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Un nouvel accord commercial panafricain prometteur

Commerce et marketing

Libre-échange

L’établissement d’une zone de libre-échange continentale devrait changer la donne en stimulant le commerce intra-africain. Pour que l’Afrique en retire des avantages concrets, les modalités de cet accord devront être négociées et les dirigeants africains se mobiliser durablement en sa faveur.

Le 21 mars 2018, dans la capitale rwandaise Kigali, 44 États africains ont signé l’accord pour l’établissement de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLEC). Selon l’Union africaine (UA), qui a lancé ce processus en 2015, l'objectif est de “créer un marché continental unique des biens et des services, prévoyant aussi la libre circulation des entreprises et des investissements”, afin de stimuler les échanges commerciaux intra-africains. Selon le Centre africain pour les politiques commerciales (CAPC), lorsque les 55 États membres de l'UA auront signé l’accord ZLEC – s’ils le font – , l’accord commercial “couvrira un marché de 1,2 milliard d’habitants et représentera un PIB de 2 500 milliards de dollars (soit plus de 2 000 milliards d’euros)”.

Le Nigeria et l’Afrique du Sud sont deux des plus grandes économies africaines qui n’ont pas encore signé l’accord ZLEC. Le président du Nigeria subit la pression des syndicats et d’autres groupes qui craignent que cet accord nuise à l’économie du pays, en affaiblissant les entreprises locales. Bien qu’elle ait indiqué son soutien politique à l’accord, l’Afrique du Sud a, quant à elle, déclaré que d’autres consultations internes devraient avoir lieu avant la signature, ainsi que le prévoit sa constitution.

Un impact sur les tarifs douaniers et le commerce

Le CAPC souligne que les entreprises africaines doivent s’acquitter de droits de douane plus élevés pour leurs exportations à l’intérieur du continent africain – 6 % actuellement – que pour leurs exportations en dehors de l’Afrique. En éliminant les droits de douane sur les échanges commerciaux à l’intérieur du continent, l’accord ZLEC devrait promouvoir le commerce intra-africain. Selon la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA), ces échanges pourraient augmenter de plus de 50 % si les droits à l’importation étaient supprimés, et même doubler, si les barrières non tarifaires étaient également réduites.

Les petites nations ne peuvent toutefois pas affronter la concurrence des économies plus grandes et plus développées. Dès lors, ainsi que le souligne le Centre international pour le commerce et le développement durable, il est essentiel que “l’accord apporte de réels avantages aux pays enregistrant différents niveaux de développement”. Le Plan d'action de l'UA pour le renforcement du commerce intra-africain (Boosting Intra-African Trade, BIAT) peut jouer un rôle dans ce sens. Ce plan a identifié sept domaines programmatiques, comme la facilitation des échanges, qui réduira les barrages routiers et simplifiera les procédures douanières et de transit aux frontières. Les membres de l'UA peuvent utiliser ce plan pour donner la priorité aux réformes politiques requises dans ces sept domaines et tirer ainsi pleinement profit de l’accord ZLEC. Comme le souligne la CEA, le plan d'action BIAT complète l’accord, le premier se concentrant sur les contraintes pesant sur l’offre au niveau du commerce intra-africain et le second sur l’accès au marché et les contraintes pesant sur la demande. Une évaluation réalisée par la CEA a toutefois montré que le plan d'action BIAT est actuellement confronté à trois grands obstacles : un manque de structure institutionnelle, l'absence de mécanismes de suivi et d'évaluation, ainsi que des ressources insuffisantes.

Un autre problème, ainsi que le souligne la CNUCED, est lié au fait qu’environ 80 % des échanges commerciaux intra-africains transitent déjà par au moins une des huit Communautés économiques régionales (CER) existantes. Que faut-il mettre en place pour que l’accord ZLEC remplace les approches fragmentaires de ces autres accords de libre-échange ? Pour Asmita Parshotam, experte du commerce international et du développement à l’Institut sud-africain des affaires internationale (SAIIA), “tout dépendra de la capacité du nouvel accord, qui vise à consolider les efforts régionaux et continentaux, à supplanter certaines CER, ou du moins à intéger, à terme, l’une ou l’autre d’entre elles”.

Accroître la productivité

L'une des pistes qui permettrait à certains pays de commencer à tirer profit de l’accord ZLEC serait d’intégrer dans un premier temps leurs produits dans les chaînes de valeur régionales, en particulier lorsqu'ils ne peuvent satisfaire aux normes leur permettant de participer aux chaînes de valeur mondiales. Le secteur agricole est concerné en premier lieu. Bien que l'agriculture fournisse jusqu'à 60 % de tous les emplois en Afrique et représente 25 % du PIB du continent, la part des produits agricoles dans le commerce intrarégional est assez faible – moins de 30 % selon la CNUCED. Richard Kamajugo, directeur principal de l'environnement commercial chez TradeMark East Africa, est de cet avis. “L'agriculture est un secteur dont la productivité pourrait être considérablement améliorée, en particulier grâce au renforcement de l’agroalimentaire et de l’agrotransformation”, affirme-t-il. “Depuis 2000, le marché africain (commerce intra-africain) a en effet contribué à concurrence de plus de 50 % à l’augmentation des exportaitons de produits alimentaires transformés des pays africains.”

En 2006, la Déclaration de l'UA du Sommet d'Abuja sur la sécurité alimentaire a appelé à promouvoir le commerce intra-africain du riz, du maïs, des légumineuses, du coton, du palmier à huile, du bœuf, des produits laitiers, de la volaille et des produits de la pêche au niveau continental. La CNUCED a identifié d'autres produits prometteurs, tels que la pomme de terre et le thé, qui se révèlent avoir un potentiel élevé en termes d’intégration dans les chaînes de valeur. Richard Kamajugo souligne qu’“en facilitant le commerce et en diminuant ainsi les coûts de transaction l'accord ZLEC renforcera les chaînes de valeur régionales. Les taux de croissance de plusieurs produits agricoles devraient également augmenter”.

Toutefois, l’adhésion à l’accord semble présenter moins d’avantages pour certains pays. Richard Kamajugo fait observer que “l’accord ZLEC devra absolument être complété par des mesures favorisant l'intégration des groupes vulnérables dont les capacités et les compétences sont trop limitées pour qu’ils puissent s’intégrer dans des chaînes de valeur à plus grande échelle. Ces mesures devraient notamment être axées sur la simplification des procédures commerciales, par exemple les exigences relatives aux règles d’origine, l’offre d’un soutien pour le respect des normes phytosanitaires et la reconversion des entreprises, afin qu’elles puissent se concentrer sur leur compétitivité à l’exportation”.

Face à ces nombreuses variables et compte tenu de la nécessité d’harmoniser les instruments sous-jacents de l’accord, bon nombre de pays adoptent une approche attentiste. Pour Asmita Parshotan, “en définitive, l’accord doit bénéficier d’un engagement politique car la mise en œuvre de l’accord ZLEC nécessitera une volonté politique, ainsi que des ressources techniques, financières et humaines. Les dirigeants seront ainsi amenés à devoir faire des concessions, d’autant que l’accord est déployé à l’échelon national et que c’est à ce niveau que sa mise en œuvre doit donc être encouragée”.

Yassir Islam

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