Olisaeloka Peter Okocha Jr : Plus besoin de vastes étendues de terres pour parvenir à l’autosuffisance alimentaire

Dossier : Cultiver sur de petits espaces

 

Interview d'Olisaeloka Peter Okocha

Cofondateur et associé directeur de PS Nutrac – une entreprise qui installe des systèmes aéroponiques et hydroponiques pour la culture hors-sol, dans des espaces restreints – Olisaeloka Peter Okocha Jr explique les avantages de ces systèmes pour la sécurité alimentaire.

Comparé à l’agriculture traditionnelle, comment les systèmes d’agriculture en environnement contrôlé (AEC) contribuent-ils à améliorer l'efficacité et à accroître les rendements ?

Les systèmes AEC peuvent être de type aéroponique ou hydroponique, ou associer les deux. Dans la culture en aéroponie, les racines sont maintenues en suspension dans l’air et elles reçoivent des nutriments essentiels par pulvérisation. Dans un système hydroponique, les racines sont en suspension dans l’eau, où elles puisent tous les nutriments dont elles ont besoin. Les systèmes AEC permettent de cultiver sur de petites surfaces tout au long de l’année, contrairement à l’agriculture traditionnelle, qui dépend des saisons. Ainsi, alors que les tomates ont besoin de 4 à 6 mois pour arriver à maturité lorsqu’elles sont cultivées en pleine terre, 2 à 3 mois suffisent lorsqu’elles poussent en environnement contrôlé. Il est ainsi possible d’obtenir quatre à six récoltes par an, au lieu d’une ou deux. C’est là un aspect très important, car la faim n’a rien de saisonnier. La production alimentaire doit donc être assurée tout au long de l’année.

Dans les systèmes d’agriculture en circuit fermé, l’utilisation de l’eau et des nutriments est étroitement contrôlée et leur réutilisation prévue – deux caractéristiques qui limitent considérablement le gaspillage. Comme ces systèmes sont généralement utilisés en serre ou à l’intérieur, plutôt qu’en plein air, ils permettent de limiter l’apparition de ravageurs et d’atténuer l’impact des conditions climatiques extrêmes, comme la sécheresse et les fortes précipitations.

Quel rôle les décideurs politiques peuvent-ils jouer pour faciliter l'adoption rapide des systèmes AEC et atténuer ainsi la pression exercée par l’explosion démographique sur les terres arables et l’eau, qui sont des ressources limitées ?

Tout d'abord, les décideurs politiques doivent se faire les défenseurs et les promoteurs des systèmes AEC. Il s’agit en effet de solutions technologiques respectueuses de l'environnement, qui peuvent jouer un rôle essentiel sur la voie de l’autosuffisance alimentaire et de la création d’emplois et de richesses. Une fois la valeur de ces systèmes reconnue, les décideurs mettront en place un environnement favorable à la promotion de l’AEC, par le biais de la législation et de mesures incitatives, ce qui encouragera les établissements financiers à libérer des fonds pour favoriser l’adoption et la mise en œuvre à grande échelle des systèmes d’AEC.

Le prix des systèmes aéroponiques peut être un obstacle à leur adoption par les petits exploitants. Comment PS Nutrac règle-t-elle cette question et aide-t-elle les agriculteurs à améliorer leurs revenus ?

Chez PS Nutrac, nous sommes conscients des réels obstacles que rencontrent les petits exploitants agricoles qui souhaitent investir dans les systèmes AEC, notamment les coûts élevés et la nécessité d’un approvisionnement fiable en électricité. Notre équipe de collaborateurs s’attache à améliorer en permanence nos technologies aéroponiques et hydroponiques existantes afin de lever ces obstacles et de faciliter l’accès des petits agriculteurs à ces systèmes. Dans les régions où l'infrastructure électrique est peu développée, nous encourageons ainsi nos clients à utiliser l'énergie solaire pour faire fonctionner leurs systèmes AEC.

Nous nous réjouissons également d’être associés, en qualité de partenaire, au prestigieux programme Yam Improvement for Income and Food Security in West Africa (Amélioration de l’igname pour les revenus et la sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest). Dans le cadre de cette initiative, PS Nutrac déploie un système en aéroponie pour la multiplication rapide de tubercules, par exemple des plants d'igname. Une fois certifiés “sains et propres” par le Conseil agricole national des semences (National Agricultural Seeds Council), ces plants sont vendus à un prix abordable aux petits exploitants, pour la culture d’ignames. Grâce à ce programme et à ces plants plus productifs, ceux-ci peuvent optimiser leurs rendements et maximiser ainsi leurs revenus.

Qu'est-ce qui vous a incités, avec Samson Ogbole, cofondateur de PS Nutrac, à rester dans le secteur de l’agriculture ? Comment inciter d’autres jeunes à se lancer dans l’agriculture et à cultiver, même sur de petites superficies ?

L'agriculture était une vocation pour nous tous, Samson, moi-même et notre équipe. La plupart des régions du Nigeria et d’Afrique, de manière générale, ne sont pas autosuffisantes dans le domaine de la production alimentaire. Nous avons identifié cette situation comme une menace grave à court terme : un pays qui ne peut pas subvenir aux besoins alimentaires de sa population ne peut tout simplement pas se développer ou continuer à se développer. Avec nos systèmes aéroponiques et hydroponiques, nous entendons résoudre le problème de l’autosuffisance alimentaire, garantir la production d’aliments sains et sûrs en termes de sécurité sanitaire et inciter ainsi d’autres personnes à adopter ces technologies. Nous sommes bien conscients du fait qu'il s'agit là d’un long processus que nous ne pourrons pas mener à bien tout seuls, et que des efforts collectifs seront dès lors nécessaires.

Selon nous, les systèmes AEC sont le meilleur moyen d’inciter nos jeunes à se lancer dans l'agriculture. Nous avons pu constater de visu que l'aspect technologique de ces systèmes parle à nos jeunes, qui sont fans de technologies. Les systèmes AEC ne nécessitent pas de vastes étendues de terres. L’accès aux systèmes AEC devient chaque jour plus facile. Grâce à eux, les jeunes sont aujourd’hui en mesure de générer des richesses dans le secteur agricole, de contribuer à l’autosuffisance alimentaire et, à terme, au développement de leur pays.