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Rendre l'assurance indicielle rentable

finance

OKO insurance distribue des polices d’assurance indicielle directement aux producteurs via leurs téléphones portables.

© OKO insurance

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Réduction des coûts et mise à l’échelle

Les sociétés de technologie, les courtiers et les assureurs s'emploient à faire de l’assurance indicielle un produit rentable et durable, sans subvention mais avec des coûts réduits, en partageant les données et en améliorant l’efficacité.

L'assurance fondée sur un indice climatique, également appelée assurance indicielle ou assurance “paramétrique”, apparaît de plus en plus comme la solution la moins onéreuse pour protéger les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles contre les risques météorologiques et climatiques. Les données météorologiques sont aujourd’hui plus précises et plus fiables et, comme le versement d’indemnités est déclenché par des événements facilement mesurables – par exemple, des niveaux de précipitations supérieurs ou inférieurs aux niveaux stipulés dans le contrat –, ce type d’assurance permet de supprimer les coûts de l’envoi d’agents de terrain chargés d’évaluer et de vérifier les pertes de récolte.

Des initiatives telles que le Mécanisme mondial pour l’assurance indicielle (Global Index Insurance Facility, GIIF) de la Banque mondiale, qui facilite l'accès des petits exploitants et des micro-entrepreneurs au financement, ont le vent en poupe. Mais garantir la rentabilité de ce produit sans avoir recours à des subventions reste problématique.

OKO insurance distribue des polices d’assurance indicielle directement aux producteurs via leurs téléphones portables.

OKO insurance distribue des polices d’assurance indicielle directement aux producteurs via leurs téléphones portables.

© OKO insurance

Diffuser l’assurance indicielle à plus grande échelle sans en augmenter les coûts

Si une mise à l’échelle s’impose afin de réduire les coûts par client, les avantages de sa diffusion dans de nouvelles régions ou sur de nouveaux marchés s’en trouvent souvent annulés du fait même des coûts de cette mise à l’échelle, indique Rahab Kariuki, directrice de l'innovation chez ACRE Africa.

Les sociétés de technologie, les courtiers et les assureurs tentent de résoudre cette équation en améliorant l'efficacité, en supprimant divers coûts, tels que les coûts de distribution, et en partageant les données et l'expertise. Au Mali, la start-up OKO, basée à Tel-Aviv, s'efforce de réduire les coûts en commercialisant son assurance récolte directement auprès des agriculteurs, via la téléphonie mobile. Elle a donc conclu un partenariat avec Orange, le géant français des télécommunications, et avec l’assureur Allianz/Sunu. Selon Simon Schwall, fondateur d'OKO, l'envoi d'agents sur le terrain pour expliquer le produit et le commercialiser reste une dépense incontournable. En revanche, le reste du processus peut se faire à distance et pourrait être davantage automatisé.

La version bêta d'OKO est en cours de lancement. Elle utilise des données météorologiques satellitaires pour protéger les producteurs de maïs contre le manque de précipitations. Les agriculteurs qui ont une carte SIM Orange composent un code avec leur téléphone mobile basique. Ils sont ensuite rappelés gratuitement par OKO qui leur fait une offre en fonction du type de culture, de la superficie de leur champ et de son emplacement. Ils peuvent finaliser leur souscription. Les agriculteurs sont couverts dès l’instant où ils paient la prime – 3 à 6 % de la valeur assurée des terres d’une superficie de 0,5 à 2 hectares –, ce qu’ils peuvent faire par argent mobile.

Pour Simon Schwall, le produit d'assurance récolte – non subventionné – pourrait réduire considérablement les coûts de prospection. Le seuil de rentabilité devrait être atteint lorsque 30 000 à 50 000 agriculteurs y auront souscrit. Dans ce cas, les frais de reconduction de l’assurance pourraient être très faibles, de l’ordre de 1 à 1,50 € par exploitant.

L'automatisation pour réduire les coûts

Basée à Londres, Skyline Partners a choisi de travailler en partenariat avec des fournisseurs de services agricoles, tels que des fournisseurs de matériels, de technologies ou de données agricoles, afin de développer des produits d'assurance qui seront commercialisés par le biais de leurs réseaux de distribution existants de petits et moyens agriculteurs, explique Gethin Jones, cofondateur de Skyline.

Skyline assure l’ensemble de la modélisation des risques pour le compte des assureurs, en veillant à ce que les produits respectent bien la réglementation, que leur coût soit abordable pour les agriculteurs et qu’une filière de distribution soit disponible, indique Laurent Sabatié, cofondateur de Skyline. Cette approche permet de réduire les coûts d'exploitation et de prospection tout en offrant aux partenaires du secteur de l’agritech la possibilité d’élargir leur offre de services, à un prix compétitif pour les agriculteurs, poursuit-il.

La mise à l’échelle : la voie de la rentabilité

Carlos Boelsterli, PDG de Microinsurance Catastrophic Risk Organisation (MICRO), est un concepteur et producteur reconnu de solutions d'assurance contre les risques climatiques. Selon lui, la meilleure façon d’assurer la viabilité commerciale de l’assurance indicielle pour les fournisseurs privés d’assurance est de parvenir à l’échelle requise. “Pour MICRO, le chiffre magique est juste au-dessus de 300 000 clients”, affirme-t-il.

La collaboration est primordiale

Le partage des données et la collaboration pourraient être un moyen d’assurer la mise à l’échelle, de réduire les coûts et de réaliser ainsi plus rapidement des bénéfices, sans recourir à des subventions ou alors à des subventions d’un faible montant, explique Rahab Kariuki, d’ACRE Africa. ACRE a investi dans l’acquisition de stations météorologiques et d’une station terrestre, mais cette approche n’est pas abordable pour la plupart des start-up, affirme-t-elle.

ACRE aimerait partager ses compétences techniques, en particulier en matière de tarification, avec davantage de start-up, voire avec des agrégateurs agricoles, poursuit Rahab Kariuki. Une piste serait de développer une plateforme informatique ou un progiciel de gestion intégrée que des spécialistes de la distribution d'assurance comme OKO – déjà en pourparlers avec ACRE – pourraient utiliser pour générer des devis en temps réel et proposer des solutions d’assurance sur des sites précis. Cette approche aiderait ACRE à se développer au-delà de l’Afrique de l’Est, tout en favorisant la mise à l’échelle de l’ensemble du secteur. Rahab Kariuki prévient : “Si nous sommes les seuls à être en mesure d’étendre nos activités, le marché ne pourra pas se développer.”

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Cibler les femmes pour accélérer la mise à l’échelle

L'abandon des subventions reste un objectif à long terme pour le marché de l’assurance agricole, mais des investissements publics demeurent nécessaires pour faire connaître le produit. L’identification des groupes de femmes – plus de 60 % des clients d'ACRE Africa – à sensibiliser et à éduquer pourrait ainsi donner les meilleurs résultats en termes de souscription au produit, assure Rahab Kariuki d'ACRE. À petite échelle, l'expérience d'ACRE indique que les femmes se montrent plus ouvertes à l'expérimentation de nouveaux produits. En raison de leur participation plus élevée aux groupes d’épargne, elles sont aussi davantage susceptibles d’avoir de l’argent à consacrer au paiement des primes d’assurance.

ACRE n’exclut cependant pas que l’assurance agricole puisse avoir un impact négatif sur la nutrition des ménages. En effet, lorsque l'assurance aide une exploitation agricole à prospérer, certains petits producteurs sont tentés de développer leur activité en reprenant les petits potagers cultivés par les femmes, pour les affecter à l’agriculture commerciale.         

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