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La start-up Sooretul met les produits locaux à portée de clics

Entrepreneuriat

Au Sénégal

La plateforme d’e-commerce permet à des PME et des petits producteurs d’avoir accès à une clientèle urbaine, désireuse de produits locaux de qualité.

Rapprocher la production rurale des consommateurs urbains : telle est l’ambition de la start-up sénégalaise Sooretul – “ce n’est plus loin”, en wolof. Sa plateforme de vente d’aliments locaux et bio, lancée en 2014, vise à rendre les produits du terroir accessibles aux habitants de Dakar.

Avec l’émergence des classes moyennes au Sénégal, les habitudes alimentaires évoluent sans que l’offre suive. Demandeurs de produits transformés, prêts à l’emploi, normés et bien présentés, les consommateurs urbains se montrent également plus exigeants sur la traçabilité et l’éthique des produits. “Il y a eu une prise de conscience comme quoi le local était un levier pour l’économie sénégalaise”, explique Awa Caba, tout juste trente ans et cofondatrice de Sooretul. “Dans les supermarchés de Dakar, on trouve davantage de produits importés que de produits locaux transformés.”

Valoriser les produits locaux

Avant de lancer Sooretul, les quatre fondateurs de la plateforme Sooretul, encore élèves ingénieurs en informatique à l’École supérieure polytechnique de Dakar, ont créé en 2011 une plateforme de promotion et d’information sur les produits de la pêche, de l’élevage et de l’agriculture à l’attention des producteurs, à l’occasion du concours mondial Imagine Cup, lancé par Microsoft. Cette plateforme est finalement consacrée au e-commerce en septembre 2014, afin de répondre au manque d’offre en produits locaux et faciliter l’acte d’achat. La PME Sooretul est lancée grâce aux fonds propres de ses fondateurs et à une bourse du Fonds de développement du service universel des télécoms.

À l’époque, il a fallu identifier les unités de transformation existantes, des PME essentiellement composées de femmes, comme il en existe des milliers au Sénégal. Pour les transformatrices, la collaboration avec Sooretul est synonyme d’accompagnement matériel, de plus de visibilité et d’accès à une nouvelle clientèle urbaine. Avec plus de 7 millions de personnes connectées à Internet au Sénégal, les femmes rurales vivant à plusieurs centaines de kilomètres de Dakar ont accès à un nombre considérable de clients via la plateforme numérique de Sooretul. En fait, les PME dirigées par des femmes ont ainsi plus que doublé leur chiffre d’affaires mensuel.

“Beaucoup de ces femmes travaillent depuis leur unité de transformation et n’ont pas accès aux technologies nécessaires, notamment pour faire la promotion de leurs produits”, souligne Awa Caba. “En zone rurale, elles n’ont pas forcément de lieux de vente à proximité et n’ont pas les moyens d’en ouvrir un. La vente en ligne était alors la solution la plus indiquée.” Ce nouveau marché permet également aux coopératives d’étoffer leur offre et d’adapter leurs produits, poursuit Awa Caba. “Grâce aux commentaires des clients qui sont livrés à domicile, on peut orienter les transformatrices vers l’amélioration ou la création de nouveaux produits.”

“Le plus dur, c’est l’administration”

S’il a fallu convaincre les transformatrices de se lancer dans le commerce sur Internet, les premières difficultés pour la PME furent avant tout administratives. Formés en ingénierie, Awa Caba et ses trois associés ne sont pas rompus à l’exercice entrepreneurial. “Le concours Microsoft a réveillé notre esprit d’entrepreneur, mais, au début, l’administratif était le plus dur”, retrace l’entrepreneure.“Notamment, les questions de fiscalité posent toujours problème car le Sénégal n’a pas de régime adapté aux start-up. Sur le papier peut-être, mais les taxations pour une jeune entreprise qui ne gagne pas encore d’argent sont rédhibitoires. Les deux premières années, nous avons dû travailler de manière informelle, on ne gagnait pas assez d’argent pour payer les taxes.”

Aujourd’hui, Awa Caba fait partie du réseau d’entrepreneurs Enablis, au sein duquel elle trouve des conseils sur les questions juridiques qui entourent les contrats avec les fournisseurs, la restructuration de l’entreprise ou encore l’aspect commercial.

En phase de croissance, Sooretul a vu ses ventes tripler entre 2015 et 2017. Ces revenus sont issus de trois activités : la vente en ligne, un service traiteur pour les entreprises lancé en 2016 et surtout un partenariat avec DIGITAG, une agence qui propose un service de marketing digital des produits. Parmi ses clients, Sooretul a pu compter sur l’USAID, qui accompagne quatre plateformes de producteurs et de femmes transformatrices à travers le Sénégal. “Après avoir développé de nouveaux produits avec les transformatrices, l’USAID a fait appel à nous pour en assurer la promotion. Pour cela, nous créons des vidéos de recettes de cuisine qui mettent en avant le produit, mais aussi la transformatrice”, explique Awa Caba. DIGITAG est pour l’instant la plus grande source de revenus de Sooretul.

En novembre 2016, Sooretul a aussi reçu une subvention de 15 000 € du CTA, en tant que lauréate du premier prix de la compétition Pitch AgriHack dans la catégorie avancée. Le soutien du CTA a aidé Awa Caba et ses collègues à développer leur entreprise. Depuis, le nombre de fournisseurs a été élargi de façon à travailler avec trois nouvelles coopératives de femmes et répondre à la demande des clients pour des produits particuliers (comme le riz du nord du Sénégal). Un véhicule a aussi été acheté pour faciliter la livraison de produits plus volumineux. Par ailleurs, Awa Caba optimise ce soutien pour développer des partenariats en dehors du Sénégal : Sooretul est en train de finaliser des accords pour obtenir un point de vente en Côte d’Ivoire et a commencé à vendre ses produits à un grossiste asiatique.

Besoin d’investisseurs

Néanmoins, cela ne suffit pas encore à être rentable. D’autant que la start-up souffre de la concurrence de certains hypermarchés. “Jusqu’en 2017, les prix que nous pratiquions étaient compétitifs par rapport aux supermarchés Casino et City Dia. L’arrivée de Auchan a changé la donne, ils ont cassé les prix. Le client a le choix : notre argument est la rareté, l’origine locale et la spécificité du produit plus que son prix”, fait valoir Awa Caba.

Afin de soutenir la croissance de la start-up, le CTA a aussi invité Awa Caba à participer à des évènements qui ont offert à Sooretul une visibilité internationale. Des partenariats commerciaux en France ont ainsi été explorés, les produits de la PME ont été présentés à Genève lors d’une réunion sur les investissements sociaux. Enfin, les dirigeants de la start-up ont pu interagir lors d’évènements organisés par la Banque africaine de développement.

La PME cherche désormais des investisseurs pour acquérir plus de matériel, accroître son activité, renforcer la capacité du personnel actuel mais aussi en recruter pour assurer la montée en charge du travail et lancer une communication grand public afin de mieux faire connaître Sooretul.

Ambitieuse, Awa Caba explique : “Nous souhaitons nous déployer dans les grandes capitales africaines, Abidjan dans un premier temps. Nous aurons besoin d’une grande campagne de communication pour vendre nos produits à une plus vaste échelle et être rentable.”

Manon Laplace

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par

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