alimentation et les aliments de demain soient bien différents de ce que l’on aurait pu imaginer. Et la génération actuelle – qui a tiré les leçons du passé, évolue dans un contexte de progrès scientifiques et technologiques, et bénéficie d’un meilleur accès aux données sur les marchés et les chaînes d’approvisionnement – est la mieux placée pour façonner et concrétiser un avenir qui sera synonyme de sécurité alimentaire.