Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

Innovation vs renforcement : quel est l’avenir des TIC dans la vulgarisation ?

Opinion

 

Le pouvoir transformateur des technologies est difficile à prévoir. Comme ceux d’entre nous qui travaillent dans ce domaine peuvent en témoigner, la vulgarisation agricole s’apprête à subir une transformation, mais il n’y aura pas de solution miracle. Nous savons que l’avenir sera fait de différentes approches pour différents contextes, chacune pouvant avoir un impact plus fort sur les petits exploitants.

Les technologies numériques se sont diffusées dans les régions les plus reculées du monde et pourraient favoriser le changement. Alors qu’il est intéressant d’imaginer en quoi ce changement consistera, d’ici dix ans, pour les petits agriculteurs, il est peut-être plus important encore de se demander ce qu’il ne sera pas. Les petits exploitants voudront réduire leurs coûts de production, accroître leurs rendements et réduire leur exposition aux risques. Les services de vulgarisation doivent le leur permettre.

À elles seules, les technologies ne constituent pas une solution. Elles sont en mesure d’amplifier les bonnes pratiques, mais seulement lorsque des organisations et des individus exploitent leur potentiel, y compris des services de vulgarisation publics traditionnels, mais aussi l’ensemble des autres acteurs : chercheurs, créanciers, négociants agricoles, etc.

Les technologies peuvent servir de plateforme pour relier ces acteurs dans le système agroalimentaire, mais d’une manière différente d’une région à l’autre. Dans le projet Developing Local Extension Capacity(DLEC, Développer les capacités locales de vulgarisation) de Feed the Future, nous utilisons le cadre le plus adapté (Birner et al., 2009) pour cartographier les écosystèmes de vulgarisation à travers 22 pays d’Asie du Sud, d’Afrique subsaharienne et d’Amérique latine. Le but est d’identifier les opportunités clés d’induire le changement.

Le gouvernement éthiopien, par exemple, gère l’un des systèmes publics de vulgarisation les plus développés au monde, avec environ trois agents de vulgarisation pour chaque village. Mais, comme leurs ressources sont limitées, les formations sont souvent dispensées à de grands groupes. Jorge Nanesso, une agricultrice de 41 ans du district de Becho, a participé à une formation à l’usage d’un outil de création de sillons pour un meilleur drainage. Comme il y avait 70 autres participants, il était difficile de voir et de comprendre comment fonctionnait l’outil et Jorge ne l’a jamais utilisé. Nous avons fourni à l’agent de vulgarisation de Jorge des vidéos produites localement et un projecteur mobile à piles. Après avoir assisté à une projection vidéo sur le même sujet en plus petit comité, Jorge a saisi le concept. Elle a appliqué les connaissances acquises et a ainsi augmenté sa production de teff de 800 kg/ha à 1 800 kg/ha.

Au Bangladesh, le projet Agriculture Extension Support Activity (Activité de soutien à la vulgarisation agricole) de l’USAID a lancé une initiative de carte agricole (A-Card) : une carte de débit pour les agriculteurs, utilisée spécifiquement avec les négociants agricoles. Les petits exploitants qui utilisent la A-Card ont six mois pour rembourser leur dette, avec un taux d’intérêt annuel de 10 %. Cette flexibilité permet aux agriculteurs d’attendre de meilleurs prix et les négociants agricoles ont la garantie d’être payés sans souci. La A-Card a été rendue possible grâce à la pénétration des services bancaires mobiles et à la présence de négociants agricoles dans le pays.

Nous avons rencontré le succès en restant réactifs et en nous adaptant aux environnements locaux. Plutôt que d’innover pour innover, nous adoptons des approches spécifiques au contexte et fondées sur des données probantes, afin d’avoir un impact. L’avenir des TIC dans la vulgarisation n’est pas de consolider les systèmes existants ou d’en inventer de nouveaux, mais les deux à la fois.