Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

L’agriculture doit être intensifiée de manière durable pour répondre aux besoins de l’Afrique

Opinion

 

Face à une population jeune et en pleine croissance, qui devrait franchir le seuil des 2,5 milliards d’individus d’ici 2050, l’Afrique doit produire plus de denrées alimentaires dans un contexte où les ressources naturelles diminuent et où les changements climatiques ont des répercussions sur l’alternance des saisons, les sécheresses et les inondations.

Les systèmes de production alimentaire africains doivent impérativement produire plus, mais aussi de façon plus durable et plus neutre en carbone, afin de ne pas accentuer la dégradation de l’environnement et le réchauffement planétaire. Pour que le continent garantisse la sécurité alimentaire de sa population, les systèmes de production doivent être intégrés pour exploiter pleinement les données et les capacités disponibles afin de stimuler la production durable et d’améliorer la capacité de résistance des agriculteurs et des systèmes qui les soutiennent.

Compte tenu de la pression pour accroître la productivité agricole, les agriculteurs sont-ils en mesure d’améliorer leur capacité de résistance aux changements climatiques sans pour autant accroître les émissions mondiales de gaz à effet de serre ? L’Afrique peut-elle se nourrir elle-même tout en respectant ses engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Les données nous montrent que c’est effectivement possible, mais que cela nécessitera des actions réfléchies et planifiées.

Produire plus avec moins de ressources

L’agriculture modifie l’environnement naturel par sa nature même, en défrichant et en cultivant des terrains pour produire de la nourriture. Cette activité est l’une de celles qui contribuent le plus aux émissions de gaz à effet de serre en Afrique. L’objectif d’intensification durable de l’agriculture vise en partie à réduire l’empreinte écologique de l’expansion des terres agricoles. L’intensification agricole durable impose d’adopter une approche ciblée pour maximiser la productivité des terrains cultivés existants sans nécessairement abattre des arbres supplémentaires. Cette approche repose sur l’introduction de technologies et de pratiques qui renforcent l’efficacité et stimulent l’augmentation de la productivité dans l’agriculture. L’utilisation d’engrais composés ou de semences améliorées et certifiées est un exemple classique de technologies qui sont utilisées pour promouvoir des cultures efficaces.

De 2010 à 2015, la déforestation a progressé au rythme de 2,8 millions d’hectares par an en Afrique (FAO, 2016). Les chercheurs estiment qu’environ 95 millions d’hectares de terrain ont été dégradés en Afrique, ce qui fait baisser la productivité agricole à mesure que les sols perdent leurs nutriments (AGRA, 2016). L’augmentation rapide de la population et de la demande de denrées alimentaires aggrave cette situation, car les agriculteurs africains continuent de cultiver des terres dégradées sans prendre de mesures pour lutter contre la disparition des nutriments. Cette approche a abouti à un système agricole expansif, qui cause des dommages durables et graves à l'environnement, créant ainsi un cercle vicieux de répercussions climatiques et économiques néfastes sur les populations rurales les plus vulnérables.

D’un autre côté, des sols plus sains permettent non seulement d’accroître la productivité, mais ont aussi une capacité d’absorption du carbone considérable. La promotion de technologies permettant d’améliorer la santé des sols, comme le microdosage de biofertilisants, pourrait donc favoriser la séquestration du carbone et stimuler les rendements et la sécurité alimentaire. L’intensification durable de l’agriculture ne mettra pas un terme à la demande constante de nouvelles terres agricoles, mais elle peut réduire la vitesse à laquelle ces terres se dégradent.

Transformer les systèmes agricoles

L’Afrique peut adapter ses pratiques agricoles pour améliorer sa capacité de résistance aux changements climatiques tout en s’engageant en parallèle sur la voie d’une réduction des émissions via une approche durable de l’intensification agricole. Il est certain que, dans un avenir proche, l’expansion et l’intensification des pratiques agricoles se poursuivront en Afrique. Cependant, face aux limitations actuelles des “stocks” de biodiversité et à l’augmentation des températures à l’échelle mondiale, qui sont à l’origine des changements climatiques, il est urgent d’intégrer une approche fondée sur des éléments probants qui débouchera sur des méthodes d’intensification durable de l’agriculture pour les systèmes de production alimentaire.

À travers le travail qu’elle mène en Afrique, l’AGRA aide les pays à accélérer la transformation des systèmes agricoles, ce qui permettra d’améliorer la productivité, la sécurité alimentaire et les revenus des agriculteurs de façon durable et écologique. L’Alliance encourage les partenariats entre les secteurs public et privé dans le cadre du développement des capacités pour des systèmes globaux sur les marchés des intrants et des produits agricoles. La promotion des semences améliorées, l’utilisation judicieuse des engrais ainsi que l’introduction et l’intégration d’approches relatives aux jeunes, à l’égalité entre les sexes, à l’accès aux marchés et au développement de la résilience devraient permettre de transformer les systèmes agricoles africains via des méthodes à faibles émissions de carbone pour les rendre plus productifs, inclusifs et durables.