Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.
Leading image

En Afrique, la production porcine moins taboue

Entrepreneuriat

Élevage

Le porc, qui représente 38 % de la production mondiale de viande, attire aujourd’hui une nouvelle génération d’entrepreneurs africains, à rebours des résistances culturelles pour cette viande sur le continent.

Alors que des facteurs culturels et religieux ont historiquement limité la demande de porc en Afrique, de jeunes entrepreneurs exploitent aujourd’hui les nombreux avantages de l’élevage porcin, ouvrant ainsi la voie à la création d’un marché nouveau et en expansion en Afrique.

Par rapport à leur masse corporelle, les porcs produisent beaucoup plus de viande que les bovins, les chèvres et les moutons, et leur alimentation est peu coûteuse par rapport à celle des autres animaux d’élevage. La période de gestation d’une truie est d’un peu moins de 4 mois et sa portée moyenne est de 10 porcelets, soit 20-25 porcelets par truie et par an. De plus, les porcelets ont une croissance rapide et ont besoin de peu d’espace pour vivre. Les coûts de démarrage d’un petit élevage porcin sont aussi relativement peu élevés et les retours d’un investissement dans un petit nombre de bêtes sont rapides et importants. Un seul porcelet, qui coûte entre 25 € (360 rands) et 40 € (600 R), peut se vendre jusqu’à 325 € (4 800 R), après six à huit mois seulement.

Anna Phosa, de Soweto, en Afrique du Sud, est l’un de ces entrepreneurs qui récoltent les bénéfices de la production porcine. Avant de découvrir l’élevage de porcs en rendant visite à un ami, elle vivait de l’exploitation d’une petite ferme d’élevage de volaille et de production de légumes. “Et ça m’a plu. Après tout, si l’on peut élever des volailles, pourquoi ne pas se lancer dans l’élevage porcin ?”

En 2004, Anna Phosa a ainsi investi 67 € (1 000 R) dans l’achat de quatre porcs. En six ans, l’exploitation d’Anna a connu une croissance exponentielle grâce à un contrat décroché en 2006 avec “Pick n Pay”, le géant sud-africain de la grande distribution, pour la vente de 10 porcs par semaine. Très vite, elle a dû produire 20 porcs par semaine. Depuis 2010, Anna Phosa fournit 100 porcs par semaine, dans le cadre d’un nouveau contrat conclu pour une durée de 5 ans.

Pour pouvoir honorer ce nouveau contrat, l’entrepreneure a demandé un financement supplémentaire qu’elle a reçu de l’ABSA Bank et de l’USAID. Grâce à ce soutien financier de 980 000 € (14,5 millions R), elle a pu acheter une exploitation de 350 hectares, avec une capacité d’élevage de près de 4 000 porcs, et engager 20 personnes. “Pick n Pay a créé des débouchés pour Anna”, explique Sisa Ntshona, responsable du développement d’entreprise chez ABSA. “Nous avons pu la financer grâce à ce marché potentiel. Nous n’avons pas octroyé ce financement sur la base des garanties qui sont habituellement demandées, car Anna ne pouvait tout simplement pas en fournir. Une situation que connaissent presque tous les entrepreneurs du pays.”

Contrairement à Anna Phosa qui a développé une exploitation à grande échelle, Augusta Thomas ne possède qu’une exploitation de 3 hectares, située sur la côte ouest de l’Afrique du Sud. Elle a démarré son élevage il y a vingt ans, avec seulement deux porcelets, mais elle est à présent à la tête d’une exploitation de dix truies, ce qui lui permet de nourrir sa famille et de subvenir aux besoins des autres membres de la communauté. Augusta Thomas, qui mise sur “une production de qualité au moindre coût”, affirme que la façon la plus simple de gagner de l’argent grâce à l’élevage porcin est de vendre des porcelets sevrés, destinés à la consommation des ménages, à des acheteurs informels. Animée d’un véritable esprit d’entreprise, Augusta Thomas a recours à une série de stratégies pour réduire les coûts : pour limiter à un minimum les frais d’alimentation, elle se procure des sous-produits du blé, habituellement mis au rebut, auprès d’agriculteurs locaux. Ces déchets sont mis à tremper pendant 12 heures et sont ensuite cuits en bouillie, ce qui facilite la digestion des porcs. Elle vend également du lisier de porc à 0,7 € (10 R) par sac de 10 kg, ou échange le lisier contre des déchets de fruits et légumes qui enrichiront l’alimentation des porcs en nutriments.

Comme Augusta Thomas, l’agricultrice ougandaise Rachel Mubiru a débuté ses activités d’éleveuse avec une petite exploitation avicole avant de se lancer dans l’élevage porcin. Elle a commencé par élever des races locales, mais a ensuite constaté que des races exotiques – comme la Landrace et la Largewhite – se développaient beaucoup plus vite et donnaient des porcs beaucoup plus grands qui pouvaient se vendre plus cher sur le marché. Rachel Mubiru a su répondre à la demande pour ces races porcines, et son exploitation, désormais lucrative, repose à présent sur un cheptel parental de dix têtes.

Anna Phosa, Augusta Thomas et Rachel Mubiru sont toutes des entrepreneures qui ont développé avec succès une exploitation à petite échelle et à faible coût, grâce à des modèles d’entreprise très différents. Anna Phosa donne le conseil suivant à tous ceux qui envisagent de se lancer dans l’élevage porcin : “C’est une bonne idée de commencer à petite échelle. Mais il faut du temps pour développer un élevage porcin prospère, c’est d’ailleurs le cas pour n’importe quelle entreprise. Pour réussir, il faut être passionné par ce que l’on fait et être prêt à retrousser ses manches.”

Sam Price

Bringing fresh fish inland in Sierra Leone

En créant de nouveaux marchés dans les zones rurales, l’aquaculture peut répondre à la forte demande en poisson et renforcer la résilience économique des foyers éloignés des côtes.

Arla en Afrique de l'Ouest : Quel impact pour les filières locales ?

par

La cinquième plus grande entreprise laitière du monde s’implante au Nigeria et au Sénégal. Arla Foods, société danoise, entend quintupler ses revenus dans la sous-région d’ici à 2020. Quelles conséquences pour les producteurs et consommateurs locaux ?

Ne pas manquer l'opportunité de travailler avec CTA. Abbonez-vous maintenant!