Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

Nnaemeka Ikegwuonu : “Les responsables politiques devraient voir les innovateurs comme des partenaires pour le progrès”

Dossier

 

Interview de Nnaemeka Ikegwuonu

Fondateur et PDG de ColdHubs, qui fournit des unités de stockage réfrigérés grâce à l’énergie solaire au Nigeria, Nnaemeka Ikegwuonu explique les avantages des innovations liées aux énergies vertes et leur place dans les chaînes de valorisation agricoles.

Quel est l’avantage, pour l’agriculture, d’intégrer de l’énergie verte dans les chaînes de valeurs ?

Nous avons besoin d’énergie dans tous les maillons des chaînes de valeurs. Cette énergie n’est pas toujours accessible facilement, en particulier en milieu rural, qui est le premier maillon des chaînes de valeurs. Nous avons besoin d’énergie pour la production, la transformation, la commercialisation et la distribution, pour faire fonctionner nos systèmes informatiques et nos moyens de transport. Cette énergie verte est nécessaire dans tous les maillons de la chaîne de valeurs.

Pourquoi avez-vous décidé d’installer des sites de stockage qui fonctionnent à l’énergie solaire ?

La décision de construire des sites solaires de stockage réfrigéré est venue de notre volonté de réduire le gaspillage alimentaire dû au manque d’infrastructures – après récolte, elles sont indispensables pour allonger la durée de vie des fruits, des légumes et des autres aliments périssables. Pour faire fonctionner ces sites, nous avions besoin d’énergie, un produit incroyablement rare au Nigeria. Nous voulions dès lors un système où nous aurions la maîtrise de la production d’énergie et des infrastructures électriques. Notre meilleure option était l’énergie solaire.

Nos panneaux produisent 5 500 watts à l’heure, mais nous n’utilisons que 1 000 W pour alimenter nos entrepôts réfrigérés. Jusqu’à 3 tonnes de denrées alimentaires peuvent être stockées dans chacun de nos entrepôts réfrigérés, où la température peut être réglée sur 12 °C à 16 °C selon les produits. Pour le moment, nous disposons de 11 unités, 19 autres en sont à divers stades de réalisation. L’année dernière, nos entrepôts ont servi à 650 agriculteurs et ont permis de sauver 11 400 tonnes de nourriture de l'altération. Les producteurs ont augmenté leurs revenus de 50 à plus de 100 euros, simplement en évitant les pertes dues à un manque de réfrigération.

Les ColdHubs ont gagné le concours Nigeria Africa Energy Ideas de 2018. Quel est votre point fort ? Comment envisagez-vous votre développement à l’avenir ?

Nous nous développons rapidement et nous espérons atteindre une trentaine de sites réfrigérés de la même taille, d’ici 2019. En 2020, nous tablons sur une centaine de sites au Nigeria. Notre objectif est de parvenir à ce que 45 000 petits producteurs aient accès à un site de stockage réfrigéré d’ici 2030, grâce à notre modèle de facturation en fonction de l’usage réel. Les producteurs paient en effet en fonction du volume de fruits et légumes qu’ils stockent dans nos entrepôts, à partir de 180 nairas (0,44 €) par emplacement de 20 kilos.

Nous nous employons non seulement à déployer des applications technologiques en milieu rural, mais également à faire connaître les meilleures pratiques d’après-récolte pour produits périssables qui sont peu connues des producteurs et des acteurs de la chaîne de valorisation. Des sessions de formation sont organisées pour inculquer des connaissances et compétences globales sur l’après-récolte, grâce à des BD pédagogiques en langue locale. Nous avons aussi organisé cinq journées de cours sur l’après-récolte, pour faire connaître aux producteurs les meilleures pratiques de réduction du gaspillage, la valeur nutritionnelle de fruits et légumes de grande qualité et les avantages liés à la fourniture de produits de grande qualité, entre autres thématiques.

Avez-vous d’autres projets d’innovations agricoles alimentées par des énergies vertes ?

En plus du stockage réfrigéré, je suis fasciné par les pompes solaires d’irrigation, qui se déploient progressivement au Nigeria. Ces pompes solaires ont l’air simples, mais elles rendent un service essentiel aux agriculteurs. Les agriculteurs sont incapables de pomper manuellement les grandes quantités d’eau dont ils ont besoin pour irriguer leurs cultures. Ceux d’entre eux qui ont les moyens d’acheter une petite pompe trouvent que le solaire est très utile pour améliorer leur accès à l’eau. J’ai pu constater par moi-même ce que l’on pouvait faire avec ces petites pompes et je pense que c’est un dispositif qu’il faudrait déployer à grande échelle dans l’ensemble des pays en développement.

Par quels moyens les responsables politiques peuvent-ils favoriser les innovations qui contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur de l’agriculture ?

Les responsables politiques devraient considérer les innovateurs comme des partenaires pour le progrès. Ce que nous demandons, c’est un environnement propice à nos entreprises, par exemple des abattements fiscaux, des subventions plus généreuses aux innovateurs ou des pressions sur les banques pour obtenir des prêts moins chers. Pour ColdHubs, nous espérons une combinaison de ces avantages pour mettre en place 500 entrepôts réfrigérés d’ici 2030. Nous devons aussi nous assurer que l’environnement commercial n’est pas contre nous et qu’il est ouvert aux nouvelles idées et au changement, cela aussi nous aidera à grandir.