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Connaître les agriculteurs pour mieux répondre à la demande des marchés

Smart-tech et innovation

Reportage à Samoa

Une ONG samoane a cartographié les petites exploitations de noix de coco pour mieux connaître la capacité de production des agriculteurs. Elle a aussi développé des applications pour leur offrir des débouchés commerciaux locaux.

Comment répondre à la demande du marché sans connaître précisément la capacité de production des exploitations agricoles ? Telle était la question à laquelle l’ONG Women in Business Development Inc (Femmes pour le développement intégré des entreprises, WIBDI), au Samoa, tentait de répondre. La solution pour la collecte et le partage de données est venue en partie d’une collaboration avec l’entreprise samoane de services techniques Skyeye : en 2016, à l’aide de drones, les fermes certifiées biologiques de l’ONG ont été cartographiées, leur surface démarquée, leurs cocotiers dénombrés. Soit 37 933 hectares survolés et 428 188 cocotiers comptés. Sur les 796 fermes certifiées biologiques du réseau WIBDI, les 420 plus grandes ont été prises en compte par Skyeye.

Désormais, l’ONG, qui est l’un des principaux exportateurs d’huile de noix de coco du Samoa, dispose d’une base de données précise sur ses membres, leurs fermes et leurs capacités de production. “La base de données de WIBDI est au cœur des opérations de l’organisation, dans la mesure où elle contient des informations détaillées sur les agriculteurs et leur emplacement, de même que des informations sur les cultures, la surface de terres cultivées et d’autres détails importants pour le contrôle de la qualité et la certification biologique”, explique Alberta Vitale, directrice adjointe de WIBDI. “L’enregistrement des terres cultivées ainsi que des plants cultivés sur les fermes est essentiel pour le marketing, puisque WIBDI dispose ainsi d’un décompte à jour des produits permettant de répondre à la demande du marché. Par exemple, les marchés peuvent demander des tonnes d’huile de noix de coco à WIBDI et, pour pouvoir répondre positivement à cette demande, l’organisation aura besoin de tous les décomptes détaillés sur la quantité de produits disponibles dans les fermes et la quantité qui peut être fournie, tout en prenant en compte les facteurs liés au changement climatique qui peuvent potentiellement affecter l’approvisionnement en matières premières.”

Un décompte visuel des cocotiers

Pour établir une telle base de données, Skyeye a pu s’appuyer sur le fait que les fermes étaient équipées de GPS permettant de les localiser. Les drones ont ensuite permis d’établir des cartes basées sur un système d’information géographique (Geographic Information System, GIS) des exploitations, d’en définir les limites avec les agriculteurs et de compter les cocotiers. “Avec l’imagerie en haute résolution fournie par les drones, nous avons été capables de distinguer chaque arbre individuellement, ce qui nous a permis d’établir visuellement un décompte du nombre total d’arbres”, explique Ephraim Reynolds, technicien GIS de Skyeye.

Pour cela, l’entreprise a utilisé un outil GIS connu sous le nom de Service caractéristiques Web (Web Feature Service, WFS), qui permet aux utilisateurs d’avoir accès aux informations et de les actualiser. Ainsi, la carte numérique des cocotiers peut être mise à jour en fonction de la maturité des arbres, ce qui permet entre autres de mieux organiser le travail aux champs.

“Les données disponibles m’ont permis de savoir comment situer les différentes cultures des terres de ma famille par rapport aux immenses surfaces non cultivées qu’il reste à développer et à la demande du marché local pour des produits frais et la valeur ajoutée”, fait valoir Oneone Suaesi, une agricultrice de 21 ans, diplômée de l’Organic Warriors Academy (Académie des guerriers du biologique, OWA) de WIBDI, un programme de formation aux pratiques d’agriculture biologique lancé en 2016 avec l’objectif d’apprendre aux jeunes à transformer leur ferme en entreprise.

Intégrer les TIC dans ses opérations

WIBDI, qui œuvre actuellement dans 201 villages samoans, contribuant à la promotion d’entreprises d’agriculture biologique au revenu annuel supérieur à 193 000 euros (600 000 WST), a aussi reçu le soutien du CTA pour intégrer les TIC à la gestion quotidienne de ses opérations. Grâce à un outil en ligne développé avec le CTA, l’ONG a ainsi pu mieux suivre le parcours des jeunes impliqués dans le programme de WIBDI intitulé Engaging Youth in Samoa in Organic Farming and Menus: a Farm-to-Table Value Chain Approach (Impliquer les jeunes au Samoa dans l’agriculture biologique et les menus : une approche de la table à la ferme), qui forme les jeunes, entre autres, à l’usage des TIC dans le secteur agroalimentaire. Par ailleurs, le CTA a aussi soutenu WIBDI pour développer un système de données permettant de gérer son système de certification en agriculture biologique pour 796 exploitations du Samoa.

L’ONG a par ailleurs pu soutenir, avec l’utilisation de smartphones et de tablettes, la mise en place d’un système permettant aux agriculteurs de trouver des débouchés commerciaux auprès d’hôtels et de restaurants. En particulier, l’application “De la ferme bio à la table”permet aux utilisateurs de trouver les restaurants ravitaillés en produits biologiques et de connaître le profil des producteurs. “L’application offre un formidable moyen de marketing vers les lieux d’agrotourisme, les restaurants et les fermes du Samoa, et connecte les populations locales et les touristes à WIBDI”, s’enthousiasme Alberta Vitale. De son côté, Solomona Afualo, un agriculteur de 26 ans, lui aussi diplômé de l’OWA, confirme : “L’appli ‘De la ferme bio à la table’m’a permis d’être en contact avec WIBDI et de rendre plus efficace la vente de mes produits sur les marchés locaux.”

Sur le terrain, les représentants de WIBDI sont équipés de tablettes sur lesquelles sont installées les applis, ce qui rend leur travail de collecte et de mise à jour d’informations plus efficace et fait gagner du temps. Ainsi, en connaissant précisément la situation des agriculteurs, WIBDI est mieux à même de les soutenir. Si d’aventure un partenaire tiers souhaiterait collaborer avec une agricultrice, l’ONG peut le renseigner sur le parcours de celle-ci.

Quelques défis

Malgré des progrès considérables et des impacts indéniables sur l’agriculture samoane, il demeure un certain nombre de défis. Au premier desquels figure l’accès des petits agriculteurs aux smartphones, indispensables à l’utilisation des applications développées par WIBDI, et la formation à leur usage. “Les agriculteurs seront encouragés, au moyen d’économies et d’un apprentissage à la finance, à mettre de l’argent de côté afin d’actualiser leurs smartphones, ce qui leur permettra d’avoir accès aux données et de les utiliser”, se projette Alberta Vitale.

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