Sithembile Ndema Mwamakamba : Faire de l’implication des jeunes dans les technologies et l’innovation une priorité

Dossier : Migration des jeunes

 

Interview de Sithembile Ndema Mwamakamba

Pour Sithembile Ndema Mwamakamba, du Réseau pour l'analyse des politiques sur l'alimentation, l'agriculture et les ressources naturelles (FANRPAN), il est crucial d’établir un environnement propice à la création d’agroentreprises par les jeunes.

L’Afrique compte plus de 200 millions de jeunes. Quelles stratégies en matière de création d’emplois peuvent être développées pour permettre au continent d’exploiter le potentiel de cette jeunesse toujours plus nombreuse ?

Nous devons absolument miser sur les technologies. L’agriculture en Afrique est considérée depuis longtemps comme archaïque, alors qu’elle a beaucoup évolué dans le reste du monde. Nous devons changer d’approche : l’éducation que reçoivent les jeunes – que ce soit dans les écoles techniques ou à l’université – est conçue pour leur apprendre à travailler au service d’autres personnes, et non pour eux-mêmes.

Nous devons aussi nous pencher sur les opportunités que présentent les défis actuels. Par exemple, dans le domaine du changement climatique, les jeunes pourraient s’impliquer dans le crédit carbone et le marché du carbone. En outre, nous avons besoin de programmes de financement créatifs et efficaces, conçus pour les jeunes désireux de lancer leur propre entreprise.

Au FANRPAN, vous travaillez avec la Fondation MasterCard pour promouvoir la participation des jeunes dans la politique. Quelle est l’importance de cette collaboration ?

Nous collaborons depuis deux ans au développement d’un guide politique pour les jeunes, qui tord le cou au mythe selon lequel la politique est réservée aux représentants gouvernementaux ou aux adultes. Les défis auxquels nous sommes confrontés en Afrique concernent aussi bien les jeunes que les moins jeunes. En travaillant avec la Fondation MasterCard, nous avons constaté que les jeunes ont la volonté de s’impliquer dans la politique agricole, mais ils n’ont pas les compétences nécessaires pour faire passer leurs messages.

La digitalisation est souvent considérée comme la solution pour attirer plus de jeunes dans le secteur agricole. Est-ce vraiment le remède miracle ?

Personnellement, je suis convaincue que l’implication des jeunes dans les technologies et l’innovation devrait être une priorité pour les gouvernements. Le monde évolue à une vitesse sans précédent. Nous devons intégrer au mieux les technologies et l’innovation dans l’agriculture si nous voulons créer de nouvelles possibilités de développement pour l’Afrique – et les jeunes sont au cœur de cette innovation. Je pense donc qu’il est particulièrement important que nos dirigeants plaident pour une plus grande participation des jeunes à l’espace numérique et pour la création d’un environnement propice en la matière. Je pense que cette opinion est partagée par les leaders africains, car la science, la technologie et l’innovation sont des piliers majeurs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Le concours Pitch AgriHack du CTA propose des formations et du mentorat aux jeunes entrepreneurs pour les aider à créer des e-agroentreprises plus durables. Pourquoi ces programmes sont-ils si importants ?

Je pense que les jeunes apprennent par la pratique, et des opportunités comme le concours Pitch AgriHack les incitent à innover. D’après ce que je comprends, cette compétition s’accompagne de formations et de mentorat, donc les jeunes sont vraiment soutenus tout au long de la création de leur entreprise.

Au bout du compte, il s’agit de garantir la pérennité. Il faut donc que les anciens transmettent leurs connaissances aux plus jeunes. L’agriculture intelligente face au climat est défendue par la FAO, le CTA et le FANRPAN, entre autres. Cette approche n’est pas révolutionnaire, dans le sens où elle prône des pratiques telles que l’agriculture de conservation et la culture sans labour, qui sont utilisées depuis longtemps. Mais, à la suite de recherches plus approfondies, elles bénéficient désormais d’une meilleure compréhension et leur valeur est davantage appréciée. Ces connaissances doivent donc être transmises à nos futurs agriculteurs.