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Des affaires aux petits oignons

Dossier

Reportage au Kenya

En se rassemblant pour former “des villages commerciaux”, les agriculteurs de Nyeri, au Kenya, sont parvenus non seulement à accéder aux marchés mais aussi à obtenir des crédits abordables, parmi d’autres services.

Depuis 2008-2009, les agriculteurs de la région de Kieni-Ouest, dans le centre du Kenya, reçoivent l’appui de Farm Concern International (FCI) pour développer la chaîne de valeur de l’oignon en utilisant de nouvelles variétés hybrides et des intrants tels qu’engrais et pesticides. Les agriculteurs sont regroupés en villages commerciaux (VC), qui sont des petits groupes d’environ 20 à 30 ménages, pour former de plus grands groupes dépassant 300 foyers. En achetant et vendant en gros, les groupes augmentent leur pouvoir de négociation avec les commerçants afin d’obtenir de meilleurs prix pour leurs oignons et d’acheter des intrants, des kits d’irrigation et des semences de qualité à prix réduit.

Comme c’est le cas pour de nombreux petits agriculteurs de toute la région, le fait qu’ils n’aient ni garanties ni dossiers de crédit restreint considérablement les possibilités d’amélioration des investissements et de la productivité des agriculteurs. Rassemblés en VC, ils peuvent toutefois se co-garantir les uns les autres et obtenir des crédits auprès de Taifa SACCO, un organisme d’épargne et de crédit.

Avant l’intervention de FCI et de Taifa SACCO, les producteurs d’oignons cultivaient traditionnellement des variétés à pollinisation libre (VPL) et à faible rendement et des cultures de base telles que le maïs et les haricots. Le prix des oignons à la ferme était faible, de seulement 8 à 12 shillings kenyans (Ksh) (0,06-0,12 €) par kilo. Pour favoriser l’accès des agriculteurs aux marchés importants du centre du Kenya, FCI a introduit des semences hybrides supérieures et a développé les mises en relation avec des entreprises de semences et de produits chimiques, ainsi qu’avec des acheteurs, ce qui leur a permis de devenir plus compétitifs.

Toutefois, bien que Taifa SACCO ait proposé des prêts pour l’achat d’intrants et que les membres des VC aient fourni leur co-garantie, certains agriculteurs ont été incapables de rembourser les intérêts. “Les agriculteurs pauvres ont obtenu des prêts ailleurs ou vendu des articles ménagers pour payer les intérêts mensuels”, affirme Mugo Kamau, directeur adjoint de la commercialisation de Taifa SACCO, qui a ajouté que la charge des agriculteurs avait encore été alourdie par la nécessité de trouver de l’argent pour payer la main-d’œuvre agricole.

Une approche louable

Pour surmonter le problème des remboursements mensuels, Taifo SACCO a créé un programme adapté de prêt appelé Small micro-enterprise credit (SMEC, Petits crédits aux micro-entreprises), qui permet aux agriculteurs de rembourser leur prêt une fois qu’ils ont vendu leurs oignons. Selon M. Kamau, ces prêts ont été particulièrement utiles pour aider les jeunes agriculteurs désireux de se lancer dans la culture d’oignons mais qui ne disposaient pas du capital de démarrage nécessaire pour les intrants et la main-d’œuvre.

Taifa SACCO a également dispensé des formations en gestion financière, en création d’entreprise et en tenue de dossiers. Jusqu’à présent, Taifa SACCO a investi plus de 200 millions de shillings kenyans (1,7 million d’euros) pour soutenir les membres des VC cultivant l’oignon. Au fur et à mesure de l’avancement du programme, de plus en plus d’agriculteurs ont surmonté leurs réticences financières en matière d’emprunt. “L’augmentation des revenus fait que davantage de gens peuvent avoir accès à des crédits bancaires”, déclare M. Kamau.

Par exemple, le SMEC a aidé Daniel Gakuu, 46 ans, à agrandir son exploitation d’oignons de 1,6 ha en louant depuis 2009 1,3 ha supplémentaire. Il a d’abord emprunté 200 000 Ksh (1 700 €), remboursables après six mois à un taux d’intérêt de 8 %, pour acheter des intrants et embaucher de la main-d’œuvre locale. Au moment de la récolte de ses oignons, toutefois, les recettes obtenues par D. Gakuu, soit 250 000 Ksh (2 125 €) pour 0,4 ha, lui ont suffi pour rembourser son emprunt avant l’échéance des six mois. “Il y a de l’argent à gagner dans la culture des oignons”, s’enthousiasme D. Gakuu.

Des entreprises en pleine expansion

Cette aide financière a aussi aidé Grace Wanjiku Kingori à agrandir considérablement son exploitation d’oignons, de 0,05 ha à 0,8 ha. Auparavant, avec trois saisons de culture de VPL, Grace Wanjiku récoltait environ 900 kg d’oignons. En 2010, après avoir obtenu un SMEC de 10 000 Ksh (85 €), elle a acheté des semences hybrides et des engrais pour sa petite parcelle. Quatre ans plus tard, avec les bénéfices réalisés, elle a pu agrandir son exploitation et augmenter sa production pour récolter 6 000 kg à la pleine saison de récolte, entre octobre et janvier.

Après leur emprunt initial, D. Gakuu et G. Wanjiku n’ont pas eu besoin d’obtenir de crédits supplémentaires car leur activité plus rentable de culture d’oignons leur a procuré assez de revenus pour devenir autosuffisants. Toutefois, pour éviter que d’autres nouveaux agriculteurs à faible revenu du VC de Grace Wanjiku ne deviennent tributaires des emprunts, les membres des VC ont établi une règle qui exige que les agriculteurs remboursent d’abord leurs emprunts et leurs intérêts et privilégient l’utilisation des revenus excédentaires pour l’achat d’intrants pour l’année suivante avant de dépenser le reste de l’argent gagné. “C’est une règle qui vise à favoriser l’autonomie”, dit Grace Wanjiku.

En investissant dans des pompes et des kits d’irrigation, les agriculteurs comme D. Gakuu sont capables de réaliser régulièrement trois saisons de récolte par an. “La culture de l’oignon est devenue commerciale dans la région de Kieni-Ouest et ses retombées touchent plus de 10 000 personnes ici”, dit M. Muchiri. L’amélioration du groupage et de la commercialisation a aussi augmenté les prix à l’achat. “Ces derniers temps, nous n’avons pas vendu un kilo d’oignons à moins de 25 Ksh, alors que nous étions en situation de surproduction”, témoigne Grace Wanjiku. Selon M. Muchiri, lorsque la demande est forte, un kilo d’oignons se vend localement à 60 Ksh (0,5 €).