Établir un cadre gagnant-gagnant pour l’investissement étranger

Opinion

 
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L’agriculture, qui emploie environ 60 % de la main-d’œuvre et représente un tiers du PIB de l’Afrique, joue un rôle crucial dans la croissance et le développement économique du continent. Pourtant, l’Afrique reste l’une des régions du monde où règne le plus l’insécurité alimentaire : sur un milliard d’habitants, elle compte officiellement 232 millions de personnes sous-alimentées.

De fait, un Africain sur quatre est affecté par le fléau de la faim et de la malnutrition.

De plus, le continent dépense trop – un peu plus de 35 milliards de dollars (28 milliards d’euros) chaque année – pour ses importations alimentaires. Si rien n’est fait pour y remédier, selon les estimations, cette facture des importations pourrait atteindre 110 milliards de dollars (98 milliards d’euros) en 2025. Pour contrer le scénario d’insécurité alimentaire accrue qui s’annonce, des investissements massifs devront être injectés dans l’agriculture africaine, ce qui permettra à ce secteur d’assumer un important rôle de moteur dont la production desservira l’Afrique et le reste du monde.

Combler le retard d’investissement

Selon des études réalisées par la FAO, des investissements supplémentaires de plus de 80 milliards de dollars (71 milliards d’euros) devront être consentis chaque année pour atteindre les objectifs de réduction de la pauvreté et du nombre de personnes dénutries en Afrique. Malgré les objectifs du Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine et l’engagement pris dans le cadre de la Déclaration de Malabo d’augmenter les dépenses agricoles pour qu’elles atteignent jusqu'à 10 % des dépenses publiques, la majorité des pays africains ne consacrent toujours qu’une part bien inférieure de leur budget public à l’agriculture. Dans ce contexte, l’investissement étranger direct (IED) aura de toute évidence un rôle complémentaire à jouer.

Les investissements agricoles provenant de sources nationales sont tout bonnement insuffisants pour couvrir la demande croissante en denrées alimentaires et en fibres en Afrique. En conséquence, l’IED jouera un rôle important en suppléant aux fonds des investissements nationaux, en stimulant la productivité et en canalisant les transferts de connaissances et de technologies vers les économies africaines. L'investissement étranger dans l’agriculture pourrait aussi faire connaître aux pays africains des bonnes pratiques et des technologies de pointe originaires de l’étranger. Au-delà de cet avantage en termes d’apprentissage et de connaissances, l’IED ouvrira certainement des canaux pour l’intégration des entreprises locales dans les chaînes de valeur nationales, régionales et mondiales. De tels investissements permettront aux entreprises agricoles locales d’apprendre de nouvelles pratiques commerciales, ainsi que des techniques et concepts de gestion pouvant les aider à développer un écosystème et un accès à de nouveaux marchés.

Ces trois dernières années ont vu croître l’intérêt pour l’investissement international dans l’agriculture africaine, en particulier dans les terres, les entreprises agricoles et les droits d’usage de l’eau. Les moteurs de cette évolution sont notamment la demande croissante d’aliments pour la consommation humaine et le bétail dans les grands pays importateurs, le besoin de garantir des approvisionnements alimentaires adéquats à l’échelle internationale, la demande grandissante de matières premières pour les biocombustibles, et les préoccupations sur la vulnérabilité potentielle face à la volatilité des marchés alimentaires mondiaux.

Risques et facteurs d’atténuation

De plus en plus, des sceptiques font part d’inquiétudes concernant d’éventuels effets néfastes de certaines nouvelles formes d’IED sur les pays africains. Ils pointent du doigt un phénomène croissant : l’acquisition de vastes étendues de terres par des acteurs étrangers, une pratique qui défavorise les acteurs et agriculteurs autochtones. Dans un contexte où les propriétaires terriens cherchent à optimiser leurs biens, la concurrence étrangère acquiert souvent les meilleures parcelles, sur lesquelles la terre et l’irrigation sont aussi les meilleures, tandis que les agriculteurs locaux se retrouvent avec les choix moins intéressants. Les petits exploitants agricoles sont déplacés, les pâturages utilisés par les gardiens de troupeau diminuent ou disparaissent, les familles et communautés rurales perdent des revenus et des moyens d’existence, et les ressources naturelles se détériorent, tout comme la biodiversité.

Tels sont quelques-uns des effets néfastes potentiels de l’IED.

Afin d’atténuer ces difficultés, les responsables politiques, les agences de développement et les communautés locales ont besoin d’optimiser les avantages de l’investissement étranger dans l’agriculture, tout en réduisant ses risques. Cette approche doit être méthodique et nécessite une capacité organisationnelle pour orienter les investisseurs étrangers vers les types de projets appropriés. Son application dépend toutefois de plusieurs facteurs et variables, notamment la transparence et la bonne gouvernance, des relations adéquates avec les petits exploitants agricoles et les communautés agraires, et la qualité des institutions et cadres institutionnels en place aux niveaux national et infranational dans les pays bénéficiaires de l’IED.

Les projets d’investissement ayant le plus de chances de réussir sont ceux qui combinent les points forts de l’investisseur (capital, expertise en gestion et marketing, et technologie) avec ceux des agriculteurs locaux (main-d’œuvre, terres et savoir local). Il est également important d’établir un cadre gagnant‑gagnant. Le modèle économique choisi doit laisser aux agriculteurs le contrôle de leurs terres, inciter toutes les parties à investir dans l’amélioration des terres et favoriser le développement durable.