Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

L’Afrique doit d’abord surmonter des défis infrastructurels et institutionnels clés

Opinion

 

Le 21 mars 2018, 44 États membres de l’Union africaine (UA) ont signé l’accord pour l’établissement de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLEC) lors du Sommet extraordinaire de l’UA qui s’est tenu à Kigali, au Rwanda. La ZLEC africaine constitue probablement l’un des blocs de libre-échange les plus vastes au monde (en nombre d’États membres) et les raisons ne manquent pas de se féliciter de son établissement.

Toutefois, il importe de noter que la ZLEC africaine ne deviendra juridiquement contraignante qu’après avoir été ratifiée par au moins 22 de ses pays signataires. On ne peut qu’être impressionné quand on sait que les premiers engagements officiels sur cet accord ont été donnés en 2002 et que sa signature est devenue réalité en 2018. Une pierre d’achoppement ne peut cependant être ignorée : l’Afrique du Sud et le Nigeria, deux des plus importantes et des plus influentes économies africaines, n’ont pas encore signé l’accord.

L’accord pour la ZLEC africaine revêt une importance stratégique car, en termes de demande, le marché continental va s’élargir pour dépasser les deux milliards de personnes d’ici 2030. Par ailleurs, en termes d’offre, le secteur agricole et agroalimentaire devrait se développer pour atteindre une valeur de 0,86 billion d’euros sur la même période. Outre la croissance projetée de l’offre et la demande du secteur agroalimentaire attendue, les acteurs du secteur privé sont surtout en droit de se réjouir en raison de ce que l’on appelle la “convergence réglementaire”. En effet, si, dans l’hypothèse du pire scénario possible, l’Afrique ne parvenait pas, pour une raison ou l’autre, à tirer parti de la croissance de son marché, l’optimisme resterait cependant de mise grâce à l’harmonisation des législations et réglementations en matière de commerce et d’investissement. En soi, cet argument est suffisant pour que le secteur alimentaire du continent se prépare à la croissance, si (et quand) les conditions du marché permettent à l’industrie d’en tirer profit.

Il peut sembler peu réaliste de se réjouir de l’état de préparation à un résultat plutôt que du résultat lui-même. Néanmoins, un tel niveau d’ambition devient plausible si l’on se trouve dans une situation où les infrastructures, les institutions et les systèmes ne sont pas suffisants pour offrir les conditions initiales nécessaires à la croissance. À ce stade, ce sont les conditions préalables qui importent le plus, plutôt qu’une croissance commerciale qui est induite de façon prématurée et, selon toute probabilité, prendra une tournure inéquitable. Pour l’instant, l’Afrique a peut-être surtout besoin d’accomplir le maximum pour négocier et renforcer ses propres “règles”. Les institutions africaines doivent être établies et, là où elles sont déjà en place, être renforcées de façon à tirer le meilleur parti de la ZLEC.

Ce volet du débat, au moins, porte sur une tendance internationale plus large à conclure des accords commerciaux multilatéraux sur la base de “règles”. De nombreux experts estiment que, si l’Afrique n’a pas montré une ambition aussi forte que celle d’autres pays avancés du monde, c’est en partie à cause de sa réticence à négocier sur des thèmes tels que le commerce des services. Le ministre sud-africain du Commerce et de l’Industrie, le Dr Rob Davies, a déclaré que le continent n’était tout simplement pas prêt à ouvrir ses marchés parce que l’étendue de les effets de ceux-ci sur les plus petites économies n’a pas encore été pleinement déterminée. Même si cette crainte est fondée, l’accord pour la ZLEC africaine devrait poser les bases d’un programme de travail permettant d’explorer ces questions de nouvelle génération concernant les législations et réglementations.

L’aspect paradoxal de cet accord est qu’il se concrétise alors que le continent est encore confronté à certains défis fondamentaux parmi ses communautés économiques régionales, notamment la Communauté de l’Afrique de l’Est, la Communauté de développement de l’Afrique australe et le Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe. Certaines questions–comme les règles d’origine– seront résolues lorsque les pays négocieront la conclusion de l’accord pour la ZLEC africaine. Cet accord pourra être considéré comme central si son texte intègre certaines de ces questions pertinentes.

* Ce texte a été coécrit avec les économistes agricoles Tinashe Kapuya et Bonani Nyhodo.