Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

L’énergie n’est pas une fin en soi

Dossier : Énergie

 

Point de vue de Secou Sarr

Secou Sarr fait le point sur les politiques énergétiques en Afrique de l’Ouest, et plaide pour que l’énergie soit mise au service de l’agriculture.

Pourquoi faut-il des politiques énergétiques ?

L’énergie est un besoin vital. Pour nous, l’accès à l’énergie est une exigence pour des transformations structurelles dans le cadre de l’agenda post-2015. Mais c’est surtout un droit. Or 645 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité. Ceux qui y ont accès sont pour la plupart en milieu urbain. Et là où, dans les zones rurales, l’électricité arrive, elle n’est pas accessible à tous car trop chère. En Afrique subsaharienne, les niveaux de consommation sont très faibles : 181 kWh par an et par habitant, contre 30 fois plus en Europe et 70 fois plus aux États-Unis. Sans parler de la qualité du service électrique. Au Sénégal, les délestages ont entraîné jusqu’à deux points de perte du PIB, de même que de graves problèmes sociaux. Les pays importateurs de pétrole sont vulnérables aux fluctuations du marché du pétrole. Au Sénégal, en 2009, la facture de pétrole représentait 45 % des recettes d’exportation ! Plus de 600 000 femmes meurent chaque année en Afrique à cause de la pollution liée à l’utilisation du bois pour faire cuire les aliments, sans parler du bilan carbone de telles pratiques. L’énergie est ainsi une question à la fois économique, environnementale, de genre, de santé publique, etc. Pour toutes ces raisons, des politiques énergétiques efficaces et adaptées sont indispensables.

Quelle est la spécificité des politiques énergétiques en Afrique ?

Malgré sa précarité énergétique, l’Afrique dispose de grandes possibilités : elle a une population jeune, et des énergies renouvelables à foison (solaire, hydroélectrique, biomasse). Mais les politiques énergétiques en Afrique sont très court-termistes, liées à des mandats politiques. Trouver un compromis entre l’agenda politique et celui du développement (long terme) s’impose. À cet égard l’approche par les besoins des territoires est indispensable, car à chaque besoin correspond un service énergétique associé susceptible de booster l’économie locale. Malheureusement, les politiques de l’énergie en Afrique n’ont souvent pas d’articulation avec les autres secteurs. Or l’énergie n’est pas une fin en soi. Elle doit être mise au service des autres secteurs. Comment moderniser l’agriculture sans la maîtrise de l’eau, sans pouvoir transformer les produits agricoles, etc. ?

Quelles mesures mettre en œuvre en priorité ?

En Afrique de l’Ouest il faut renforcer l’accès des chaînes de valeur à l’énergie. Par exemple, ENDA Énergie a lancé l’initiative Sécurité énergétique pour la sécurité alimentaire (SESAL) au Sénégal et en Mauritanie ; dans ce cadre, elle développe un programme d’appui à la chaîne de valeur du lait, mettant à disposition des éleveurs des plateformes solaires pour la conservation du lait, l’éclairage, etc. Par ailleurs, le secteur agricole est une base réelle pour la production d’énergie. La biomasse est une niche d’opportunités importante, je songe à la production de biogaz à partir de déchets fermentés, source d’énergie et de fertilisants biologiques tout en valorisant les déchets agricoles. Au Sénégal, le Plan Sénégal émergent (PSE) ne considère pas l’énergie comme un secteur isolé mais bel et bien comme un input. Cela souligne une prise de conscience collective de la nécessité d’adopter une approche multisectorielle de la planification énergétique, reste à voir comment cela se traduira dans l’action. En définitive, l’accès universel aux services énergétiques en Afrique exige des subventions ciblées orientées vers le déploiement de l’énergie renouvelable et l’efficacité énergétique.