Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

À l’ère numérique, personne ne doit rester sur la touche

Opinion

 

L’agriculture intelligente consiste à utiliser les innovations numériques pour améliorer la production agricole. Grâce à une surveillance et à une analyse de prévisibilité améliorées reposant sur de nouvelles technologies telles que les satellites, les capteurs de sol, l’Internet des objets, les robots et les drones, les agriculteurs peuvent adapter leur sélection et leur plantation de semences, appliquer des dosages plus précis, améliorer la détection et le traitement des maladies, augmenter la précision de leurs récoltes en réduisant les pertes post-récolte, et contrôler chaque animal.

Avec la démocratisation des téléphones mobiles et des médias sociaux, le big data (vastes ensembles de données structurées ou non structurées : textes, chiffres, images, vidéos, etc.) est devenu omniprésent. La possibilité de traiter des données infimes sur le terrain accroît considérablement les avantages financiers, sociaux et écologiques de l’agriculture intelligente. Ces nouvelles perspectives entraînent un essor des investissements privés et publics dans le secteur de l’agriculture de précision, dans l’espoir de révolutionner toutes les chaînes de valeur, et pas uniquement agricole.

Si les avantages du big data pour l’agriculture intelligente sont bien documentés et largement acceptés, cette évolution exacerbe également les inégalités et laisse les petits exploitants agricoles sur la touche – une situation contraire à l’éthique. Il est donc nécessaire d’aborder certaines questions fondamentales afin d’améliorer la dimension éthique de l’agriculture intelligente, tout en tirant parti des possibilités offertes par le big data.

Pour que le big data utilisé dans l’agriculture intelligente soient bénéfiques pour tous, les problèmes d’infrastructure et de connectivité du dernier kilomètre rural (rural last mile) doivent être réglés. Le dernier indice de connectivité mobile de la GSMA révèle que 30 % de la population subsaharienne n’est pas connectée aux infrastructures Internet mobiles (principalement dans les zones rurales) et que les coûts de connectivité restent élevés dans 75 % des pays.

Ce qu’il faut retenir, c’est que les agriculteurs ne sont pas tous aussi sensibilisés et compétents les uns que les autres et que les agriculteurs ruraux et moins privilégiés sont généralement moins bien renseignés sur ces nouvelles technologies. Ils risquent donc d’être exclus et de ne pas pouvoir bénéficier des divers avantages et possibilités qui découleront de l’adoption et de l’utilisation de la prochaine génération d’agriculture intelligente fondée sur le big data.

La protection des données et la cybersécurité font également partie des sujets de préoccupation importants qui émergent lorsque l’on se penche sur une utilisation éthique du big data dans l’agriculture intelligente. Cette menace devient exponentielle dans un environnement qui ne connaît pas de frontières et où le stockage en nuage, associé à la portabilité des données, met les informations personnelles des petits exploitants à la merci des cybercriminels et les rend plus vulnérables aux actes d’extorsion des pirates informatiques. Le partage des données des agriculteurs entre des tiers sans le consentement des individus concernés pourrait accentuer le déséquilibre de pouvoir entre les petits exploitants agricoles et les autres parties prenantes (négociants, cultivateurs sous-traitants), et donc réduire le pouvoir de négociation des agriculteurs.

Une stratégie en faveur des petits exploitants

Une approche globale doit être mise en place pour garantir l’égalité des chances pour tous en exploitant le big data utilisé dans l’agriculture intelligente et en créant un écosystème qui soit au service des petits exploitants agricoles. Le Fonds d’équipement des Nations unies (FENU) a joué un rôle majeur dans l’accélération de la finance numérique, en particulier dans les pays les moins avancés. Il a également enregistré des résultats impressionnants en faisant en sorte que la finance numérique soit bénéfique aux plus pauvres grâce à une démarche de développement des marchés. C’est dans cette optique que le FENU a élaboré une nouvelle stratégie visant à rendre le numérique accessible à tous, y compris aux petits exploitants agricoles.

La question de l’agriculture éthique intelligente dans la perspective d’une application du big data peut être résolue en adoptant l’approche du FENU qui consiste à :

• autonomiser les petits exploitants agricoles en améliorant leurs compétences, leur prise de conscience et leurs capacités en matière de possibilités et de risques liés au big data et à l’agriculture intelligente, et en s’appuyant sur des solutions et des applications numériques de développement des capacités et des compétences ;

• développer les infrastructures physiques afin d’améliorer de manière abordable la connectivité des petits exploitants agricoles éloignés ou défavorisés ; favoriser l’émergence de données à source ouverte et d’outils d’analyse de données financés par l’État tout en respectant les principes de confidentialité et de transparence totales et de systèmes ouverts de collaboration afin que l’information soit accessible à un plus grand nombre de participants ;

• soutenir le développement d’innovations, de technologies et de services inclusifs sans licences restrictives ; réduire le coût des dispositifs pour permettre au plus grand nombre de petits agriculteurs d’exploiter pleinement le potentiel du big data ;

• promouvoir l’adoption de politiques de facilitation et de règlements favorisant la protection des données, la cybersécurité, la protection des consommateurs, ainsi que les contrats et les relations éthiques dans l’écosystème numérique.

Les exploitations agricoles intelligentes reposant sur le big data représentent une chance unique pour les petits exploitants et les acteurs de la chaîne de valeur agricole, mais il est essentiel de tenir compte des aspects éthiques pour que le potentiel de ces nouvelles technologies puisse être pleinement exploité. Des intermédiaires neutres, tels que le FENU, peuvent travailler aux côtés des acteurs de l’écosystème numérique pour concrétiser cette vision et atteindre l’objectif de ne laisser aucun petit producteur sur la touche à l’ère du numérique.

Cet éditorial reflète uniquement les vues et opinions personnelles de l’auteur, il ne représente pas nécessairement celles du FENU et n’engage d’aucune façon l’organisation.