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Comment les femmes peuvent profiter du potentiel de la zone de libre-échange continentale africaine

Commerce et marketing

Nkatha, bénéficiaire de VALUE4HER, a été formée à la gestion d’entreprise pour développer sa boutique d’agrofournitures, dans laquelle elle stocke des pesticides.

© Beatrice Nkatha

Perspectives de marché

De nouvelles initiatives émergent pour permettre aux femmes, commerçantes et entrepreneuses, de profiter de la mise en œuvre de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), avec l’augmentation des flux entre États et la réduction des droits de douane.

Alors qu’elles représentent deux tiers de la main-d’œuvre agricole et qu’elles cultivent 70 % des denrées alimentaires produites sur le continent, la plupart des Africaines sont cantonnées aux étapes initiales de la production et impliquées dans seulement 10 % du processus de transformation de base des aliments. Elles ne peuvent dès lors pas tirer parti des avantages de la valeur ajoutée, ce qui permettrait notamment d’élargir leurs débouchés et d’augmenter leurs revenus.

Les femmes qui parviennent à se lancer dans le commerce le font dans le secteur informel, même au-delà des frontières de leur pays. Des études indiquent que les femmes représentent jusqu’à 70 % des commerçants informels en Afrique subsaharienne, et ce malgré les conditions difficiles liées à des procédures frontalières pesantes : droits de douane, temps d’attente des documents, corruption, harcèlement sexuel… Mais la ZLECA permet désormais aux femmes d’accéder aux marchés formels pour les cultures à haute valeur en leur ouvrant un large marché de consommateurs diversifiés comptant plus de 1,2 milliard de personnes.

Formations commerciales

Les pays signataires de l’accord commercial se sont engagés à réduire les droits de douane pour 90 % des biens échangés sur le continent, ce qui ouvre des perspectives plus prometteuses pour les commerçantes, puisque la demande de matières premières s’intensifie. Néanmoins, malgré les nombreux nouveaux débouchés offerts par la mise en œuvre du plus grand marché unique au monde, les entrepreneuses se heurtent toujours à des obstacles en termes de compétences et d’accès au marché. Elles manquent notamment de fonds pour développer leurs activités et de formation pour explorer ces nouveaux horizons. Ces lacunes empêchent les femmes de profiter pleinement de la ZLECA. Des initiatives sont toutefois déployées pour aider les entreprises dirigées par des femmes à bénéficier de ce nouveau régime commercial.

Lancée en juillet 2018, VALUE4HER est l’une de ces initiatives. Financée par le CTA et mise en œuvre par l’African Women Agribusiness Network Afrika (AWAN-Afrika) et l’Africa Women Entrepreneurship and Innovation Forum, elle aide les commerçantes à élargir leurs activités en les formant dans quatre domaines : l’inclusion financière, l’accès au marché, le contrôle de la qualité et les pratiques agricoles. Les formations prennent la forme de séminaires, de salons professionnels, d’ateliers et de séances de jumelage d’entreprises. Elles concernent plus particulièrement la stratégie de marque et le conditionnement de produits adaptés aux différents marchés, les méthodes pour aider la traçabilité à répondre aux exigences du marché à l’exportation, et les institutions à contacter pour avoir accès à des financements.

“Le nombre d’Africaines qui réussissent la transition de la production primaire vers la gestion d’entreprises agricoles de commercialisation demeure très faible. L’objectif du projet est donc de créer un réseau d’entrepreneuses africaines dans le secteur agricole qui soient capables de mobiliser leur chaîne d’approvisionnement et de mettre en commun leurs ressources, leur expérience agricole et leur expertise afin de donner davantage de valeur à leurs produits agricoles et d’atteindre efficacement des marchés à moindre coût”, explique Sabdiyo Dido, conseillère technique senior “chaînes de valeur et entreprises agricoles” au CTA.

Un coup de pouce pour les entreprises dirigées par des femmes

Amina Farah a fondé la Khayraad Development Association, au Somaliland, et a participé au projet VALUE4HER. À la tête d’une entreprise dans le secteur de la pêche depuis 2004, elle a suivi les formations d’AWAN-Afrika sur les avantages de la valorisation et de l’élargissement aux marchés voisins lorsqu’elle a rejoint l’organisation en 2008. Forte de cette expérience, elle s’est lancée dans le séchage des poissons en 2010 et exporte désormais des sardines et du thon jaune séchés, vers l’Éthiopie, le Rwanda, les Émirats arabes unis et le Yémen. Pour répondre à l’augmentation de la demande, elle a également commencé à construire ses propres bateaux de pêche, ce qui lui évite d’en louer et lui permet d’augmenter ses stocks.

Elle vend aujourd’hui cinq tonnes de poisson chaque semaine à 10 €/kg, alors qu’elle n’en vendait qu’une demi-tonne à 4 €/kg avant de participer au projet. “Je ne dois plus non plus me préoccuper de la durée de conservation, car le poisson [séché] se conserve pendant des mois sans perdre en qualité”, se réjouit-elle.

Beatrice Nkatha, une autre bénéficiaire de VALUE4HER, dirige depuis dix ans une ferme produisant du sorgho à l’est du Kenya. Elle a commencé avec 40 autres petits producteurs, qui gagnaient 0,15 €/kg. Depuis qu’elle a rejoint AWAN-Afrika et qu’elle a été formée à la gestion d’entreprise et à l’accès au marché, elle a élargi son réseau à 14 000 exploitants, qui gagnent désormais 0,30 €/kg. Grâce à cette expansion, Beatrice Nkatha contribue à réduire la pauvreté dans sa région et son entreprise est devenue l’un des principaux fournisseurs d’East African Breweries Limited, la plus grande entreprise brassicole du Kenya.

Numérisation du réseau

Pour tirer profit des impacts du projet et faciliter l’accès des entreprises dirigées par des femmes à des marchés plus nombreux, une plateforme numérique baptisée “Value4Her Connect” a été officiellement lancée par l’initiative en juin 2019. Cette place de marché en ligne permet aux commerçantes de créer un profil pour leur entreprise, de présenter ce qu’elles vendent et d’échanger leurs expériences avec leurs collègues. Plus de 400 femmes se sont déjà inscrites. La plateforme comprend notamment un forum Women2Women, qui permet aux femmes de nouer des contacts, de vendre leurs produits et d’échanger des informations, ainsi qu’une section d’informations qui présente les conditions d’accès au marché pour certains produits.

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