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Mécanisation : les femmes aux manettes

Dossier

Reportage au Bénin

À une soixantaine de kilomètres de Cotonou, la capitale du Bénin, une coopérative de femmes maraîchères a mutualisé l’utilisation des machines agricoles, ce qui leur a permis une augmentation considérable de leurs revenus. Elles transforment le manioc grâce à une râpeuse acquise par le biais d’une coopérative d’utilisation de matériel agricole, et envisagent d’acheter de nouvelles machines pour augmenter leur production et pénétrer de nouveaux marchés.

Une expérience positive de coopérative d’utilisation des machines agricoles (CUMA) au Bénin a lieu dans la commune de 60 000 habitants de Comè située sur la rive ouest du lac Ahémé, à 63 km de Cotonou. Cela fait maintenant huit ans que la coopérative de femmes maraîchères et transformatrices de produits agricoles CUMA Alodalomè est devenue plus rentable, grâce à la mécanisation.

Rendre la mécanisation accessible

Les CUMA existent au Bénin depuis une vingtaine d’années. Ces coopératives d’agriculteurs visent la mutualisation des ressources financières de leurs membres pour acquérir et utiliser des machines agricoles. À Comè, les huit femmes membres de la coopérative Alodalomè ont choisi d’adhérer à ce modèle en 2009. Ces femmes, à la fois productrices et transformatrices, tirent l’essentiel de leurs revenus d’une activité autrefois rendue difficile par l’absence de matériel adéquat et le coût de la main-d’œuvre. “Avant, nous devions payer des sous-traitants pour la transformation du manioc. Cela nous coûtait beaucoup plus de temps et d’argent”, explique Adèle Anatovi, présidente de la CUMA Alodalomè. Selon elle, la décision de mutualiser leurs efforts pour avoir accès aux machines est née d’une évidence : l’urgence d’améliorer la rentabilité de leur activité.

Ainsi, la CUMA Alodalomè est parvenue à réunir en 5 ans les fonds nécessaires à l’acquisition de leur première machine agricole : une râpeuse à manioc de cinq chevaux dédiée à la transformation du tubercule en divers produits alimentaires locaux, gari et tapioca notamment (des produits alimentaires locaux dérivés de l’amidon de manioc), destinés à être vendus à Comè et dans les villes et villages environnants. Elles ont pour cela bénéficié du soutien de l’Union nationale des CUMA du Bénin qui leur a permis d’acquérir une machine de bonne qualité, de recevoir une formation pour l’utiliser, et de disposer des compétences de mécaniciens qualifiés nécessaires en cas de panne.

Valeur ajoutée

“Nous transformons le manioc en gari et en tapioca, et nous produisons à présent au minimum 6 kanti (unité traditionnelle de mesure du manioc transformé, équivalent à un peu plus de 10 kg) par mois contre une moyenne de 3 kanti avant l’acquisition de la machine”, indique Adèle Anatovi. Ceci représente une multiplication par deux des revenus de chacune de ces femmes impliquées dans la transformation du manioc, soit un minimum de 48 000 francs CFA (environ 73 €) par mois.

De plus, grâce à une négociation sous l’égide de l’Union nationale des CUMA du Bénin, la CUMA Alodalomè a obtenu de la municipalité de Comè un contrat de fermage à coût réduit, sur 2 ha de terres arables, consacrées à la production maraîchère. Ce domaine a été ensuite divisé en 8 parts égales, allouées à l’activité de chaque femme. Ainsi, les membres de la coopérative ont pu mettre en commun les frais de location du tracteur utilisé pour le labour. Leur production - des tomates, du piment, et des aubergines - alimente les marchés des villes et villages de la région, jusqu’à la frontière togolaise à 37 km à l’ouest de Comè, pour un revenu évalué à 300 000 FCFA (environ 450 €) par saison de 4 mois.

Adèle Anatovi et ses consœurs ambitionnent d’approvisionner le marché nigérian, plus à l’ouest. Leur coopérative y livre déjà des pastèques, mais la tâche à accomplir reste importante vu l’ampleur de ce marché. C’est pourquoi elles envisagent de poursuivre l’acquisition de nouvelles machines, tant pour la transformation du manioc que pour la production de produits maraîchers dans leur domaine : des tracteurs et râpeuses, mais aussi des pompes à irrigation, des planteuses et des bineuses.