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Des solutions de crédit et de financement tournées vers l’avenir

finance

Pour Michael Spencer, PDG de SmartMoney International, les institutions financières doivent nouer des relations de travail plus étroites avec les communautés rurales qu’elles cherchent à servir.

© SmartMoney International

Financement agricole

En Afrique, les petits exploitants agricoles peinent à obtenir des crédits ou des prêts qui leur permettraient d’accroître leur production. Les partenariats constituent l’une des principales solutions à ce problème, mais des experts du secteur estiment que l’initiative doit venir des gouvernements.

C’est aux gouvernements que revient la plus grande part de pouvoir et de responsabilité pour améliorer l’accès des petits exploitants au financement agricole (que ce soit unilatéralement ou en partenariat avec d’autres acteurs), souligne Jerry Parkes, responsable général d’Injaro Investments, gestionnaire d’un fonds d’impact axé sur l’agriculture. Il estime également que les pouvoirs publics doivent investir dans le développement des chaînes de valeur agricoles et mobiliser les ressources du secteur privé, des institutions financières, des donateurs et des ONG. Buddy Buruku, consultant en services financiers numériques auprès du groupe de réflexion de la Banque mondiale – Consultative Group to Assist the Poor –, explique que les gouvernements devraient également se faire les champions de la numérisation afin de s’associer, le cas échéant, à des entreprises agroalimentaires du secteur privé.

Le gouvernement du Ghana fait partie de ceux qui sont sur la bonne voie. Il a mis en place un système d’identification nationale et d’adresse numérique, qui attribue à chaque lieu et propriété un code d’adresse unique pour aider les agriculteurs (et d’autres acteurs) à accéder aux services financiers officiels, précise Buddy Buruku. Désormais, les grandes entreprises agroalimentaires doivent accélérer le passage des paiements en espèces vers les paiements numériques, non seulement pour faciliter les paiements aux agriculteurs, mais aussi pour permettre aux petits exploitants d’établir leur profil numérique afin de faciliter et d’accélérer la cotation des risques par les prêteurs potentiels. Selon Buddy Buruku, ces efforts de numérisation devraient être entrepris en premier lieu par les grandes agences gouvernementales, telles que le Conseil du cacao du Ghana, qui est habilité à appliquer des directives politiques sur la numérisation des paiements.

En Ouganda, l’établissement de profils numériques d’agriculteurs a permis la création de la coopérative d’épargne et de crédit des producteurs de thé d’Igara-Buhweju (voir l’article de Spore intitulé Cartographier les plantations de thé pour augmenter les revenus des planteurs), qui se sert de ces profils pour octroyer des prêts en intrants aux agriculteurs, explique Chris Addison, coordinateur senior du programme de gestion des connaissances du CTA. Selon lui, la technologie de la blockchain est également très prometteuse en matière de numérisation du financement agricole et de l’agriculture en général, et devrait donc bénéficier d’un soutien accru des gouvernements.

Tirer parti des taux préférentiels

Avant d’accorder des prêts aux petits exploitants agricoles, les banques commerciales doivent emprunter à des taux qui sont très élevés dans certains pays. Cependant, si les gouvernements accordaient aux banques des prêts subventionnés à des taux dits “préférentiels”, en particulier pour le secteur, les banques seraient en mesure de prêter davantage aux petits exploitants tout en réalisant des bénéfices, explique Andrew Ahiaku, responsable de l’agribusiness à la Fidelity Bank Ghana. Cette approche porte ses fruits au Ghana, où le Fonds pour le développement des exportations, du commerce, de l’agriculture et de l’industrie, financé par le gouvernement, a imposé un taux de 2,5 % sur les prêts octroyés par les banques commerciales, qui ont à leur tour été autorisées à imposer un taux pouvant atteindre 12 %, garantissant ainsi une marge de 9,5 % pour couvrir les risques de crédit.

Jerry Parkes estime que les banques de développement, les fondations et les autres bailleurs de fonds devraient également investir davantage d’argent à des taux préférentiels dans des fonds de financement mixte axés sur l’agriculture, en particulier ceux dont la durée de vie est plus longue, tout en subventionnant des outils d’atténuation des risques comme les assurances et en finançant l’assistance technique en faveur des agriculteurs. Simon Schwall, PDG de la société d’assurance agricole OKO, aimerait également que les bailleurs de fonds s’associent davantage à des start-up prometteuses, en leur accordant une aide financière au démarrage ou un financement leur permettant de se développer dans des domaines qui ne sont pas encore commercialement viables.

Matthew Olaide Adetunji, consultant en financement agricole, estime toutefois que le capital subventionné (tel qu’il est utilisé par le “Fonds d’intervention” du Nigeria) devrait être abandonné en cas d’exclusion des investissements privés. À titre d’exemple, le gouvernement nigérian a récemment privatisé la Bank of Agriculture et accordé une licence à la NIRSAL National Microfinance Bank dans le but d’améliorer l’accès à des financements agricoles abordables, tout en attirant des capitaux privés. Il précise que ces initiatives “très prometteuses” sont conçues pour fonctionner comme des banques privées, tout en disposant de réseaux sur le terrain leur permettant d’atteindre les agriculteurs et d’autres entreprises agroalimentaires.

Accroître les retombées en matière d’innovation

Les régulateurs financiers devraient également adopter une approche plus souple et plus réactive en matière d’innovation dans le domaine du financement agricole, telle que celle mise en en œuvre par le prestataire de services d’assurance ACRE Africa au Kenya, au Rwanda et en Tanzanie – c’est ce que recommande Stella Ndirangu, spécialiste en inclusion financière chez ACRE Africa. Par exemple, lorsque l’ACRE (initialement Kilimo Salama) a commencé à regrouper les assurances et les semences et à les vendre par l’intermédiaire de négociants agricoles kényans, sa méthode de distribution n’a pas été approuvée par l’autorité de réglementation des assurances du Kenya. Le régulateur a toutefois autorisé le déploiement du projet pilote à plus grande échelle et a ensuite entrepris de modifier la politique (voir l’article de Spore intitulé Rendre l’assurance indicielle rentable). Les régulateurs tanzanien et rwandais ont également répondu au travail de lobbying de l’ACRE visant à supprimer les taxes sur l’assurance récolte afin de la rendre plus abordable.

La mise en place de “bacs à sable” réglementaires permettant aux entreprises privées de tester leurs innovations à petite échelle dans un environnement contrôlé encouragerait également l’innovation, au même titre que le lancement de concours pour les innovateurs, estime Simon Schwall. L’adoption de solutions agrotechniques pour desservir les zones les plus difficiles d’accès permettrait aux banques commerciales de réduire le coût des crédits octroyés aux petits exploitants, ce qui les encouragerait à en accorder davantage, ajoute Andrew Ahiaku.

Le potentiel des partenariats

Le développement de solutions de financement de la chaîne de valeur est également favorisé par des partenariats multi-acteurs impliquant des intervenants tels que des banques, des institutions financières multilatérales, des sociétés coopératives d’épargne et de crédit, des fournisseurs de services d’assurance, des fournisseurs d’intrants, des acheteurs de produits et des organisations paysannes travaillant en “circuit fermé”, estime Stella Ndirangu. Selon elle, de tels partenariats permettraient aux agriculteurs de bénéficier de solutions financières pour obtenir les meilleurs intrants et de solutions de gestion des risques pour améliorer leur production.

Les banques commerciales et les fournisseurs de microfinancement pourraient atteindre les petits exploitants des zones rurales à un coût plus abordable en créant conjointement un réseau de points de vente qui leur permettrait de se procurer tous les produits, selon Simon Schwall. Il explique qu’une collaboration avec des entreprises du secteur privé pour créer des offres spéciales groupées pourrait également favoriser l’adoption de produits financiers.

Michael Spencer, PDG de SmartMoney International, considère pour sa part que nouer des relations de travail plus étroites avec les communautés rurales que ces institutions cherchent à servir serait profitable pour toutes les organisations impliquées dans le financement agricole. Selon lui, la seule façon de créer des produits financiers tenant compte des besoins et contraintes uniques des marchés ruraux est de détacher du personnel dans les communautés rurales pendant une longue période, de recruter et former les membres de ces communautés et d’établir des partenariats avec eux.

Selon Andrew Ahiaku, les organisations paysannes devraient également être plus proactives dans leur travail avec les agrégateurs, ce qui permettrait de réduire les coûts pour les institutions financières qui fournissent des services aux agriculteurs. À titre d’exemple, la Fidelity Bank Ghana est actuellement en pourparlers en vue de soutenir 40 000 petits exploitants en mettant en relation un distributeur d’intrants avec des organisations paysannes par l’intermédiaire d’agrégateurs et en les accompagnant jusqu’à la dernière étape du processus. “Grâce à ce partenariat, le distributeur d’intrants a réduit ses prix, la banque a baissé ses taux et les risques ont été largement atténués. Ces partenariats sont indispensables”, affirme Andrew Ahiaku.

Aider les petits exploitants agricoles à tirer parti des solutions de crédit et de financement dont ils ont besoin pour se développer constitue un défi à multiples facettes pour lequel il n’existe pas de solution facile. Toutefois, avec plus de coopération et d’innovation et sous l'impulsion d'un leadership et d'un soutien accrus des gouvernements, de formidables perspectives se profileront à l’horizon.       

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