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le commerce agricole africain en progrès

Commerce et marketing

Analyse

Les exportations agricoles africaines ont augmenté d’un tiers entre 1998 et 2013, mais les obstacles aux échanges et l’accroissement des importations empêchent toujours le continent d’exploiter tout son potentiel.

Le nouveau rapport Africa Agriculture Trade Monitor 2018 décrit les éléments moteurs de l’évolution des échanges agricoles à l’échelle mondiale et régionale et leurs effets sur l’ensemble du continent africain. Les principales conclusions de ce rapport ont été présentées et analysées lors d’une réunion ministérielle organisée en marge de l’édition 2018 du Forum sur la révolution verte en Afrique qui a eu lieu à Kigali, au Rwanda. “L’Africa Agriculture Trade Monitor 2018 montre comment l’augmentation des échanges agricoles intra-africains peut vraiment doper l’industrialisation et améliorer la compétitivité”, a déclaré le directeur du CTA, Michael Hailu, présent à Kigali.

Au cours des vingt dernières années, les échanges agricoles ont augmenté tant à l’échelle internationale qu’intra-régionale en Afrique. Toutefois, la balance commerciale a sensiblement évolué en Afrique entre 1998 et 2013. Les exportations africaines vers le reste du monde ont augmenté et se sont diversifiées, tant en termes de produits que de partenaires, mais les importations ont progressé à un rythme plus soutenu.

Déséquilibre commercial

La valeur des importations africaines a quintuplé et le continent enregistre depuis le début des années 2000 un déficit commercial qui s’élevait à 34,1 milliards d’euros en 2011. L’évolution démographique a entraîné une augmentation rapide du pourcentage de jeunes et de personnes aisées en milieu urbain, avec pour corollaire une hausse de la demande de produits alimentaires transformés de qualité supérieure, lesquels sont pour la plupart importés. Parallèlement, les exportations de produits agricoles africains ont triplé dans le monde entre 1998 et 2013, mais la part des produits agricoles dans les exportations africaines totales a diminué de moitié. De plus, les exportations agricoles africaines sont longtemps restées confinées à une gamme limitée de produits, tels que le cacao, le café et le coton, ce qui a empêché le continent de suivre le rythme accru de la demande mondiale pour une gamme plus diversifiée de produits.

Différents obstacles, notamment la mauvaise qualité des infrastructures, l’inefficience des processus douaniers et l’incohérence des normes régionales, limitent les échanges régionaux et internationaux. De plus grands défis, dont les changements climatiques, influent aussi sur l’offre de produits agricoles à l’exportation, car des événements climatiques de plus en plus extrêmes et de plus en plus fréquents réduisent les rendements agricoles en Afrique.

Une réussite régionale

En dépit des difficultés, les échanges commerciaux ont récemment augmenté dans quatre espaces économiques, à savoir le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).

Les échanges intra-africains ont augmenté de 12 % par an en moyenne entre 1998 et 2013. Ce progrès reste inférieur à ce qui s’observe sur d’autres continents tels que l’Asie et l’Europe, mais montre que les exportateurs africains de produits agricoles ont davantage gagné en compétitivité sur les marchés intra-africains que sur les marchés mondiaux. Cela s’explique en partie par les efforts déployés dans le cadre de la Déclaration de Malabo (2014), dans laquelle les gouvernements africains se sont engagés à promouvoir la croissance inclusive et le développement durable. Cette déclaration prévoit aussi de tripler les échanges intra-africains d’ici 2025 (lire notre interview du Dr Godfrey Bahiigwa, de l’Union africaine).

Les États membres de la CEDEAO ont décidé de supprimer les droits de douane pour constituer une zone régionale de libre-échange et, ainsi, faciliter les échanges, tandis que les États membres de la SADC s’emploient à améliorer les installations portuaires et les réseaux de transport. Des politiques visant à promouvoir les échanges intra-africains, par exemple l’accord sur la Zone de libre-échange continentale (lire l’article de Spore), ouvriront le continent à de nouveaux investisseurs et offriront de nouveaux débouchés aux entrepreneurs.

“Améliorer la capacité des pays africains de participer aux échanges régionaux et mondiaux, c’est aussi contribuer à améliorer le bien-être des consommateurs, à accroître les revenus des agriculteurs, à renforcer la résilience des marchés alimentaires et, en fin de compte, à doper la croissance économique et à réduire la pauvreté”, souligne le directeur de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) pour l’Afrique et éditeur du rapport, Ousmane Badiane (que Spore a interviewé).

Implications politiques

Toutefois, deux tiers des pays africains ont vu leur compétitivité régresser sur les marchés agricoles mondiaux entre 1998 et 2013, malgré l’embellie récente sur les marchés intra-africains. Comme cette embellie semble se confirmer à long terme, les auteurs du rapport recommandent aux décideurs politiques de s’appuyer sur les acquis régionaux. Ils les engagent, entre autres, à s’employer ensemble à intégrer davantage les petits producteurs dans la chaîne de valeur, en les aidant à accéder aux intrants et à les mettre en relation avec les transformateurs et les acheteurs.

La poursuite de l’investissement dans la chaîne de valeur permettrait aussi de développer des produits à valeur ajoutée plus compétitifs sur les marchés internationaux et de mieux répondre à la demande des consommateurs. La création d’un environnement propice au développement de la chaîne de valeur passe aussi par un renforcement des institutions du marché et un investissement dans les infrastructures. Enfin, il faut accroître le budget public de l’agriculture et de la recherche agronomique pour améliorer la productivité et la résilience du secteur agricole et faire en sorte que les producteurs soient mieux préparés à répondre aux exigences du commerce international.

Les auteurs du rapport constatent que les pays africains n’ont guère de prise sur la politique commerciale d’autres pays, mais ils les engagent à continuer de participer aux efforts déployés pour réduire les droits de douane dans le monde et à prendre l’initiative de s’attaquer aux obstacles qui entravent les échanges domestiques.

Note : le rapport Africa Agriculture Trade Monitor 2018 est le fruit des efforts concertés de l’IFPRI et du CTA. Il repose sur les travaux du Système d’analyse de la stratégie régionale et d’appui à la connaissance (ReSAKSS) et de l’African Growth and Development Policy Modelling Consortium (AGRODEP) sur les échanges.

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