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Kenneth Obiajulu : “L’agritech, ce n’est pas 80 % de technologie et 20 % d'agriculture. C’est l’inverse !”

Portrait de leaders

Kenneth Obiajulu (à gauche), directeur exécutif de Farmcrowdy, explique l'importance de déployer des spécialistes sur le terrain pour fournir des conseils sur mesure et mieux communiquer avec les agriculteurs.

© Farmcrowdy

Farmcrowdy – la première plateforme d’agritech du Nigeria – met en contact petits producteurs et investisseurs nigérians et permet aux grands acteurs du secteur de la transformation et aux acheteurs internationaux de s’approvisionner directement auprès d’agrégats d’agriculteurs (voir l'article de Spore Mettre en contact agriculteurs et investisseurs).

Spore a rencontré Kenneth Obiajulu, directeur général de Farmcrowdy, lors du Global Business Forum 2019 à Dubaï. L’entreprise venait d’être sélectionnée pour intégrer le prestigieux programme de mentorat du Forum.

Le crowdfunding est une forme d'investissement agricole assez récente à laquelle vous vous êtes intéressé lors de la création de Farmcrowdy. Qu'est-ce qui vous a fait penser que ce type de financement pouvait fonctionner ?

Nous voulions trouver un moyen de financer les petits exploitants agricoles. Nous avons commencé par explorer la piste du financement structuré, mais les critères d’accès étaient très stricts. Nous avons ensuite examiné comment créer un système d'évaluation des risques et subdiviser les montants à financer en montants moins élevés, l’idée étant que la somme demandée par un agriculteur puisse facilement être financée par un seul investisseur. Ce processus de réflexion a convaincu les membres fondateurs de Farmcrowdy que le crowdfunding pouvait être une approche efficace.

Bien sûr, nous avons eu plusieurs fois l’impression que nous n’y arriverions pas. Il faut dire qu’au début il fallait environ six semaines pour réunir 2 000 dollars [1 800 €]. Mais aujourd'hui, nous parvenons à lever plus d’un million de dollars [900 000 €] en deux jours. Un niveau d’adhésion qui valide pleinement notre concept.

À quelles difficultés Farmcrowdy a-t-elle été confrontée et, surtout, comment les avez-vous surmontées pour devenir un leader dans le secteur de l’agritech ?

Il nous a fallu relever toute une série de défis de taille : comment passer à la vitesse supérieure ? Comment inciter un plus grand nombre d’agriculteurs à se regrouper ? Et surtout, comment répondre aux besoins spécifiques des petits producteurs ?

Nous sommes une entreprise de technologie. À ce titre, nous voulons pouvoir déployer ces solutions pour gérer certains aspects et activités en lien avec l’agriculture. Mais nous n’avons pas tardé à nous rendre compte que l’agritech, ce n’est pas 80 % de technologie et 20 % d'agriculture, c’est l’inverse. Tel était précisément le fond du problème. La solution a été d’augmenter le nombre de spécialistes techniques sur le terrain et de concevoir une appli de terrain spécialisée pour que nous puissions communiquer plus facilement avec les agriculteurs et que ceux-ci puissent communiquer avec notre équipe d’agronomes et bénéficier ainsi de conseils personnalisés.

Un autre problème – mais nous devrions nous en réjouir – c’est que notre plateforme n’offre pas suffisamment de possibilités d’investissement. Les investisseurs se plaignent souvent du fait que les demandes de financement postées sur la plateforme ont tellement de succès qu’il ne faut qu’une petite demi-heure pour qu’elles trouvent un investisseur. Il est aussi arrivé que ces offres d’investissement soient sur-souscrites. Les investisseurs doivent alors attendre une nouvelle demande de financement agricole.

Nous avons ainsi constaté que les investisseurs se précipitent sur ces offres d’investissement dans des exploitations agricoles. Nous nous demandons dès lors comment diversifier et étendre notre portefeuille et offrir ainsi aux investisseurs la possibilité d’investir davantage, l’objectif final étant d’améliorer les moyens de subsistance d’un plus grand nombre d'agriculteurs. Pour Farmcrowdy, le premier défi est d’innover et de créer davantage d’opportunités d’investissement – et donc d’inciter davantage d’agriculteurs à rejoindre la plateforme. C’est ainsi que les investisseurs pourront en permanence y trouver des opportunités de financement.

Comment Farmcrowdy envisage-t-elle de diversifier et de renforcer son portefeuille ?

Nous devons trouver davantage de fonds, nous montrer encore plus innovants et cibler un plus grand nombre de maillons de la chaîne de valeur, notamment le transport, la transformation et la négociation de produits de base, mais aussi l’exportation de produits nigérians vers les Émirats arabes unis (EAU), de façon à inclure bien d’autres activités sur la plateforme. Nous pourrions aussi profiter de l'accord de libre-échange africain qui vient d'être signé et qui entrera en vigueur l'an prochain pour exporter des produits d'autres régions d'Afrique vers les EAU et le reste du monde. Mais pour réaliser ces objectifs ambitieux, il faut renforcer nos efforts de recherche, innover davantage et tester les pistes qui nous semblent prometteuses.

Que doivent faire les entreprises africaines du secteur de l’agritech pour mobiliser les investisseurs internationaux ?

Nous devons parler de nous et de nos projets pour que les gens commencent à se rendre compte que les entreprises d’Afrique peuvent vraiment se développer. Les investisseurs et les bailleurs privilégient l’aide par rapport au commerce, alors que ce devrait être l’inverse : les millions de dollars injectés en Afrique au titre de l’aide humanitaire devraient être investis dans le développement des entreprises. Notre message se limite à faire savoir que nous avons besoin d’aide et nous ne communiquons pas suffisamment bien sur ce que nous faisons. C’est la raison pour laquelle beaucoup d'investisseurs internationaux nous voient comme un concept géographique. Il faut que l’Afrique puisse “se vendre”, comme une marque.

Les Africains peuvent eux aussi faire plus pour l'Afrique. Nous devrions commencer à exporter nos produits dans le monde entier. Chez Farmcrowdy, nous sommes fiers que des Nigérians apportent à présent une solution à des problèmes nigérians. Notre modèle est parvenu à démontrer que les Nigérians sont en mesure de résoudre les problèmes de sécurité alimentaire dans leur pays.

Quel conseil donneriez-vous à d’autres start-up du secteur pour les encourager ?

Chez Farmcrowdy, nous croyons résolument au mentorat. Quand vous n’avez pas 10 ans d’expérience, le moyen le plus rapide pour rattraper ce déficit est de se tourner vers quelqu’un qui possède ces 10 années d’expérience. Quelqu’un qui peut vous guider et vous stimuler et auprès de qui vous pouvez apprendre. Telle est précisément la raison d’être du programme GBF Africa Mentorship. Je conseille aux jeunes entreprises du secteur des technologies d’oser rêver et voir grand – l’Afrique n’est pas inférieure aux autres continents. Nous sommes tous égaux, et l’Afrique et les Africains sont donc également en mesure de relever les défis agricoles mondiaux.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les services de mentorat du GBF et comment cette approche a aidé Farmcrowdy à se développer ?

Grâce au programme de mentorat assuré en partenariat avec la Chambre de commerce et d'industrie de Dubaï, nous avons pu identifier des acheteurs clés prêts à acheter une partie de la production de nos agriculteurs, à un prix supérieur d’au moins 40 % à celui qu’ils pourraient obtenir au Nigeria. Actuellement, nous obtenons donc des marges grâce à des ventes intercontinentales, entre l’Afrique et les EAU. Nous sommes sur le point de créer un modèle qui permet de représenter le volume des transactions. Et de voir que, lorsque le volume des échanges commerciaux augmente, il en va de même pour les marges.

Ensuite, notre programme a amélioré la visibilité de notre entreprise : de nombreuses entreprises connaissent déjà la marque Farmcrowdy. Nous avons simplement fait savoir que nous bénéficions du programme et nous avons aussi bénéficié de la retransmission – à la télévision et par le biais d’autres canaux – des discussions que nous avons eues avec le cheikh. Personnellement, j'ai reçu plus de 2 000 demandes d’abonnement, rien que pour mon compte LinkedIn. Notre page a été très souvent consultée et nous avons eu l’occasion d’expliquer aux gens ce que Farmcrowdy peut offrir. La séance de lancementnous a donné l’occasion d’expliquer à un large éventail d’investisseurs et de particuliers ce que nous faisons chez Farmcrowdy. Le consul général de la République d'Éthiopie aux EAU est même venu discuter avec nous de la façon dont nous pourrions diffuser des initiatives de ce niveau en Éthiopie et les reproduire ailleurs. Des ressortissants du Kenya, du Ghana, du Liberia et de la Sierra Leone sont venus nous trouver pour nous inviter à diffuser notre initiative dans leur pays, afin de leur éviter de réinventer la roue. Comment pouvons-nous simplement reproduire ce même modèle et nous associer à une organisation comme Farmcrowdy ? C’est ce qu’ils nous ont demandé. Et c’est là le défi pour l’Afrique, c’est là tout l’enjeu. Mais si une telle initiative a fonctionné au Nigeria, malgré toutes les difficultés que rencontre le pays, elle peut selon nous être reproduite avec succès dans d’autres régions d’Afrique.

Croyez-vous que la transformation de l'agriculture passe aujourd’hui par la numérisation ?

Nous devons absolument exploiter les technologies pour numériser l’agriculture. Nous devons commencer à nous y employer sérieusement. Dans une des exploitations avec lesquelles nous avons collaboré, nous avons constaté que l’adoption de tracteurs pour la préparation du sol a réduit le temps nécessaire au défrichement de 300 à environ 6 heures de travail – le temps ainsi dégagé pouvant être consacré à d’autres activités. Il ne s’agit pas de travailler dur, il faut surtout travailler intelligemment. La technologie et les systèmes numériques peuvent notamment nous aider à travailler plus intelligemment.   

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