Les jeunes peuvent contribuer aux innovations en matière d’AIC

Dossier

 
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Entretien avec Ayesha Constable

Coordinatrice en Jamaïque du partenariat Japan Caribbean Climate Change Partnership (JCCCP) et fondatrice de Young People for Action on Climate Change Jamaica, Ayesha Constable explique l’importance de reconnaître les jeunes pour créer des solutions efficaces en matière d’agriculture intelligente face au climat (AIC).

Pourquoi est-ce important d’impliquer les jeunes dans des initiatives d’agriculture intelligente face au climat ?

Le changement climatique est un phénomène très réel. En Jamaïque, il affecte déjà un certain nombre d’industries, dont le tourisme et l’agriculture, des secteurs qui dépendent directement des facteurs environnementaux. Dans les zones rurales des Caraïbes, beaucoup de jeunes gens migrent parce qu’ils ne voient aucune perspective d’avenir dans l’agriculture. En impliquant les jeunes dans l’AIC, nous garantissons à la fois la durabilité du secteur et la sécurité alimentaire à long terme. De plus, les jeunes peuvent apporter un certain niveau d’innovation et de créativité aux initiatives d’AIC afin de garantir que ces dernières produisent l’effet escompté. 

Il est important que les jeunes considèrent l’agriculture comme un secteur qui leur permette de gagner leur vie, mais pas nécessairement de la même façon que l’auraient fait leurs grands-parents. Je rencontre souvent des jeunes qui disent que le travail agricole est trop difficile. Ils pensent que labourer la terre à la main représente beaucoup trop de travail. Mais en les impliquant dans l’AIC, nous pouvons fournir à ces jeunes des outils pour garantir une plus grande viabilité de l’agriculture à l’ère du changement climatique. Il en résulte une résilience économique accrue et une meilleure sécurité alimentaire, qui sont essentielles pour le développement à long terme de nos sociétés.

Qu’est-ce qui vous a motivée à mobiliser les jeunes pour participer à des discussions sur l’adaptation au changement climatique ?

J’ai beaucoup travaillé dans l’aide à la jeunesse dans les Caraïbes pour aborder le chômage des jeunes et leur engagement en politique, en particulier l’émancipation des filles. Mon doctorat était axé sur l’agriculture et les impacts du changement climatique, et c’est à ce moment que j’ai constaté pour la première fois la nécessité d’inclure et de faire participer les jeunes ruraux à des travaux sur le changement climatique. Depuis lors, j’ai eu la chance de participer à des conférences et des ateliers pour les jeunes en dehors de la Jamaïque. Lors de la 2013 Global Power Shift Conference, en Turquie, j’ai réalisé à quel point beaucoup de jeunes venant des quatre coins du monde font un travail incroyable concernant le changement climatique. Mais les jeunes provenant des Caraïbes n’étaient pas suffisamment représentés. En fait, je pense que j’étais la seule Jamaïcaine présente et je suis rentrée déterminée à faire mon possible pour que la voix des jeunes pèse davantage dans les discussions sur le changement climatique. Ils ont hérité des problèmes créés par les générations passées, mais ils doivent prendre conscience qu’ils sont les acteurs du changement, ceux qui peuvent apporter des solutions bien réelles aux défis climatiques auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Si nous voulons réussir l’adaptation au changement climatique, alors les jeunes doivent se percevoir comme des pièces centrales au processus.

Comment les responsables politiques peuvent-ils davantage inclure les jeunes, surtout les femmes, dans l’élaboration de solutions intelligentes face au climat ?

Je pense que les responsables politiques, les ONG et les instituts de recherche doivent donner aux jeunes et aux femmes plus qu’un rôle symbolique dans la planification du développement. Il s’agit de reconnaître le droit des jeunes de s’asseoir à la table et de participer pleinement à la prise de décision. Dans certains pays, la politique adopte encore souvent une approche très verticale, du haut vers le bas, la prise de décision est centralisée et la prise en compte des perspectives des différents acteurs est limitée. Nous devons permettre une approche ascendante, particulièrement dans les discussions sur le changement climatique, car ce qui est climato-intelligent à un endroit ne l’est pas nécessairement à un autre. En créant des points d’entrée pour que les jeunes puissent faire entendre leur voix, nous donnons les moyens aux leaders de la génération suivante d’être impliqués. Par exemple, des politiques visant à encourager la participation des femmes dans le domaine des STEM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) contribueront fortement à améliorer la participation des jeunes femmes dans l’AIC.

La technologie a-t-elle un rôle à jouer pour attirer les jeunes dans l’agriculture intelligente face au climat ?

Un rôle majeur. C’est la technologie qui permet d’attirer les jeunes dans l’agriculture. Nous devons démontrer aux jeunes comment les outils technologiques peuvent être utilisés dans l’agriculture et transformés en solutions AIC. Même là où il n’y a pas encore d’accès généralisé à la technologie, les jeunes ont un sens presque inné pour les technologies et sont intéressés par l’utilisation de technologies simples, comme les téléphones portables, dans l’agriculture. Nous avons encore du pain sur la planche en termes de sensibilisation au changement climatique et à l’AIC, et je pense que la technologie peut jouer un rôle considérable pour susciter ce type de sensibilisation. Un jeu d’agriculture virtuelle – Cario Farm – a été récemment lancé dans les Caraïbes à travers le JCCCP pour enseigner aux joueurs comment prendre des décision climato-intelligentes informées sur le semis, la récolte et la vente des produits. Le jeu oblige à prendre en compte les facteurs économiques et environnementaux dans la prise de décisions concernant les activités agricoles, avec l’espoir d’encourager des changements à long terme dans les persceptions et les attitutes vis-à-vis de l’agriculture. Nous devons fournir aux jeunes les outils pour devenir plus résistants au changement climatique car, à travers eux, nous pouvons mieux préparer la société dans son ensemble à développer une plus grande résilience.