Combinaison d'outils numériques et physiques pour fournir des informations AIC

Opinion

 

Les technologies numériques permettent de faciliter l’accès des agriculteurs ruraux aux informations sur les pratiques agricoles, les maladies des cultures, la lutte contre les nuisibles et la gestion des terres. Néanmoins, on observe actuellement un énorme écart entre le nombre de services de vulgarisation africains – capables de diffuser ces technologies dans les zones rurales – et le nombre d’agriculteurs qui en bénéficient. Au Kenya, par exemple, seulement 5 500 agents de vulgarisation agricole desservent plus de 5 millions de petits exploitants, soit un rapport de 1 pour 909. Ceci montre que la majorité des petits producteurs ne bénéficient pas des conseils et des informations dont ils ont besoin. Le réseau mobile africain (actuellement le deuxième plus important au monde) pourrait être mieux utilisé afin de combler ce fossé et de fournir des informations, des conseils et un soutien agricoles aux petits producteurs via leurs téléphones portables.

Combler les lacunes en matière d’assurance

Les micro-assurances constituent des outils précieux pour améliorer la résilience des petits producteurs face aux chocs liés au changement climatique. L’assurance indicielle, par exemple, s’est imposée comme un produit rentable et viable permettant d’atténuer les risques météorologiques pour les petits producteurs. Au Kenya, une assurance récolte indicielle a été introduite pour la première fois en 2009 par le projet Kilimo Salama, qui est ensuite devenu Agriculture and Climate Risk Enterprise Ltd (ACRE Africa).

Alors qu’elle distribuait des assurances et encourageait leur adoption, ACRE Africa a observé plusieurs lacunes en matière d’information. Pour y remédier, elle a introduit des services de conseil sur les pratiques agronomiques, a ramené à une échelle inférieure la fourniture de données agrométéorologiques (du niveau national au niveau local) et a organisé des formations sur les assurances récolte afin de soutenir l’adoption et la mise en œuvre des pratiques d’agriculture intelligente face au climat (AIC). Ces services sont fournis selon une approche rentable basée sur des outils numériques tels que des SMS, des serveurs vocaux interactifs, des codes USSD liés à des plateformes de messagerie interactive. Ils permettent aux petits exploitants d’avoir accès directement et en temps réel à des informations crédibles et exploitables.

Cette méthode de diffusion des données ne permet cependant pas aux agriculteurs d’acquérir une bonne connaissance des outils numériques eux-mêmes. Elle limite donc leur capacité à demander des renseignements ou clarifications supplémentaires. En outre, ACRE Africa a constaté que, bien que les services à faible interaction ou low touch, comme les messageries numériques et les programmes à inscription autogérée, soient rentables et faciles à répliquer, les technologies, informations et pratiques de gestion relatives à l’AIC nécessitent des interventions à plus forte interaction (high touch) lors de la phase de lancement. Celles-ci aident à vaincre la méfiance des agriculteurs par rapport aux nouvelles technologies et à changer les mentalités et les comportements traditionnels.

Des champions dans les villages

Par conséquent, en plus des outils numériques, ACRE Africa a recours à une approche de pair à pair qui s’appuie sur des structures sociales de confiance dans les communautés afin d’établir un réseau d’agents pour le changement rural (des “champions”). Grâce à leur position dans la communauté, ces agents peuvent dispenser des informations sur les technologies durables relatives à l’AIC et organiser des campagnes de sensibilisation à la gestion des risques pour aider les agriculteurs à prendre des décisions plus éclairées. La formation et les programmes de sensibilisation “intelligente”fournis à travers le modèle de pair à pair et les outils numériques ont résulté en une hausse du nombre d’agriculteurs qui adoptent de bonnes pratiques agricoles et augmentent leurs investissements agricoles (par exemple pour l’utilisation d’engrais et de semences améliorées, ainsi que pour la souscription à des assurances).

ACRE Africa suit de près l’utilisation et l’adoption de ces intrants/services à chaque saison dans le but d’améliorer sa fourniture de produits et services. En outre, grâce à une approche mixte en matière de partage d’informations et de connaissances, les champions des villages sont formés à la collecte de données numériques à l’aide d’outils en ligne gratuits. Ces données sont utilisées par ACRE Africa pour améliorer en permanence ses produits d’assurance et de conseil.

En conclusion, s’il existe une réelle opportunité de “standardiser”la diffusion des informations sur l’AIC et la vulgarisation agricole à l’aide des outils numériques – et en particulier des téléphones portables –, cette méthode ne peut être efficace que si elle s’accompagne d’un niveau de soutien significatif par les pairs. Il est aussi recommandé d’investir dans le développement de contenus adaptés aux chaînes de valeur locales et aux différentes cultures, ce qui implique d’intégrer les connaissances autochtones traditionnelles. S’ils ne sont pas associés à des approches participatives ou à des modèles à forte interaction, les outils numériques à eux seuls ne suffisent donc pas à fournir des services de conseil et de vulgarisation concernant l’AIC.