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Une approche du développement centrée sur les individus

Dossier

Dans la région Amhara, en Éthiopie, Workneshe Mossie cultive une série de produits grâce à un programme d'irrigation participatif.

© Dawit Endeshaw

Un projet participatif de développement de l'irrigation mise sur l’implication des petits producteurs pour lutter contre des conditions météorologiques défavorables et améliorer la productivité et la sécurité alimentaire.

Le Programme participatif de développement de l’irrigation à petite échelle (Participatory Small-Scale Irrigation Development Programme, PASIDP) a été mis en œuvre de 2008 à 2015 en Éthiopie afin de renforcer la résilience de communautés rurales pauvres aux conditions climatiques extrêmes en augmentant la superficie des terres arables irriguées. Le projet a permis la mise au point d’un système d'agriculture irriguée à petite échelle appartenant aux agriculteurs et géré par ceux-ci. L’objectif est de stimuler la croissance économique et de réduire la pauvreté rurale, tout en atténuant l’impact du changement climatique.

Une approche durable

Le PASIDP affichait des objectifs multiples : promouvoir une approche participative en matière de développement de l'irrigation à petite échelle ; améliorer la planification des bassins versants ; soutenir la construction de petits systèmes d'irrigation sur une superficie d’environ 12 000 hectares ; améliorer les pratiques agricoles, en particulier pour la conservation des sols et des eaux et la production de semences ; et promouvoir l’aménagement de potagers domestiques par les femmes. Le programme a bénéficié d’un financement du Fonds international de développement agricole (FIDA) et a été coordonné par le ministère de l'Agriculture éthiopien et des groupes locaux d’utilisateurs d’eau (des organisations officielles qui réunissent des agriculteurs pour les associer à la gestion d’un système d’irrigation partagé).

Les interventions du PASIDP ont permis de mettre au point et d'améliorer 116 systèmes d'irrigation à petite échelle, notamment par le biais de projets de détournement des eaux et de construction de canaux d’irrigation pour la collecte des eaux. Le projet a atteint son objectif – irriguer 12 000 hectares. Plus de 311 000 habitants de quatre États (Amhara, Oromia, Tigré et l’État des nations, des nationalités et des peuples du Sud – SNNPR). Les ménages qui ont eu accès à cette technologie sont parvenus à doubler le rendement et les revenus de leurs cultures (orge, maïs, légumineuses, teff et blé, ainsi que cultures fruitières et maraîchères).

En vue d’assurer la pérennité de l’initiative et la participation à part entière des membres de la communauté locale, ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui ont exploité les systèmes d'irrigation par l'intermédiaire de leurs groupes d’utilisateurs d’eau. Les participants ont été formés à la gestion des systèmes d’irrigation, à l’agronomie d’irrigation et à la gestion financière des périmètres irrigués. Ils ont ainsi appris à gérer le processus de développement de l’irrigation afin de pérenniser les systèmes une fois le programme terminé.

Transformer les moyens de subsistance

Workneshe Mossie, 40 ans, mère célibataire de six enfants, a dû renoncer à cultiver sa parcelle de 1,5 hectare dans la région Amhara quand ses enfants étaient petits. Sans revenus réguliers, elle n’a eu d’autre choix que de louer ses terres, pour seulement 80 birrs (environ 2,5 euros) par an. “Ces revenus n’étaient pas suffisants pour que je puisse nourrir mes enfants et encore moins les scolariser”, explique-t-elle. “Nous vivions au jour le jour et, parfois, nous ne pouvions même pas nous permettre d’acheter un morceau de pain.”En 2012, après neuf ans d’une vie nomade passée à chercher des petits boulots, Workneshe Mossie a décidé de récupérer sa parcelle. Elle avait en effet entendu parler du PASIDP.

Grâce aux canaux d’irrigation et de collecte des eaux construits par le projet, l’agricultrice a commencé à cultiver sa parcelle, avec l’aide de ses enfants. Sa situation financière s’est alors améliorée. Elle cultive aujourd’hui une série de produits – café, maïs, oignons, oranges et pommes de terre – qu’elle récolte trois fois par an. “Je peux à présent nourrir correctement mes enfants et, grâce aux revenus de mon exploitation, j’ai pu les scolariser. Et j’espère qu’ils auront ainsi une vie meilleure que la mienne”, se réjouit-elle, en ajoutant qu’elle gagne à présent environ 75 000 birrs (2 300 €) par an, en vendant ses produits sur les marchés locaux.

Après avoir constaté l’efficacité des activités du PASIDP dans sa communauté locale en 2008, Tesfaye Yigzaw, qui vit dans le Tigré, a décidé de louer une parcelle d’un hectare pendant six mois. En irriguant ses terres grâce aux canaux de collecte du PASIDP, il est parvenu à cultiver des oignons et à en récolter 21 000 kg, trois fois par an. La vente de ses oignons lui a rapporté 240 000 birrs (environ 7 400 €). Il a décidé de prolonger son bail à ferme pour une nouvelle période de quatre ans et, grâce aux bénéfices de la vente de ses produits, il a acheté un petit magasin, qu’il a depuis transformé en hôtel. “Je suis parti de rien et regardez maintenant où j’en suis”, s’émerveille-t-il.

Une nouvelle phase

La première phase du programme ayant été un succès, il a été décidé de lancer une nouvelle phase, afin de diffuser à plus grande échelle l’approche de développement et de gestion de systèmes d'irrigation en collaboration avec les communautés locales et les groupes d’utilisateurs d’eau. PASIDP II, mis en œuvre de 2016 à 2024, vise à développer et étendre les petits systèmes d’irrigation afin de couvrir environ 18 400 hectares dans les quatre régions.

Même si, au cours de la première phase, les agriculteurs ont eu davantage accès aux infrastructures d'irrigation et pu ainsi augmenter leur production, ils n’ont pas toujours réussi à vendre leurs surplus. Le potentiel d’augmentation des revenus a donc été largement sous-exploité. PASIDP II s’emploie donc aussi à renforcer les liens entre les producteurs, les marchés et les services financiers afin que les petits exploitants agricoles puissent accroître encore leur productivité, leur compétitivité et leurs revenus.

Conformément au plan quinquennal du gouvernement éthiopien – Plan de croissance et de transformation (GTP) –, PASIDP II devrait également créer 15 000 nouveaux emplois, grâce à une stratégie d’aménagement intensif des bassins versants, qui améliorera encore l’efficacité des systèmes d’irrigation. Le programme accorde une attention particulière à la participation des ménages dirigés par des femmes, des jeunes chômeurs et des gens sans terre. Au total, 108 750 ménages ruraux pauvres devraient en bénéficier. “Ce programme est bien plus qu’un programme d’irrigation. Il attache surtout de l’importance à la dimension humaine. Le FIDA est une organisation soucieuse du bien-être des individus et il investit dans les habitants des régions rurales”, explique Ulaç Demirag, directeur pays du FIDA pour l'Éthiopie.“Une fois PASIDP II terminé, nous ne compterons pas le nombre de systèmes d’irrigation qui ont été construits. Nous analyserons surtout la façon dont le programme a transformé la vie des petits exploitants agricoles que nous soutenons.”