Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

Comment la Chine redessine-t-elle l'agriculture africaine ?

Opinion

 

Comme les travaux de recherche de Deborah Brautigam l'ont clairement démontré, les hypothèses relatives au rôle de la Chine en Afrique ne se vérifient pas dans la réalité. Le niveau des investissements et des aides connexes, le nombre de travailleurs chinois importés et les surfaces des terres « accaparées » à des fins d'investissement sont bien inférieurs aux hypothèses ayant été formulées. En outre, le dernier ouvrage de la chercheuse montre bien que ce n'est pas dans un avenir proche que l'Afrique nourrira la Chine ou vice-versa.

En collaboration avec des collègues africains, chinois et européens, notre équipe a analysé l'implication de la Chine dans l'agriculture éthiopienne, ghanéenne, mozambicaine et zimbabwéenne. Le compte-rendu a fait l'objet d'une nouvelle édition spéciale en accès libre de la revue World Development. La recherche d'informations s'est avérée, de manière surprenante, particulièrement difficile. Les données sur l'acquisition de terres, les flux d'investissement et les projets d'aide sont limitées et peuvent prêter à confusion.

Le rôle de la Chine dans l'agriculture – en termes d'investissements commerciaux, de transfert technologique, d'efforts de démonstration, de formation, etc. – s'intensifie et façonne de plus en plus les perceptions. Les Centres chinois de développement des technologies agricoles constituent des investissements de premier plan. On en dénombre aujourd'hui 23 dans toute l'Afrique, financés au cours de leur phase initiale par le ministère du Commerce chinois dans le cadre de son programme d'aide. La plupart de ces centres sont gérés par des sociétés et intégrés à un modèle commercial de formation, de démonstration technologique et de vente. Toutefois, comme le montrent Xiuli Xu et ses collègues, la performance des centres dépend de la personne qui les dirige, ce qui démontre qu'il n'existe aucun « modèle chinois » de développement ou de partenariat État-entreprise spécifique.

Nous avons également étudié quelques cas d'investissements commerciaux dans le secteur agricole, menés principalement par des entreprises publiques chinoises. Par exemple, Jing Gu et ses collègues ont expliqué qu'à Xai Xai, au Mozambique, la société de développement agricole Wanbao de la province Hubei a pris en charge 20 000 hectares d'une ferme d'État pour cultiver du riz et développer un système d'agriculture contractuelle avec les exploitations environnantes. Cela n'a pas été facile. Kojo Amanor et Sergio Chichava décrivent les changements intervenus dans la direction de la société, les différends avec les communautés locales et les alliances changeantes avec les élites locales.

La formation des responsables du gouvernement constitue un aspect important de l'implication chinoise en Afrique. Plus de 10 000 fonctionnaires sont formés en Chine chaque année, dont la plupart dans le domaine de l'agriculture. Ces chiffres dépassent de loin toutes les initiatives de formation occidentales dans le cadre de programmes d'aide. Henry Tugendhat et Dawit Alemu ont analysé les impacts de ces formations. Bien que les impacts immédiats aient été assez limités, le développement de relations à long terme et l'exercice d'une diplomatie fondée sur le « soft power » constituent des éléments importants.

L'aspect de l'implication chinoise dans l'agriculture africaine qui aura le plus de répercussions mais qui reste toutefois mal compris est peut-être le nombre croissant de migrants actifs dans le secteur agroalimentaire, des travaux agricoles à la transformation, en passant par la vente au détail et les restaurants. Seth Cook et ses collègues ont observés des investissements croissants dans la fourniture d'aliments typiquement chinois à des populations d'expatriés chinois en pleine expansion. Les personnes concernées sont souvent arrivées en Afrique dans le cadre de contrats avec le gouvernement chinois. Elles ont ensuite monté leur entreprise puis ont encouragé d'autres personnes à les rejoindre depuis la Chine.

Nos travaux nous ont permis d'obtenir un aperçu des débuts de l'implication chinoise dans l'agriculture africaine, qui n'en est certainement pas à un stade de développement aussi avancé que certains l'imaginent. Sur le long terme, il se pourrait que les activités s'accélèrent, à mesure que de nouvelles opportunités apparaissent. Mais la Chine aussi change. À mesure que son économie se restructure vers une « nouvelle norme », la demande évolue. S'il est certain que la demande alimentaire se maintiendra à l'avenir, il est peu vraisemblable qu'elle provienne d'Afrique. Néanmoins, en tant que nouvelle puissance mondiale, la Chine souhaitera conserver des relations en matière de commerce, de diplomatie et d'aide avec l'Afrique, et le maintien de relations demeurera primordial. La Chine mise sur le long terme ; nos études se sont limitées à en observer les premiers pas.

« Ce blog est tiré d'un article plus long publié sur https://theconversation.com/africa».