“Avec l’informel, il n’y a pas de traçabilité”

Dossier

 
par

Point de vue de Gerald Masila

Directeur exécutif et PDG de l’Eastern Africa Grain Council (EAGC), qui réunit des producteurs et des transformateurs, Gerald Makau Masila détaille les difficultés rencontrées par les acteurs de la chaîne de valeur pour accéder au commerce formel. Il faut, dit-il, investir dans l’infrastructure de marché, renforcer les capacités et promouvoir les TIC.

Pourquoi le commerce informel est-il aussi important en Afrique, en particulier dans le secteur agricole ?

Les principales raisons de l’importance du commerce informel sont liées à la structure de production. L’agriculture africaine repose principalement sur des petits exploitants qui produisent des quantités relativement limitées, qu’ils essayent ensuite de mettre sur le marché pour les vendre. Les quantités étant tellement minimes, les échanges finissent par être informels. En outre, pour participer au commerce formel, il faut respecter certaines normes réglementaires, en particulier pour les produits alimentaires. Les petits producteurs, de même que les micro-entreprises actives dans l’agrobusiness, ne satisfont pas toujours à ces normes, ce qui les pousse à contourner le secteur formel.

Le commerce informel a-t-il des avantages ?

Grâce au commerce informel des produits agricoles, une quantité substantielle de denrées alimentaires passe des centres de production aux centres de consommation. Si le commerce informel n’existait pas, nous serions confrontés à d’importantes pénuries alimentaires et les prix s’envoleraient. Le commerce informel ne doit pas être totalement condamné, mais nous devrions pouvoir régler certaines questions, afin d’entamer une transition du commerce informel vers le commerce formel.

Que peuvent faire les décideurs politiques pour davantage formaliser les activités agricoles sans pour autant mettre en place des règlements d’exclusion ou autres obstacles au commerce ?

Tout d’abord, les décideurs politiques doivent comprendre la nature structurelle de la production et du commerce, et réaliser que ceux-ci sont largement dominés par des petites et micro-entreprises ainsi que des petits exploitants. Ensuite, ils doivent déployer des interventions, par exemple en fournissant des marchés appropriés où ces petits exploitants peuvent vendre leurs produits. Des marchés centraux et adaptés constitueraient une structure de commercialisation adéquate pour les produits alimentaires. Investir dans les infrastructures de marché de cette façon aidera aussi à formaliser le marché en fournissant un accès à des informations telles que les prix et les quantités de produits vendus.

Cela doit également s’accompagner d’un renforcement des capacités ainsi que de formations à la sécurité alimentaire et aux normes de qualité liées aux aliments afin que les producteurs et négociants puissent comprendre quelles sont les exigences et puissent y répondre. De cette manière, ils ne seraient plus exclus du commerce formel, même s’ils ne sont pas organisés comme des entreprises agroalimentaires formelles.

Comment les systèmes TIC innovants, comme le réseau Regional Agricultural Trade Intelligence Network (RATIN) de l’Eastern Africa Grain Council (EAGC), promeuvent-ils un commerce plus formel en Afrique ?

Un marché informel se caractérise notamment par l’absence de traçabilité des produits vendus. Les systèmes TIC permettent de collecter des informations et des données sur différents produits, notamment agricoles, qui sont échangés via des canaux informels. La collecte de ces données et de ces informations contribue à un début de formalisation du secteur. Les informations collectées à l’aide des systèmes TIC comme RATIN, qui suit le prix et la quantité des échanges transfrontaliers, sont aussi communiquées aux acteurs de la chaîne de valeur, dont les agriculteurs, les négociants et les transformateurs. Grâce aux informations transmises via les TIC, un agriculteur peut par exemple décider de cultiver davantage de soja, de haricots ou de riz, pour répondre à la demande du marché.

Ces technologies peuvent aussi aider à fournir des services au sein de l’exploitation agricole. Il existe des solutions TIC qui permettent de recenser les besoins en mécanisation. Les agriculteurs peuvent les utiliser pour réserver un tracteur ou un séchoir pour leur exploitation. Les TIC facilitent aussi l’intégration, puisque le fournisseur et le producteur sont connectés de manière bien plus efficace. Je suis convaincu que les TIC vont révolutionner l’agrobusiness.