Nasir Yammama : La technologie pour améliorer l’impact de la vulgarisation

Dossier

 

INTERVIEW

Nasir Yammama analyse les meilleures approches en termes de vulgarisation agricole et de réponse aux besoins des agricultrices au Nigeria.

Comment analysez-vous le défi d’une vulgarisation efficace des connaissances agricoles en Afrique ?

La vulgarisation doit répondre à un important déficit de main-d’œuvre et de technologie en Afrique. La meilleure approche consiste à tirer parti des technologies disponibles et des nouveaux médias pour assurer une vulgarisation pertinente des connaissances.

Avec la généralisation des téléphones portables au Nigeria, il importe d’exploiter cette technologie pour offrir une vulgarisation de base. Imaginons, par exemple, un agriculteur qui a acheté des produits agrochimiques et les a épandus : s’il pleut le lendemain, ils seront emportés avec la pluie. Un message de prévisions météorologiques lui aurait permis d’économiser beaucoup d’argent et d’efforts.

Des conseils simples, comme la meilleure manière de réduire l’écartement entre deux rangs d’une culture pour améliorer les rendements, peuvent aussi être diffusés par un appel téléphonique, un message vocal ou un SMS. Nous devons donc associer technologie mobile et présence humaine pour toucher davantage d’agriculteurs.

Nasir Yammama, fondateur et PDG de l’entreprise Verdant Agri-Tech, au Nigeria, fournit des solutions mobiles pour améliorer la diffusion des connaissances agricoles auprès des producteurs.

Nasir Yammama, fondateur et PDG de l’entreprise Verdant Agri-Tech, au Nigeria, fournit des solutions mobiles pour améliorer la diffusion des connaissances agricoles auprès des producteurs.

Quelles sont les meilleures innovations et les approches les plus pertinentes pour relever ce défi ?

Ce qu’il faut, c’est développer l’utilisation des technologies déjà disponibles pour obtenir des informations ou des données et, dans l’autre sens, pour diffuser conseils et connaissances. Les drones et les satellites sont autant de nouveaux vecteurs pour l’acquisition de données. La mise en place de centres d’appels est une bonne manière de diffuser l’information. Nous devons aussi adapter le modèle économique pour que les agriculteurs aient les moyens de payer ces services de vulgarisation.

Quel est l’impact de votre entreprise, Verdant, sur la fourniture de services d’information aux agriculteurs nigérians ?

Nous avons mis en place un système de communication bidirectionnel : nous envoyons des informations aux agriculteurs, mais ils peuvent aussi nous poser des questions. Pour l’instant, nous fournissons nos services à 8 000 agriculteurs actifs et il est fascinant d’observer leurs demandes. Ils sont nombreux à avoir bien conscience des possibilités offertes par l’utilisation de données agricoles pour prendre leurs décisions et à poser des questions sur les prévisions météorologiques, les modes de financement et les meilleures technologies disponibles – dans tous les secteurs, des semences aux équipements.

Comment vous assurez-vous que vos services répondent aux besoins des agriculteurs et aident aussi les femmes ?

L’une des valeurs importantes de notre entreprise est sa proximité avec les agriculteurs. Nous échangeons constamment avec eux et avons créé des fermes de démonstration là où ils vivent. La plupart n’adopteront une méthode, comme l’utilisation de produits agrochimiques ou de semences améliorées, qu’après avoir vu ses performances dans une autre ferme. Nous restons aussi en contact permanent avec les organismes de recherche qui étudient et développent les technologies telles que les semences innovantes et les nouvelles techniques d’élevage. Notre objectif est de populariser ces nouvelles technologies auprès des petits agriculteurs. Verdant contribue ainsi à leur faire connaître puis utiliser les découvertes majeures et les plus rentables.

Nous essayons aussi de prendre en compte les souhaits des agriculteurs, en termes de cultures et de réalités sociales, afin de leur fournir des services utiles. Nous avons lancé un programme spécial sur le riz à Kano, où nous avons rencontré un groupe d’une douzaine de femmes qui exploitent plus de 35 hectares de rizières en dépit de leurs difficultés d’accès aux intrants, aux marchés et du manque d’infrastructures de base. Nous travaillons avec ces femmes grâce aux technologies mobiles pour les aider dans leurs activités de production et en diffusant leurs témoignages.

Inioluwa Oluwagbemi