Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

L’autonomisation des femmes dans l’agriculture est enfin prise en compte

Opinion

 

La réponse à la question “Les progrès réalisés en matière d’autonomisation des femmes dans l’agriculture sont-ils suffisants ?” dépend de la façon dont on définit le terme “suffisant”. Néanmoins, le fait que cette question soit posée est déjà en soi un signe de progrès.

Il y a dix ans, l’autonomisation des femmes dans l’agriculture ne figurait même pas à l’ordre du jour. Lorsqu’ils élaboraient des politiques ou programmes agricoles, leurs responsables ne se préoccupaient pas de leur effet sur l’autonomisation des femmes ; et ceux qui se penchaient sur la question de l’autonomisation des femmes ne pensaient pas à l’agriculture. Il n’y avait pas non plus de définition claire du concept d’autonomisation – et encore moins d’indicateurs pour mesurer les progrès accomplis dans le domaine. Les indicateurs souvent utilisés pour évaluer l’autonomisation des femmes, tels que les taux de scolarité ou de représentation des femmes dans les parlements, n’étaient pas directement liés à l’agriculture.

Développer des outils pour mesure l’autonomisation

En 2011, l’USAID, l’IFPRI et l’Initiative d’Oxford sur la pauvreté et le développement humain ont élaboré l’indice d’autonomisation des femmes dans l’agriculture (WEAI) pour suivre les progrès réalisés en matière d’égalité entre les sexes et mesurer l’autonomisation, l’influence et l’inclusion des femmes dans le secteur agricole. Cet indice mesure le niveau de participation des femmes dans l’agriculture dans cinq domaines d’autonomisation : la participation aux prises de décisions liées à la production, le droit aux ressources, le contrôle sur les revenus, le leadership, et le temps alloué aux tâches domestiques et productives. L’indice peut également être utilisé pour comparer l’autonomisation des femmes à celle des hommes au sein d’un même foyer.

À elles seules, ces mesures ne suffisent pas, mais elles peuvent permettre d’encourager des actions et de les orienter. Si les planificateurs de projets savent qu’ils seront jugés à l’aune des effets de leurs projets sur l’autonomisation, ils seront peut-être plus enclins à prendre en compte certains facteurs, tels que l’incidence – positive ou négative – de leur intervention sur la charge de travail des femmes ou leur contrôle sur les revenus. À titre d’exemple, les données de référence du WEAI sur le Bangladesh indiquent que près de 75 % des femmes vivant dans la zone d’influence du projet Feed the Future souffrent d’un manque d’autonomisation – soit un pourcentage plus élevé que dans tous les autres pays du projet ayant recueilli des données WEAI à ce moment.

Le ministère de l’agriculture du Bangladesh a donc décidé de s’associer à l’organisation Hellen Keller International et à l’équipe de recherche politique et de soutien stratégique de l’IFPRI pour développer et mettre en œuvre un nouveau programme baptisé ANGel (Agriculture, Nutrition, and Gender Linkages – Agriculture, nutrition et liens de parité). Le programme vise à réduire les inégalités entre les sexes au sein des ménages afin d’améliorer la santé et la nutrition des mères, des nouveau-nés et des enfants, en dispensant des formations sur l’agriculture et la nutrition à destination des femmes et des hommes. Le programme s’accompagne de mesures de communication pour le changement de comportement (CCC) qui favorisent de meilleures pratiques et comportements en matière de nutrition et d'alimentation des enfants. Lorsque les données du WEAI ont à nouveau été recueillies en 2015, une augmentation de 13,8 % du nombre de femmes considérées comme autonomisées a été observée – ce qui illustre bien qu’il est possible de constater des progrès dans l’autonomisation des femmes, lorsque cette priorité est fixée.

La mesure de l’autonomisation des femmes dans l’agriculture a également permis d’expliquer en quoi cette question était essentielle. Par exemple, l’analyse des données du WEAI et des données nutritionnelles venant du Ghana révèle que l’autonomisation des femmes est liée à la qualité des pratiques d’alimentation des jeunes enfants, et que la contribution des femmes à la prise de décisions concernant des crédits (une composante de l’autonomisation) est significativement et positivement liée à la diversité de leur régime alimentaire. Ces résultats indiquent que des domaines particuliers de l’autonomisation peuvent avoir divers effets sur la nutrition.

Évaluer l’effet au niveau du projet

L’utilité du WEAI est avérée, mais ses mesures reposent sur des enquêtes menées auprès des populations – ce qui limite notre capacité à déterminer quelles sont les mesures efficaces pour l’autonomisation des femmes dans le contexte d’interventions spécifiques de développement. Il y a une forte demande de la part de la communauté internationale du développement en faveur d’une solution adaptée au niveau du projet, ce qui inclut des indicateurs supplémentaires, tels que la mobilité et les violences conjugales (pour garantir que ces interventions n’entraîneront pas de répercussions négatives pour les femmes). À cette fin, nous collaborons avec 13 projets agricoles de développement pour élaborer et tester le projet pro‑WEAI (Project-level Women’s Empowerment in Agriculture Index). Nous espérons finaliser le projet en 2020.

La version provisoire de pro-WEAI, qui a été testée par les projets participants, repose sur la méthodologie WEAI. L’indice inclut 12 indicateurs de l’autonomisation des femmes dans l’agriculture : l’autonomie au niveau des revenus ; l’auto-efficacité ; la réaction à des violences conjugales ; le respect entre les différents membres du foyer ; la visite de lieux importants ; l’équilibre dans la répartition des tâches ; l’accès aux services financiers et la participation aux décisions financières ; le contrôle de l’utilisation des revenus ; la propriété de terres et d’autres actifs ; la participation aux décisions relatives à la production ; l’appartenance à des groupes tels que des organisations agricoles ou des groupes d’épargne ou de crédit ; et l’appartenance à d’autres groupes qui, selon les participants, permettent d’exercer une influence. Chaque indicateur est organisé dans un domaine : rôle intrinsèque (pouvoir au sein de), rôle instrumental (pouvoir de), et rôle collectif (pouvoir avec). Au cours des deux prochaines années, les projets utiliseront pro-WEAI dans des enquêtes finales pour examiner l’effet de leurs interventions sur l'autonomisation des femmes et d'autres résultats de développement. Enfin, l'Initiative pro-WEAI offrira aux experts et chercheurs spécialisés dans le développement un nouvel outil pour mesurer l'autonomisation des femmes et identifier les stratégies efficaces en ce domaine.