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Des informations par SMS pour atténuer les chocs climatiques

Dossier

Au Zimbabwe, des agriculteurs reçoivent des informations climatiques et des assurances indexées sur la météo directement sur leurs portables.

© CTA

Zimbabwe

D’ici la fin 2019, près de 30 000 agriculteurs zimbabwéens devraient avoir bénéficié d’au moins une intervention d’un projet visant à élargir des solutions d’agriculture intelligente face au climat.

Les petits agriculteurs du Zimbabwe acquièrent progressivement une meilleure compréhension du changement climatique au fur et à mesure que ses effets – dont plusieurs récentes sécheresses successives – deviennent difficiles à ignorer. Pour parer aux menaces que l’évolution des régimes climatiques fait peser sur leur production, plus de 17 000 petits agriculteurs des provinces du Mashonaland occidental, des Midlands et de Masvingo ont adopté des assurances indexées sur la météorologie. C’est l’un des services intelligents face au climat proposés par le projet “Déployer à plus grande échelle des solutions d’agriculture intelligente face au climat pour les cultivateurs de céréales et éleveurs en Afrique australe”, financé par le CTA. Il favorise aussi l’adoption de semences de maïs tolérantes à la sécheresse et de systèmes agricoles associant cultures et élevage pour diversifier et renforcer les options de subsistance. De telles pratiques améliorent la qualité des sols et permettent ainsi aux agriculteurs de résister aux chocs climatiques.

Pour bénéficier de cette assurance indexée, les agriculteurs s’inscrivent pour des services groupés basés sur les TIC qui proposent aussi des informations climatiques, conseils agricoles et assurances, et sont fournis par une plateforme mobile appelée EcoFarmer Combo. Celle-ci – créée par l’Union des agriculteurs du Zimbabwe (ZFU), organe représentatif d’environun million d’agriculteurs,et Econet Wireless Zimbabwe, la plus grande entreprise de services de télécommunications du pays – est soutenue par le projet du CTA d’élargir les services d’EcoFarmer Combo pour toucher tous les membres de la ZFU. Dans les 100 districts où intervient ce projet, 300 agents de vulgarisation ont aussi été formés à interpréter les informations météorologiques fournies par la plateforme et aident les agriculteurs à adopter des solutions de bonne gestion agricole.

Thembeni Ndlovu, cultivatrice de maïs, de sorgho et d’arachides dans les Midlands, au centre du Zimbabwe, s’inquiétait de plus en plus de l’imprévisibilité des conditions météorologiques avant de s’inscrire à la plateforme EcoFarmer Combo en 2018. Grâce à ce service, elle a pu assurer ses récoltes contre les risques de pluies excessives et de sécheresse pour un dollar US (0,89 €) par mois. L’abonnement mensuel comprend l’adhésion à laZFU, ce qui lui permet de bénéficier de formations aux bonnes pratiques agricoles. “EcoFarmer Combo m’a aidée à me tenir au courant des changements météorologiques et à savoir quand planter”, explique Thembeni Ndlovu, qui cultive 1,5 hectare de terres. Grâce aux services groupés – et aux formations offertes – elle a aussi appris à diversifier ses cultures pour augmenter ses rendements. Elle a ainsi pu récolter 10 sacs de 50 kg de maïs et deux sacs de 50 kg de sorgho pour la saison 2018/19, contre seulement six sacs de 50 kg de maïs pour la saison 2016/17.

Malgré la meilleure production de Thembeni Ndlovu en 2018/19, ses rendements ont souffert de la sécheresse. “Pendant notre formation à l’utilisation du service EcoFarmer, nous avons appris que les agriculteurs pouvaient être dédommagés lorsqu’ils subissaient d’importantes pertes de récolte et nous espérons que cela pourra se faire cette année”, précise-t-elle.

Le directeur du programme et économiste principal de la ZFU, Prince Kuipa, indique que le projet a aidé les agriculteurs à mieux comprendre le changement climatique et ses effets et à faire face aux évolutions influençant la production.“Les agriculteurs ont adopté des semences tolérantes à la sécheresse parce qu’ils sont mieux informés et prennent les bonnes décisions en choisissant les semences convenant le mieux à leurs conditions, alors qu’auparavant ils achetaient des semences à maturation longue et subissaient des pertes en cas de sécheresse”, explique-t-il. “L’une des innovations de ce projet du CTA est l’organisation de foires aux semences dans les districts, grâce auxquelles davantage d’agriculteurs ont adopté des semences tolérantes à la sécheresse”, poursuit Prince Kuipa.

Parce que de nombreux agriculteurs se sont abonnés aux services EcoFarmer, Prince Kuipa pense que les bénéfices du projet vont continuer à se déployer lorsque sa phase financée s’achèvera fin 2019. “Les agriculteurs sont prêts à payer pour le service parce qu’ils en ont réalisé les avantages quant aux informations offertes, et nous constatons qu’ils sont de plus en plus nombreux à nous rejoindre”, dit-il. Les projets de développement s’essoufflent souvent une fois que le soutien des bailleurs de fonds s’arrête. “Nous voulons changer ce scénario”, affirme Oluyede Ajayi, coordinateur senior du programme du CTA pour l’agriculture et le changement climatique. “L’une des meilleures manières d’y parvenir est de mettre en place un solide cadre d’investissement pour nos partenaires qui étaient là avant le projet et le seront encore après”, explique-t-il.

Le projet intervient aussi au Malawi, où des profils numériques ont été créés pour plus de 18 000 agriculteurs afin qu’ils puissent recevoir des informations météorologiques sur leurs téléphones, et en Zambie, où plus d’un million d’agriculteurs ont souscrit à une assurance basée sur des indices météorologiques grâce à une initiative gouvernementale. “Ce que nous nous proposions de faire dans le cadre de ce projet [en Zambie] est en cours de réalisation et, maintenant que le gouvernement soutient l’assurance récolte que nous recommandons, les perspectives d’élargissement sont immenses,” déclare Mariam Kadzamira, chargée de projet en changement climatique au CTA.