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Du plastique recyclé au service de l’agriculture maraîchère

Dossier : Économie circulaire

Le système de potagers verticaux Umgibe Frugal a été capable de valoriser plus de 10 tonnes de plastique récupérés dans l’environnement ces cinq dernières années.

© Umgibe

par

Afrique du Sud

La communauté internationale peine à endiguer la pollution par le plastique et de plus en plus de voix se font entendre en faveur d’un modèle d’économie circulaire, afin d’en limiter l’impact sur l’environnement. C’est dans ce contexte qu’un système d’agriculture sud-africain fait parler de lui en démontrant les bénéfices de la réutilisation de sachets en plastique.

L’idée est née dans l’adversité : c’est ainsi que Nonhlanhla Joye, la fondatrice de l’entreprise Umgibe, décrit son système de culture de légumes vertical et portable, construit avec des sachets en plastique. “Tout a commencé en 2014, lorsqu’on m’a diagnostiqué un cancer. Ne plus pouvoir travailler signifiait ne plus être capable de nourrir ma famille. J’ai donc décidé de cultiver des légumes biologiques pour assurer une alimentation suffisante pour moi et ma famille. Malheureusement, les poules ont dévoré toutes les récoltes et, comme on peut l’imaginer, j’étais désespérée. Mais je n’avais pas le choix : il fallait trouver une solution pour faire pousser des légumes. C’est ainsi que le système de culture vertical économe d’Umgibe a vu le jour”, nous confie-t-elle.

Le système de potagers verticaux Umgibe Frugal a été capable de valoriser plus de 10 tonnes de plastique récupérés dans l’environnement ces cinq dernières années.

Le système de potagers verticaux Umgibe Frugal a été capable de valoriser plus de 10 tonnes de plastique récupérés dans l’environnement ces cinq dernières années.

© Umgibe

Afin de cultiver ses légumes en hauteur, Nonhlanhla Joye a construit des structures en bois, auxquelles elle a accroché des rangées de sachets en plastique – qui autrement auraient fini dans une décharge – remplis de terre, et a ainsi pu planter ses pousses en hauteur, hors de portée des poules. “J’ai rapidement constaté que [avec ce système] je ne produisais pas seulement un surplus de légumes, mais que je consommais aussi beaucoup moins d’eau”, explique Nonhlanhla Joye. Ses récoltes sont devenues de plus en plus abondantes, dépassant même les besoins de sa famille, et elle a alors commencé à en revendre les excédents.

Au service de l’agriculture circulaire

L’invention de Nonhlanhla Joye est parfaitement adaptée à l’agriculture urbaine, particulièrement pour ceux qui ne disposent pas de beaucoup de terres, étant donné que ce système n’occupe que très peu d’espace et peut être érigé n’importe où. Umgibe est aussi un fervent défenseur des pratiques écologiques, et encourage l’utilisation de pesticides biologiques – comme un mélange d’ail et de neem – et du compost pour fournir les plantes en nutriments. “Nous utilisons des sachets en plastique, ce qui évite qu’ils n’atterrissent dans une décharge. De cette manière, nous avons déjà détourné plus de 10 tonnes de plastique durant ces cinq dernières années. Il nous arrive même parfois de manquer de déchets en plastique. Dans ce cas, nous allons les acheter chez les vendeurs de plastique recyclé. Ce plastique est ensuite utilisé pour créer des jardins portables recyclés Umgibe”, nous raconte Nonhlanhla Joye.

Selon les statistiques disponibles, près de 330 milliards de sachets en plastique jetables sont produits chaque année dans le monde. Généralement, ils ne sont utilisés que quelques heures avant d’être jetés. Nonhlanhla Joye espère réduire ce nombre afin de contribuer à l’émergence d’un système d’économie circulaire, tout en offrant un moyen de subsistance à des milliers de personnes.

“Umgibe représente une corde qui permet de hisser hors du désespoir les personnes sans emploi et les communautés défavorisées grâce aux principes de l’économie circulaire. C’est pourquoi il me tient à cœur de rappeler à tout entrepreneur que, quel que soit son secteur, l’économie circulaire est un des seuls systèmes qui offrent autant de sources de revenus potentielles”, affirme Nonhlanhla Joye. Et elle est fermement convaincue que, pour développer une économie circulaire, il faudra d’abord encourager l’entrepreneuriat à déployer tout son potentiel.

Pour une sécurité alimentaire et financière durable

Un système Umgibe, qui comprend les plants, le substrat et l’installation, revient à 14 500 rands (930 €), et reste ainsi relativement abordable, selon Nonhlanhla Joye. La construction, qui permet de faire pousser plus de 250 légumes et herbes différents, a déjà été adoptée par les coopératives locales d’agriculteurs. L’entreprise leur prodigue également des conseils techniques de production ainsi qu’une formation à l’agriculture biologique et à la transformation des aliments. Umgibe collecte en outre les produits récoltés par les coopératives qui utilisent son système. Elle assure ensuite la livraison de produits aux différents acheteurs et marchés et ne facture que les coûts de transport pour ses services. Jusqu’ici, le système a permis à près de 18 000 foyers d’améliorer leur sécurité alimentaire. “Umgibe offre une source de revenus durable à des milliers de familles, à travers ses 95 coopératives partenaires, mais aussi par la création d’un marché local pour les produits biologiques”, se réjouit Nonhlanhla Joye.

Le système de production Umgibe est également utilisé dans les écoles pour enseigner les concepts de rentabilité et de durabilité. Une activité extra-scolaire génératrice de revenus a même été mise en place avec des “apprentis semenciers”. Les écoliers qui participent à ce projet font germer des plants pour Umgibe dans le cadre de la création de leur propre jardin familial. “Les bénéfices sont répartis à hauteur de 80/20 % (80 % pour l’entreprise et 20 % pour leur propre consommation). Une centaine d’écoliers de chacune des 25 écoles avec lesquelles nous collaborons sont choisis pour faire germer les semences”, confirme Nonhlanhla Joye.

L’entreprise de Nonhlanhla Joye a également bouleversé sa vie personnelle. “Lorsque je me suis lancée, un maigre 400 rands [25 €] me séparait de la pauvreté. Aujourd’hui, mes revenus dépassent 1,9 million de rands [120 594 €] par an, et l’entreprise est évaluée à plus de 10 millions de rands [634 708 €].” Les innovations lancées par Nonhlanhla Joye lui ont permis de remporter plusieurs récompenses, dont le prix Impact Woman Entrepreneur of the Year à Paris en 2017. “Mon but dans la vie est de mettre fin à la faim”, conclut-elle.