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De la racine à la farine, la recette gagnante du manioc

Entrepreneuriat

Agribusiness

Au Nigeria, Yemisi Iranloye a bâti le succès de son entreprise de transformation du manioc, Psaltry International Limited, sur un modèle inclusif qui place les petits producteurs au cœur des activités.

En 2005, grâce aux économies tirées de la vente des produits de son exploitation, Yemisi Iranloye a créé Psaltry International Limited, une entreprise de production de manioc. Six ans plus tard, pour répondre à la demande de produits à base de cette plante, elle a étendu ses activités en ouvrant, à Alayide, dans l’État d’Oyo, une usine qui produit de l’amidon de manioc de haute qualité alimentaire et de la farine de manioc de haute qualité (FMHQ).

“L’accès au marché a été facilité par le fait que notre produit (amidon de qualité alimentaire) est une matière première utilisée par le secteur industriel et qu’il est d’excellente qualité. Celle-ci n’a d’ailleurs rien à envier à celle de l’amidon fabriqué ailleurs dans le monde”, explique Yemisi Iranloye. De grandes entreprises nigérianes – brasseries, entreprises pharmaceutiques et entreprises de transformation alimentaire, par exemple – utilisent de l’amidon de qualité alimentaire dans la fabrication de leurs produits, tandis que les entreprises meunières et de confiserie emploient la FMHQ, qui remplace avantageusement le blé, pour leurs farines et sucreries. Depuis son extension, Psaltry International est devenue l’une des plus grandes entreprises de production d’amidon du Nigeria, avec deux lignes produisant chacune entre 20 et 30 tonnes d’amidon de qualité alimentaire par jour, soit environ 10 000 tonnes par an.

Une forte demande nationale

Les investissements consentis par les entreprises du secteur secondaire contribuent à satisfaire la demande en amidon. Ainsi, après avoir utilisé à titre expérimental l’amidon de manioc dans son processus de brassage en 2014, Nigerian Breweries Plc s’est associée à Psaltry International et au Centre international pour le développement des engrais (IFDC), dans le cadre du programme 2SCALE financé par les Pays-Bas. Ce programme a pour objectif d’améliorer la chaîne de valeur du manioc et d’assurer un approvisionnement régulier en manioc de qualité à l’intérieur du pays. Des petits producteurs sous-traitants ont été formés en vue d’améliorer la qualité et la production du manioc. Nigerian Breweries Plc est ainsi devenue le principal acheteur de l’amidon de qualité alimentaire produit par Psaltry International.

Des banques nigérianes ont aussi joué un rôle, en finançant les activités de l’entreprise. L’usine de Psaltry à Alayide a été créée grâce aux fonds du programme de crédit à l’agriculture commerciale de la Banque centrale du Nigeria, distribués par FirstBank Nigeria. Deux ans plus tard, la hausse des bénéfices de l’entreprise qui en a résulté a permis à Yemisi Iranloye de faire construire une seconde usine.

Priorité aux petits producteurs

Selon Yemisi Iranloye, la clé de la réussite de son entreprise réside dans son modèle inclusif ­– qui repose sur l’approvisionnement en matière première auprès des petits producteurs sous-traitants. En 2012, Psaltry a lancé son premier programme en faveur des petits producteurs sous-traitants en ciblant délibérément ces fournisseurs et en leur offrant un prix plus élevé, afin d’encourager les agriculteurs de subsistance à augmenter leur production de manioc et à la commercialiser. Forte de la réussite de ce programme, Psaltry a pu étendre son approvisionnement à d’autres communautés rurales situées dans un rayon de 50 km autour de l’usine d’Alayide et augmenter le nombre de petits fournisseurs, qui sont aujourd’hui 2 000 environ.

L’usine d’Alayide est stratégiquement positionnée à proximité de ces petits fournisseurs afin de diminuer les pertes postrécolte. De par son expérience dans le secteur du manioc, Yemisi Iranloye savait que, lorsque les agriculteurs transportent leur manioc sur de grandes distances, sa teneur en amidon peut diminuer de 17 % à 5 % et que les tubercules souvent pourrissent. La proximité de l’usine d’Alayide permet de transformer les tubercules à maturité riches en amidon dans les 24 heures et d’éviter ainsi des pertes. Approvisionnée de manière fiable et régulière par les producteurs locaux, l’entreprise a pu maintenir les prix à un niveau relativement stable tout au long de l’année. Elle est ainsi devenue compétitive au niveau international.

Un suivi par GPS

Busari Dauda, chef du village d’Alayide, cultive du manioc depuis 30 ans. Avec l’introduction du programme pour les petits producteurs sous-traitants, “le tout premier avantage a été l’augmentation de la superficie de mon exploitation, qui est passée de 2 à 20 hectares en deux ans grâce aux services de Psaltry. Je possède actuellement plus de 60 hectares de terres agricoles”. Psaltry a pu contribuer à l’expansion des petites exploitations avec l’aide d’une application basée dans le cloudFarmforce –, qui utilise la technologie GPS pour suivre les rendements des petits producteurs et leurs besoins en termes de services de vulgarisation agricole. L’appli peut prédire le rendement et la date de la récolte dans chaque exploitation, et permet ainsi à Psaltry de contrôler l’approvisionnement. Ces données dissuadent les producteurs de procéder à des ventes parallèles, mais les aident aussi à obtenir des prêts bancaires pour l’achat de matériel végétal et d’intrants, comme des herbicides et des engrais que Psaltry se procure à un taux subventionné.

Pour s’assurer que l’entreprise reçoit les quantités prévues, les petits producteurs sous-traitants sont tenus de signer un protocole d’accord qui les engage à vendre exclusivement leur production à Psaltry et à respecter les normes de qualité du manioc de Psaltry, conditions posées à l’octroi d’un prêt. Toutefois, afin de consolider l’engagement des producteurs et renforcer leur pouvoir économique, Yemisi Iranloye tient à augmenter la participation de ces derniers dans Psaltry. Ils détiennent collectivement 10 % de l’entreprise.

Renforcement des capacités

Psaltry International mise aussi sur le renforcement des capacités de ses presque 300 employés – plus du double qu’en 2013, dont 40 % de femmes. L’entreprise gère ainsi un programme annuel de formation professionnelle en partenariat avec l’école de Nigerian Breweries, à Ibadan. Par ailleurs, la formation technique assurée par China Sino - Food Machinery a permis au personnel de Psaltry d’assurer en interne les opérations de maintenance afin de réduire le nombre de pannes techniques. Les coachs du Stanford Institute for Innovation in Developing Economies (Seed) assurent quant à eux la formation stratégique du personnel d’encadrement et de direction. “Au cours de ces 17 dernières années, j’ai bénéficié de plusieurs formations dans le domaine de l’entrepreneuriat, le leadership des femmes et la gestion d’une entreprise du secteur agricole”, souligne Yemisi Iranloye.

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