L’Afrique peut-elle surmonter les défis liés aux sols à l’ère du changement climatique ?

Opinion

 
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Le sol est une ressource non renouvelable et les surfaces de terres arables reculent sous les coups de la croissance démographique et de l’urbanisation. Le changement climatique rend ce défi d’autant plus difficile à résoudre au niveau mondial. À la lumière de ces constatations affligeantes, la conservation des sols devrait passer en tête des priorités de l’espèce humaine, mais rien n’est moins vrai. La réduction de la superficie des terres arables entraîne une exploitation encore plus intensive de la surface restante, accompagnée de toutes les horreurs de l’agriculture moderne, que ce soit le labourage en profondeur, un usage fréquent des produits chimiques et moins de temps laissé au sol pour récupérer. Malheureusement, à l’instar de la plupart des autres défis à l’échelle internationale, la menace de la dégradation des sols affecte plus sévèrement les économies fragiles, notamment en Afrique.

Le sol africain et ses défis

La plupart des sols africains peuvent être classés dans l’une des deux catégories suivantes. Soit ils ont été soumis à des précipitations intenses (bien souvent les sols plus anciens), sont très lixiviés (perte de nutriments), contiennent une forte teneur en fer et en aluminium, et ils affichent donc une fertilité naturelle relativement faible. Soit ils sont peu développés avec un profil réduit (peu de profondeur), contiennent peu d’argile et leur capacité de rétention d’eau est faible, insuffisante pour permettre des récoltes importantes.

Ces problèmes sont encore aggravés par l’utilisation, fréquente en Afrique, de produits chimiques de mauvaise qualité importés d’Asie en raison de politiques et de pratiques réglementaires inadéquates guidées par les intérêts égoïstes de gouvernements et de fonctionnaires corrompus. Sans surprise, la conjonction de sols naturellement peu fertiles, de pratiques de conservation insuffisantes ou inexistantes, du changement climatique et de l’utilisation de produits chimiques de mauvaise qualité a malheureusement amplifié les défis liés au sol en Afrique, réduisant à néant les efforts du continent pour améliorer sa sécurité alimentaire. L’Afrique fait actuellement face à des problèmes de salinité, d’aridité, d’alcalinité, d’acidité, de compactage, d’érosion, d’épuisement des nutriments, de toxicité des herbicides, et d’extinction des organismes, autant de situations d’origine naturelle ou artificielle. Malheureusement, certains agriculteurs pensent résoudre ces problèmes en abandonnant leurs champs et en s’aventurant plus profondément en milieu forestier à la recherche de meilleurs sols, causant ainsi la déforestation.

Relever les défis

Il existe des solutions réalistes, simples et scientifiquement prouvées pour préserver, restaurer et maintenir la productivité des sols agricoles, dont le potentiel reste pourtant largement sous-exploité en Afrique.

Adopter des bonnes pratiques de base (et intelligentes face au climat). La rotation des cultures, la couverture des sols en interculture, le paillage, l’apport de matières organiques, le travail de conservation des sols et la culture en courbes de niveau sont des pratiques faciles à adopter (qui sont aussi des éléments d’une agriculture intelligente face aux changements climatiques), et dont les avantages sont largement étayés par la recherche. Toutes ces méthodes ont de nombreux bénéfices comme le contrôle des maladies et des nuisibles, l’augmentation de la fertilité du sol, la stimulation de l’activité microbienne, la réduction de l’érosion, l’amélioration de la structure du sol, ainsi que la rétention de l’humidité. Mais leur inconvénient est psychologique car leurs résultats ne sont pas immédiatement perceptibles, contrairement à ceux des engrais synthétiques.

Maintenir un couvert végétal au-dessus des sols. La présence continue d’un couvert végétal à la surface des sols est une preuve irréfutable de sa capacité à maintenir la vie. Grâce à la photosynthèse, les plantes génèrent et séquestrent des composés carbonés qui permettent aux microbes bénéfiques au sol de se développer, jouant un rôle capital pour la synthèse et le cycle des nutriments. Les racines qui pénètrent dans le sol et la matière organique ajoutée à la surface améliorent également la structure du sol, ainsi que sa porosité, son aération et sa capacité à retenir l’eau.

Déployer l’analyse des sols. L’analyse des sols est une pratique essentielle pourtant rarement mise en œuvre. Sans ses données objectives, la fertilisation est souvent excessive. Cet excès, qui nuit à la santé des sols, dégrade l’environnement, et provoque un déséquilibre en nutriments dans les écosystèmes agricoles. Une méthode relativement récente d’analyse des sols, la technologie basée sur les membranes perméables aux ions, est moins chère, plus efficace et plus facile à mettre en œuvre que les méthodes précédentes. Il s’agit donc du meilleur outil d’analyse des sols qui puisse être déployé en Afrique. La localisation du prélèvement d’un échantillon est facile à identifier grâce à une application qui fonctionne avec Google Maps, et les résultats pourraient facilement être exploités par un logiciel pour offrir des conseils rapides et efficaces aux agriculteurs.

Utiliser des engrais biologiques. Une étude publiée récemment dans le Journal for the Advancement of Developing Economies démontre que, si l’irrigation et la mécanisation permettent réellement d’améliorer la productivité dans les économies agricoles, l’utilisation d’engrais synthétiques n’a aucun effet. De plus, les études prouvent l’impact de l’incorporation de matières organiques sur les propriétés chimiques, physiques et biologiques du sol, particulièrement importantes pour sa capacité de régénération, sa productivité et sa durabilité. Enfin, les matières organiques sont généralement considérées comme des déchets et sont donc bon marché.

Améliorer la vie microbienne. Un sol sans microorganismes est un sol mort. Les microbes participent à des processus essentiels à la restauration et à la durabilité du sol. Malheureusement, en Afrique, ils font souvent les frais des mauvaises pratiques de l’agriculture moderne, en particulier l’utilisation excessive de pesticides et d’engrais synthétiques. L’utilisation de biostimulants est donc primordiale. L’entreprise de biotechnologie Dynamic Green Concepts contribue à l’amélioration significative des rendements agricoles et de la santé des sols en Afrique grâce à sa gamme de produits biostimulants. Ils fonctionnent pour la plupart en stimulant la croissance des microorganismes bénéfiques au sol, qui synthétisent et libèrent une plus grande quantité de nutriments, ces derniers ayant à leur tour un effet bénéfique sur la croissance des végétaux.

Le monde politique doit prendre l’initiative

Il est impossible de relever ces défis internationaux sans la participation des gouvernements. Malheureusement, la “terre” ne semble pas être une priorité pour la plupart des dirigeants africains. Même si la plupart d’entre eux font campagne autour du thème de l’agriculture, la solution la plus rapide et la moins chère est bien souvent de se contenter d’acheter les voix et la fidélité des populations pauvres qui souffrent de l’insécurité alimentaire.