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Les femmes propriétaires, une nouvelle donne

Dossier

Reportage au Burkina Faso

À Cassou, commune rurale du centre-ouest du Burkina Faso, le GRAF a relevé le défi de mettre en œuvre la loi sur le régime foncier adoptée par le gouvernement burkinabè en 2009 et de favoriser l’accès des femmes à la terre. Un pari réussi.

Beaucoup d’époux estimaient qu’une femme n’avait pas à posséder un champ, puisque tout ce qu’elle a appartient de fait à son époux. Pourquoi alors demander à être propriétaire terrien ?”, observe Mariam Ouédraogo, qui exploite aujourd’hui deux hectares cédés par son mari. “Certains époux craignaient qu’une fois nanties économiquement, leurs femmes les quitteraient pour d’autres”, poursuit-elle.

Au Burkina Fao, 51,7 % de la population est constitué de femmes et plus de la moitié d’entre elles exploite la terre comme moyen de subsistance. Une terre qui appartient à leurs époux, transmise fréquemment par héritage familial, et qu’elles peuvent perdre à tout moment.

En 2009, le gouvernement burkinabè a adopté la Loi 034 portant régime foncier rural : elle vise à assurer un accès équitable aux terres rurales. Dans le droit fil de la mise en œuvre de cette loi, leGroupe de recherche et d’action sur le foncier (GRAF), un réseau regroupant des personnes diverses travaillant ou s’intéressant à la problématique foncière, a initié en 2011 un “Projet de sécurisation foncière des femmes dans les villages de Panassian et Nessian” relevant de la commune rurale de Cassou. Des villages où les hommes ont accepté librement de céder définitivement des terres aux femmes. Une cession qui s’est faite en deux temps : d’abord obtenir l’accord de principe des hommes pour qu’ils s’engagent dans le processus de sécurisation de leurs possessions puis la cession de leurs terres.

Autonomes et responsables

La cession des terres aux femmes a-t-elle changé leur quotidien ? “Elles sont maintenant plus à l’aise dans leurs activités de production agricole. Elles produisent sans complexe et se sentent encore plus responsables. L’accroissement de la production rime aussi avec rentabilité économique et c’est la famille qui en profite”,observe Pama Bénao, agent domanial et chef du service foncier rural à Cassou. “Nos activités nous ont permis d’assurer la scolarité de nos enfants. Certaines ont pu acquérir des motocycles et vélos”, témoigne Mariam Zallé.

Posséder son propre lopin de terre autonomise et responsabilise davantage les femmes.“Les femmes deviennent plus autonomes et participent à certaines charges familiales. J’ai mes propres récoltes et j’arrive à aider mon époux dans les dépenses de santé et d’éducation”, affirme Salamata Nignan, qui est maintenant propriétaire de trois hectares sur lesquels elle cultive de l’arachide et du riz. En outre, l’accès à la terre ouvre d’autres opportunités, comme l’accès au crédit pour des activités génératrices de revenus.

Cependant, “tout en mettant en valeur les terres acquises, les femmes doivent également préserver la cohésion de leur famille et veiller à maintenir de bons rapports avec leurs époux”, soutient Pama Bénao.

La première étape du projet GRAF a consisté à créer des structures locales : la Commission foncière villageoise (CVF), chargée de la gestion des terres rurales à l’échelle du village, la Commission de conciliation foncière villageoise (CCFV), responsable du règlement des conflits liés à la terre au niveau local et le Service foncier rural de la commune (SFR), qui établit les titres fonciers.

Aujourd’hui à Panassian et Nessian, une centaine de femmes sont devenues propriétaires de terres. Toutefois, le processus a rencontré des écueils.“Faire des femmes des propriétaires fonciers en milieu rural au même titre que les hommes, ce n’était pas du tout évident. Je peux même dire que personne n’y croyait au début”,confie Pierre Aimé Ouédraogo, secrétaire exécutif du GRAF.

“Des réticences des époux, liées aux traditions, sont apparues. Mais aujourd’hui, des barrières ont pu être levées et de nombreuses femmes ont des attestations de possession foncière”, indique Pama Benao.

Et demain ?

La démarche du GRAF s’est basée sur la sensibilisation et l’information. Deux femmes, Rose Marie Sanwidi, ingénieure agronome, et Fatoumata Tall, juriste, ont conduit un dialogue entre les “possesseurs” fonciers et les femmes des deux villages.

Pour alléger le processus, le GRAF a accepté de prendre en charge les frais d’établissement d’attestation de possession foncière pour tous les propriétaires fonciers qui consentaient à donner ou à prêter des terres aux femmes, selon Pierre Aimé Ouédraogo. Pour une attestation d’environ un hectare, il faut débourser 5 000 FCFA (7,60 €) pour délimiter le terrain, 300 FCFA pour l’espace sollicité, 1 000 FCFA pour l’inscription, 2 000 FCFA de frais de timbre. “Nous avons pu identifier 70 possesseurs fonciers coutumiers. Cent soixante-quatre femmes ont été bénéficiaires de terres suite aux négociations, 64 à Panassin et 100 à Niessan”, explique Dramane Diasso, premier adjoint au maire de Cassou.

À l’évidence, le GRAF a réussi son pari de “se servir de la loi sur le foncier rural, pour assurer aux femmes, un accès sécurisé à la terre, dans la commune rurale de Cassou“. Mais, la seule attestation foncière ne suffit pas. Pour le GRAF, les femmes doivent ensuite être soutenues pour aménager les terres afin de les rendre plus rentables. “Le changement dans la vie des femmes est assurément à ce prix”, estime Dramane Diasso.