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des défis et des opportunités

Commerce et marketing

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Sécurité sanitaire des aliments

Le commerce africain pâtit grandement d’un système déficient de garantie de la sécurité sanitaire des aliments. Pour y remédier, il faudrait des réglementations harmonisées, des infrastructures adaptées et davantage d’investissements des secteurs public et privé.

Malgré la prédominance de l’agriculture dans les économies des pays en développement, le secteur exporte peu. En Afrique, les exportations de produits alimentaires ne représentent que 4 % des exportations globales du continent. En cause, entre autres facteurs : le manque de sécurité sanitaire des aliments. Aligner les standards de qualité alimentaire sur le reste du monde tout en améliorant l’efficacité des chaînes de valeur est donc indispensable pour transformer l’agriculture des pays ACP en un secteur compétitif et promouvoir le commerce régional et international.

“Dans notre recherche d’une meilleure production alimentaire, plus durable et plus nutritive, en Afrique, nous ne devons pas perdre de vue l’importance de la sécurité des aliments et pas seulement pour des raisons sanitaires. Si les petits agriculteurs ne peuvent pas profiter des opportunités de marché croissantes, y compris des exportations, ils ne seront jamais capables d’échapper au cycle de la pauvreté”, a ainsi prévenu Michael Hailu, directeur du CTA, lors du lancement de l’Indice africain de sécurité sanitaire des aliments (AFSI, Africa Food Safety Index), au Sénégal, le 2 octobre 2018. Réalisé en partenariat avec l’Union africaine, le centre de recherche CGIAR, la FAO et l’OMS, cet indice vise à structurer et coordonner les actions en faveur de la sûreté alimentaire sur le continent. Cet indice sera intégré par les 55 pays de l’Union africaine au processus de la Déclaration de Malabo.

Le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, a indiqué l’an dernier qu’il est estimé que la valeur des importations alimentaires du continent – actuellement de 35 milliards d’euros – devrait passer à 110 milliards d’euros d’ici 2025. Le manque à gagner est considérable : les pertes dues aux seules contaminations à l’aflatoxine s’élèvent à plus de 750 millions d’euros chaque année, d’après le Partenariat pour la lutte contre l’aflatoxine en Afrique. Par ailleurs, selon le récent rapport Africa Agriculture Trade Monitor (lire notre interview d’Ousmane Badiane), la valeur des importations de l’Union européenne en provenance d’Afrique subsaharienne susceptibles d’être affectées par des standards de conformité s’élevait à 7,9 milliards d’euros en 2012.

Harmoniser et renforcer les réglementations

Dans ce contexte, la capacité à se conformer aux standards de sécurité sanitaire des aliments est nécessaire. Le Partenariat global pour la sûreté alimentaire (GFSP, Global Food Safety Partnership) doit publier en novembre un rapport intitulé Food Safety in Africa: Past Endeavors and Future Directions (Sûreté alimentaire en Afrique : expériences passées et futures directions). Présenté lors du dernier Briefing de Bruxelles organisé par le CTA, le 19 septembre dernier, le document cartographie et analyse de façon critique les institutions, les initiatives et les ressources consacrées au renforcement des capacités en matière de sûreté alimentaire en Afrique subsaharienne. Ces données devraient servir de base aux pays et organisations régionales afin d’harmoniser et renforcer leurs réglementations et actions afin de répondre à la demande croissante d’une alimentation sûre par les consommateurs.

D’après Isolina Boto, manager du Bureau bruxellois du CTA et coordinatrice des Briefings de Bruxelles, la rencontre a permis d’identifier des axes prioritaires pour une sécurité sanitaire des aliments tels qu’un “besoin accru de données de la recherche pour aider la prise de décision par les politiques, et des partenariats entre les donateurs et les parties prenantes pour une mise à l’échelle de bonnes pratiques”. Isolina Boto a aussi insisté sur le fait que “la distinction entre les marchés régionaux et internationaux n’est pas cruciale dans la mesure où beaucoup d’entreprises desservent les deux marchés et les consommateurs ont besoin d’acheter des aliments sains”.

Tous les acteurs concernés

La sûreté des aliments concerne tous les acteurs de la chaîne de valeur, à commencer par les petits agriculteurs qui, dans l’ensemble, évoluent sur des marchés informels dépourvus d’équipements d’inspection sanitaire et de moyens de sensibilisation aux bonnes pratiques. “Les petits agriculteurs ne sont organisés d’aucune façon, donc ce que nous faisons consiste à s’assurer que nous regroupons ces agriculteurs au sein d’unités de production et de commercialisation”, explique Elisabeth Nsimadala, présidente de la Fédération des agriculteurs d’Afrique de l’Est (EAFF, Eastern Africa Farmers' Federation). En particulier, l’EAFF utilise la plateforme e-Granary accessible sur smartphone pour fournir aux agriculteurs des informations actualisées sur les marchés ainsi que des conseils agricoles. e-Granary sert surtout à mieux organiser les 103 000 agriculteurs kényans dont le profil a été dressé. De cette façon, l’EAFF peut plus aisément chercher et diffuser les technologies et pratiques susceptibles d’aider ses membres à améliorer la sécurité sanitaire des aliments. Elisabeth Nsimadala évoque aussi la nécessité d’équiper les producteurs avec des outils adéquats, de mettre en place un cadre législatif approprié, d’améliorer les infrastructures comme les routes et les centres de stockage, ainsi que la promotion de technologies autochtones.

Ce genre de technologies joue un rôle important, mais les agriculteurs s’en détournent sans aide extérieure qui permette de s’assurer que des aliments sûrs se retrouvent sur le marché, a rappelé Kelley Cormier, cheffe de la Division du développement du marché inclusif à l’USAID. D’après elle, le système alimentaire en Afrique est caractérisé par “de bas niveaux d’investissements publics et privés”ainsi qu’un “système de sécurité des aliments confus et onéreux”. Pour y remédier, a-t-elle résumé, l’USAID agit selon quatre principes : aider la collaboration entre les différentes parties prenantes de la sécurité alimentaire, promouvoir l’expansion de marchés pour les produits sûrs, encourager le leadership du secteur formel et le renforcement des compétences, et enfin faciliter l’adoption des meilleures pratiques en matière de sécurité alimentaire dans le secteur informel.

D’après Cris Muyunda, président de la coalition des acteurs non étatiques du CAADP (CNC), les communautés économiques régionales d’Afrique pourraient servir de moteur dans la mise en place de standards de sécurité sanitaire des aliments. Ceci implique de “mettre en avant les producteurs qui se conforment aux normes (pour stimuler la prise de conscience en matière de bonnes pratiques), de conduire davantage de tests de qualité, d’encourager la certification locale ou régionale, de soutenir les acteurs de la chaîne de valeur qui ont les compétences pour comprendre les normes de qualité et de sûreté alimentaires”.

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