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La blockchain peut-elle combler le manque de financement de l’agriculture en Afrique ?

Smart-tech et innovation

Cryptodevise

Un groupe de partenaires réfléchit au développement d’un écosystème fondé sur la blockchain en Afrique. Ce nouveau système devrait favoriser les investissements dans les infrastructures agricoles et permettre aux petits exploitants d’emprunter à moindre coût, et ainsi stimuler l’activité des consommateurs dans les économies rurales.

Les défis complexes auxquels sont confrontés les agriculteurs pour accéder aux financements exigent une réponse panafricaine à plusieurs niveaux. Telle est la conclusion à laquelle est arrivé, il y a trois ans, Hirander Misra, CEO de l’entreprise technologique britannique GMEX Group, lorsque cette dernière a aidé la Bourse de matières premières agricoles pour l’Afrique (Agricultural Commodity Exchange for Africa) du Malawi à développer une plateforme commerciale intégrée. Cette expérience a donné naissance à FinComEco, une entreprise de technologie financière dont la mission est de développer ce que Hirander Misra décrit comme un écosystème centré sur les petits producteurs d’Afrique, en vue d’offrir de nouveaux canaux de financement aux communautés rurales.

À l’origine, FinComEco devait soutenir le développement de bourses de marchandises et du financement sur récépissés d’entrepôt dans plusieurs marchés africains, en profitant des fonds des institutions de financement du développement (IFD), comme la Banque africaine de développement et le Département britannique du développement international. Il s’est cependant avéré que répondre aux critères de financement des IFD prendrait trop de temps pour une initiative déjà impliquée dans plusieurs juridictions – FinComEco était déjà en train de nouer des liens avec plus de 20 pays – et projets en phase de démarrage.

À travers un partenariat formé fin 2017 avec Blockchain Commodities, un négociant en matières premières agricoles axé sur la blockchain, FinComEco a observé que la technologie blockchain, en plein essor, et les monnaies et jetons (ou tokens) développés par ce biais (voir encadré) pouvaient offrir une alternative rapide et à bas coût aux financements traditionnels. Avec d’autres partenaires, les deux entreprises cherchent désormais à déployer trois cryptodevises distinctes mais interchangeables qui stimuleront les économies rurales et les moyens de subsistance des agriculteurs, chacune à leur manière.

Dala, une cryptodevise utilisée en Afrique

En mars 2018, FinComEco et Blockchain Commodities se sont associés à Wala, une plateforme sud-africaine de services financiers fondée sur la blockchain. Ensemble, ils fourniront aux agriculteurs des prêts libellés en Dala – une cryptodevise déjà utilisée en Afrique –, leur permettant ainsi d’acheter des engrais à des taux d’intérêt bien plus bas que ceux proposés par les institutions financières traditionnelles. Le Dala peut actuellement être utilisé pour régler des transactions avec plus de 100 000 commerçants à travers l’Afrique, via Mvendr, un point de vente mobile pour les petits commerçants, et Spazapp, une plateforme de gestion de l’e-commerce.

Au début de l’automne 2018, les entreprises expérimenteront le système en Ouganda, en prêtant 100 millions de jetons Dala – soit 8,56 millions d’euros – à 50 000 petits exploitants que le gouvernement ougandais les aide actuellement à sélectionner. Les prêts, qui seront remboursés après la récolte, auront un taux d’intérêt d’environ 14 %, alors que les banques commerciales appliquent généralement un taux de 45 % aux prêts octroyés aux petits producteurs pour l’achat d’intrants. Si l’expérience est fructueuse, les partenaires veulent élargir l’initiative et déployer des projets pilotes similaires en Afrique du Sud, au Malawi, en République du Congo, en Zambie et au Zimbabwe.

Un prêt en FarmCoins

En mai 2018, la plateforme de marchés financiers basée sur la blockchain Swarm Fund a annoncé qu’elle allait s’associer à FinComEco et Block Commodities pour lancer une vente de jetons qui servira en premier lieu à faciliter le financement sur récépissés d’entrepôt pour les agriculteurs en Afrique. Via ce modèle, un prêt en FarmCoins sera offert aux agriculteurs qui déposent des produits dans un entrepôt approuvé, afin de leur permettre d’acheter des semences, des engrais ou même des services éducatifs à prix réduits. Les récoltes déposées seront regroupées et vendues via une bourse de marchandises facilitée par FinComEco. Une fois les produits agricoles vendus, le prêt initial, plus les frais d’entreposage et les intérêts – qui devraient être au moins deux fois moins cher que les taux actuellement proposés par les banques – seront déduits du prix de vente total. Tout surplus éventuel sera ensuite remboursé aux agriculteurs avec des FarmCoins ou l’une des autres cryptodevises utilisées par FinComEco. Même si les agriculteurs pourront convertir leurs jetons en monnaie fiduciaire (voir encadré), l’objectif est de contourner les monnaies et institutions financières traditionnelles, pour permettre aux agriculteurs de financer des infrastructures et d’acheter des biens et des services à une vaste série de commerçants.

La vente de FarmCoins sera lancée à la mi-2018, avec pour objectif initial d’attirer 38,5 millions d’euros d’investissements de la part d’investisseurs privés du monde entier. Hirander Misra s’attend à ce que l’initiative octroie ses premiers prêts d’ici la fin 2018. À terme, les fonds récoltés via le FarmCoin pourront être investis dans des technologies qui stimulent l’efficacité de l’infrastructure agricole, par exemple l’utilisation de palettes intelligentes dans les entrepôts ou de drones pour la pulvérisation des cultures, explique Chris Cleverly, directeur exécutif de Block Commodities.

Philipp Pieper, PDG et cofondateur de Swarm, souligne que le modèle permet un transfert plus direct des capitaux des investisseurs vers le projet et les personnes financés, éliminant ainsi les frais généralement facturés par les banques et autres intermédiaires. Cela permettra à FinComEco et à ses partenaires de profiter d’une communauté croissante de petits investisseurs qui ont accumulé du capital – souvent grâce à des investissements dans les cryptodevises – et ont très envie de générer un impact social. Pour certains investisseurs, le FarmCoin représente aussi une opportunité de diminuer les risques en investissant dans des jetons associés à des actifs réels – comme les produits agricoles stockés dans les entrepôts, ajoute Philipp Pieper. La création d’un canal qui entre en concurrence avec les financements bancaires encouragera aussi les banques à améliorer leurs conditions lorsqu’elles travaillent avec des initiatives telles que FinComEco, estime-t-il.

Des jetons FACES

Une autre initiative, annoncée en mai 2018, envisage le lancement par Block Commodities, FinComEco et OST – le nouveau partenaire stratégique de logiciels basé à Berlin – d’un troisième jeton que les agriculteurs pourraient utiliser pour acheter toutes sortes de biens et de services, des biscuits aux soins médicaux, à des fournisseurs de services et vendeurs en ligne locaux. Les entreprises développent actuellement un réseau de partenaires d’e-commerce qui accepteront les jetons FACES (Feed Africa Commodities Eco-system, Nourrir l’écosystème des matières premières d’Afrique) et proposeront des réductions et des offres spéciales aux agriculteurs qui payeront avec ces jetons, les encourageant ainsi à dépenser plus et à stimuler l’économie locale.

À l’instar des Dala et FarmCoins, les FACES ont été créés sur la blockchain Ethereum (voir encadré) et répondent au standard ERC20. Cela signifie que, même si la valeur relative de ces trois devises change, elles peuvent être échangées l’une contre l’autre ou même vendues contre des espèces.

Les jetons, comment ça marche ?

La blockchain est une technologie décentralisée qui permet aux informations numériques d’être stockées dans un registre public qui enregistre et valide toutes les transactions et tous les accords et contrats. Bien qu’elle ait de nombreuses applications (voir l’article de Spore Innovation numérique : la révolution annoncée des technologies blockchain), notamment dans les secteurs du commerce et de la logistique, la blockchain est surtout connue comme la base sur laquelle les cryptodevises ont été développées.

Un jeton ou token est un type particulier de cryptodevise qui représente un actif réel – comme un produit agricole ou même un point de fidélité – et peut être utilisé librement et échangé contre d’autres actifs du même type. Un jeton peut être créé en utilisant un modèle standard sur une plateforme blockchain comme Ethereum et est vendu au public à travers une Initial Coin Offering, une méthode de levée de fonds similaire au crowdfunding.

De même que pour les monnaies fiduciaires – qui ont été déclarées comme ayant cours légal par un gouvernement – la valeur des jetons peut fluctuer. En raison de l’actif réel qu’ils représentent, l’on considère cependant que les jetons exposent à un moindre risque que les cryptodevises pures, comme le Bitcoin, dont la valeur est très instable. Les jetons peuvent être vendus contre des espèces ou échangés contre d’autres jetons créés sur la même plateforme.

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