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L'apiculture africaine prend son envol

Commerce et marketing

Miel

Depuis peu, la filière s'organise et se modernise sur le continent, ce qui favorise l’exportation et surtout répond en partie à la demande intérieure.

En Afrique, la filière apicole connaît un coup d'accélérateur, tant en volumes de production et d'exportation qu'en techniques novatrices. Une bonne nouvelle pour l'agriculture africaine, mais aussi pour l'environnement, les abeilles étant la cheville ouvrière de la pollinisation. Ceci augure aussi une diversification des sources de revenus, due à la vente de miel, notamment pour les femmes. Par ailleurs, une production accrue a un impact positif sur les balances commerciales : le Nigeria, par exemple, ne répond qu’à 10 % de sa consommation nationale, qui s’élève à 380 000 tonnes, tandis que le pays importe du miel pour une valeur de 2 milliards de dollars par an, selon David Victor Musa, directeur général de Barg Natural Honey au Nigeria et consultant USAID.

Les exportations s'envolent

En 2013, l'Afrique comptait pour environ 9 % de la production mondiale, soit 155 789 tonnes, selon les données les plus récentes de la FAO, ce qui correspond à une progression de 10 % depuis 2000. Parmi les 20 premiers pays producteurs mondiaux figurent l'Éthiopie (45 000 tonnes, + 55 % entre 2000 et 2013), la Tanzanie (30 000 tonnes, + 15 %), l'Angola (23 300 tonnes, + 0,7 %), la République centrafricaine (16 200 tonnes, + 24 %) et le Kenya.

À l’échelle du continent, les exportations ont bondi de 613 % entre 2000 et 2013, à 3 195 tonnes, et de 997 % en valeur, à 9,7 millions de dollars. L'Égypte produit peu mais exporte la majorité de sa production avec 1 202 tonnes en 2013, devant l'Éthiopie avec 904 tonnes exportées en 2013 contre une seule tonne en 2000. La Zambie (388 tonnes) se démarque aussi, comme la Tanzanie (210 tonnes) et l'Afrique du Sud (290 tonnes).

Une volonté continentale récente

La production apicole en Afrique a toujours existé, mais l'attractivité de la filière pâtit de sa faible production, son prix élevé et son manque de compétitivité face au miel importé. Créée en 2014 avec le soutien de l’Union africaine, la Plateforme africaine d’apiculture (AAP) a appelé à créer, dans chaque pays producteur, des plateformes nationales multi-acteurs (MSP). Celles-ci se consacrent au développement de la filière, en particulier la production de miel, la santé des abeilles et les activités de pollinisation.

Sur le continent, les méthodes d'extraction traditionnelles sont peu productives et peuvent provoquer l'extermination de colonies d'abeilles, notamment le feu de paille et l'enfumage pour chasser les abeilles et récolter l'intégralité du miel. Selon Demisew Wakjira Akessa, du ministère éthiopien de l’Agriculture, les ruches traditionnelles en boue et en argile (90 % de la filière) obtiennent en moyenne 7 kg de miel par colonie et par an, les ruches transitoires (3 % de la filière), constituées de barres suspendues mais sans cadre, produisent 15 kg par colonie et par saison, et les ruches avec cadres (7 %) 33 kg, avec des records à 80 kg par an.

“En Afrique, traditionnellement, les gens trouvaient du miel dans les troncs d'arbres, par exemple, et le récoltaient”, explique Robert Grace Kisenyi de l’organisation à but non lucratif ApiTrade Africa. “Puis, la domestication des abeilles a gagné en popularité. Aujourd'hui, ce sont les ruches à barrettes supérieures, dites ‘Kenya top bar’, qui sont les plus populaires, avec une attraction croissante pour la ruche Langstoth, aux cadres amovibles à extraction verticale."

La récolte se modernise aussi. Ainsi, au Tchad, l'utilisation de projecteurs au lieu de l'enfumage traditionnel permet d'attirer les abeilles et de récolter le miel sans odeurs de fumée, sans stresser les abeilles, ni les tuer. La gestion “high-tech” des ruches gagne aussi en popularité. Au Kenya, l’application Swarm Database émet une alerte sur les smartphones, via des capteurs installés sur les ruches, lorsqu'il est temps de récolter le miel ou qu'une ruche a été renversée. Le producteur peut ainsi gérer à distance des ruches dispersées.

L'exigence des normes

Le recours à des techniques plus modernes permet souvent d'accéder à des marchés lucratifs, comme celui de l'Union européenne. L’UE impose en effet des normes de qualité rigoureuses qui nécessitent des plans nationaux de contrôle des résidus (antibiotiques, pesticides, métaux lourds comme le plomb, l'arsenic, etc.). Certains pays africains, tels la Zambie, la Tanzanie, l'Éthiopie, le Cameroun, l'Ouganda, Madagascar, le Ghana, le Rwanda, répondent à ces exigences.

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