Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.

Il n’y a pas de schéma unique de développement

Dossier : Changer d’échelle

 

Interview de Renaud De Plaen

Responsable du programme Agriculture et sécurité alimentaire au Centre de recherches pour le développement international, Renaud De Plaen décrit certains des facteurs requis pour le changement d’échelle des interventions de développement.

Quelles leçons le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) a-t-il tirées concernant les éléments nécessaires au changement d’échelle des programmes de développement ?

Pour le CRDI, la nécessité de concevoir des interventions qui puissent être menées en changeant d’échelle est liée à la volonté de s’attaquer aux problèmes relatifs à la sécurité alimentaire. Au fil des ans, le CRDI – et d’autres organismes de recherche – ont mis au point un certain nombre d’innovations, mais l’un des principaux enjeux réside dans la capacité à amplifier l’impact de ces innovations. Pour le CRDI, ce changement d’échelle doit permettre de proposer des innovations fructueuses à un grand nombre de personnes, de les reproduire, ou même de les adapter pour qu’elles puissent fonctionner dans de nouveaux contextes. Sachant toutefois qu’il n’existe pas de schéma unique de développement et que les interventions ne sont pas toujours applicables dans des contextes sociaux et environnementaux différents.

Nous avons identifié cinq facteurs nécessaires au changement d’échelle des interventions. Celles-ci doivent d’abord être spécifiquement adaptées à la population locale que vous vous efforcez d’aider. Deuxièmement, vous devez déterminer la bonne stratégie pour amplifier votre intervention, ce qui peut impliquer de recourir aux TIC. Le troisième facteur réside dans l’identification des bons partenaires, notamment parmi les universités, la société civile, le secteur privé ou les responsables politiques, qui vous permettront de faire passer votre innovation à une autre échelle. Être au bon endroit, au bon moment, avec les bons partenaires représente également un facteur important. Enfin, il conviendra d’associer à votre stratégie un certain leadership local et de le soutenir afin de maintenir le développement dans la communauté locale.

Où ces facteurs ont-ils été particulièrement efficaces dans les projets du CRDI ?

En Inde, le CRDI a soutenu le développement de la production de sel doublement enrichi pour lutter contre l’anémie chez les enfants et les femmes enceintes. L’innovation a été diffusée plus largement grâce à un partenariat noué avec des responsables politiques. Ces derniers ont subventionné le coût du sel doublement enrichi pour les consommateurs des États du Jharkhand, du Madhya Pradesh et de l’Uttar Pradesh, fournissant du sel à 50 millions de personnes. Une stratégie de changement d’échelle faisant appel aux TIC s’est également révélée particulièrement efficace au Bénin et au Nigeria, où le CRDI a touché plus de 18 millions de personnes grâce à des programmes de radio rurale. Ces émissions ont permis d’informer les agriculteurs sur la façon de cultiver et de consommer des légumes indigènes. Pour autant, même les meilleures stratégies de changement d’échelle des interventions ne constituent pas nécessairement une garantie de succès. Les facteurs sociaux et culturels, et notamment la façon dont les individus perçoivent les innovations, s’avèrent difficiles à contrôler et représentent parfois autant de freins.

Pourquoi la participation du secteur privé est-elle si cruciale pour aider à diffuser les interventions et à créer un impact durable ?

L’essentiel de la littérature consacrée à la diffusion des opérations porte sur la manière d’aborder le marché. On pense souvent que, si une innovation fonctionne au niveau local et est économiquement viable, le secteur privé sera en mesure de s’en saisir et de l’exploiter. Or ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, dans le cas du sel doublement enrichi, il aurait été difficile pour le secteur privé de diffuser seul cette intervention à plus grande échelle car la réussite de son déploiement dans les États du Jharkhand, du Madhya Pradesh et de l’Uttar Pradesh reposait sur la mise en œuvre d’une réelle politique relative au sel doublement enrichi. Si le secteur privé représente souvent un acteur important, son rôle varie en fonction de l’innovation à mettre à l’échelle.

Comment encourager les responsables politiques à investir dans le développement agricole pour favoriser la reproduction et la diffusion à grande échelle des interventions réussies ?

Les pays africains ont déjà fait d’énormes progrès en matière d’investissements dans le secteur agricole. Même si tous n’en sont pas encore là, 44 pays se sont engagés à consacrer au moins 10 % de leur budget national à l’agriculture et à la sécurité alimentaire dans le futur. La plupart des investissements sont consacrés à l’accès aux intrants, à l’infrastructure et au financement, avec pour objectif de stimuler l’augmentation de la production. Il y a néanmoins lieu d’accorder la priorité à l’investissement dans le secteur éducatif, car il est nécessaire de former sur le continent davantage d’experts agricoles capables de renforcer les capacités agricoles africaines et de faciliter la diffusion des innovations réussies.