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De la consommation à la production

Dossier : Énergie

Reportage au Caraïbes

Les économies caribéennes sont surtout axées sur le tourisme, secteur très consommateur en énergie, et les services. Toutefois, les ressources naturelles régionales restent largement inexploitées.

Le coût de l’énergie par habitant dans les Caraïbes est parmi les plus élevés du monde, les tarifs de l’électricité pour les résidents atteignant 0,3 €/kWh, quand la moyenne mondiale avoisine 0,12 €. Les budgets nationaux de la région, qui reposent essentiellement sur des importations de diesel et de fioul lourd, sont grevés par ces sources d’énergie coûteuses et exposées aux fluctuations de prix. 

Le Guyana et Montserrat consacrent jusqu’à 25 % de leur PIB à l’importation d’énergie. Seul Trinité-et-Tobago fait exception à la règle, exportant des carburants fossiles au niveau mondial. En général, la demande en énergie de l’agriculture caribéenne se situe largement en deçà de celle du transport, de l’industrie et des autres utilisations commerciales et domestiques. Toutefois, au Guyana, en Jamaïque et au Suriname, l’agriculture, les mines et la pêche représentent entre 10 et 25 % de la consommation totale d’énergie primaire. Une transformation agricole inefficiente dans toute la région augmente encore la facture énergétique.

Le changement climatique fait peser une grave menace sur les États de faible altitude de la région ; l’élévation du niveau de la mer, une moindre sécurité présente un important potentiel de transformation pour atténuer ces menaces.

Des pratiques d’agriculture durable peuvent également réduire l’empreinte carbone de la région. À Trinité-et-Tobago, l’entreprise Market Movers a mis en place des contrats avec les producteurs pour fournir des produits frais et transformés de grande qualité via une structure de livraison à domicile et en ligne qui réduit les déplacements des clients et engendre des économies d’énergie grâce au regroupement de commandes. Market Movers vise la durabilité et l’efficacité énergétique par l’utilisation d’insecticides écologiques, la réduction des emballages et la réutilisation des cagettes de livraison (voir Spore 180, Le marché en ligne – une connexion pratique).

Opportunités pour l’agroénergie dans les Caraïbes

Pour garantir la future sécurité énergétique de la région et diversifier son mix énergétique, la Communauté des Caraïbes (CARICOM) s’est engagée en 2013 à produire 48 % de son électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici 2027et à réduire sa consommation de 33 %, ce qui diminuera de 46 % les émissions actuelles de dioxyde de carbone. Suite à l’adoption de la politique énergétique régionale de la CARICOM en 2013, le Secrétariat a commandé une feuille de route et une stratégie pour une énergie durable dans les Caraïbes (C-SERMS). Lancée en octobre 2015, cette initiative constitue la toute première évaluation de la capacité globale pour les énergies renouvelables, installées et potentielles.

Les pays qui disposent d’une agriculture développée (Belize, Guyana, Jamaïque et Suriname) peuvent aussi bénéficier de la production d’agrocarburants issus, entre autres, de la canne à sucre, de la banane et de la noix de muscade, offrant à la région une énergie moins coûteuse. Il faut toutefois noter que les cultures énergétiques sont vulnérables au changement climatique, lequel pourrait impacter leur production.

Bagasse, coques de café et noix de coco, paille de riz sont aussi des sources possibles de matières premières tirées de la biomasse. Toutefois, bien que viable sur le plan agroénergétique, cette option peut avoir des effets négatifs : impact sur les prix alimentaires locaux, consommation d’eau et surtout d’énergie. En Haïti, par exemple, l’utilisation excessive de la biomasse traditionnelle (bois et charbon) a réduit de 97 % le couvert forestier, qui ne représentait plus que 2 % du territoire en 2006, contre 60 % en 1923. Cela a eu des conséquences désastreuses sur le développement agricole puisque, chaque année, Haïti perd, selon les estimations, 6 000 ha de sol à cause de l’érosion.

D’autres options pour atteindre la durabilité agricole sont les systèmes d’irrigation efficaces, la gestion des déchets agricoles, les techniques d’utilisation des terres, l’utilisation des déchets comme biomasse et biocarburant pour la production énergétique (les biodigesteurs, par exemple) et l’énergie éolienne et solaire, y compris les séchoirs solaires pour produits agricoles et les pompes à eau solaires.

À Sainte-Lucie, la coopérative agricole de Belle Vue, qui avec ses 300 membres recherche activement des solutions d’agri-culture intelligente face au climat, a construit un digesteur de biogaz et produit maintenant du compost et des engrais liquides à partir de déchets animaux. Une division commerciale distincte, Sainte-Lucie Compost, produit plus de 10 tonnes par an. Le compost est utilisé sur leur ferme biologique et par les agriculteurs membres. La coopérative possède aussi un réservoir de stockage de 75 m3 recueillant les eaux de pluie qui sont redistribuées à la pépinière grâce à une pompe solaire.

La CARICOM vers une énergie renouvelable

Bien que presque tous les pays des Caraïbes disposent main-tenant de mesures et mécanismes incitatifs concrets pour les producteurs d’énergie indépendants, dont des incitations à la production d’énergie, il reste encore beaucoup à faire pour optimiser l’efficacité énergétique, utiliser les énergies renouvelables pour les transports et inciter à l’exploitation de l’énergie renouvelable dans les zones rurales. Tous les pays des Caraïbes, sauf le Suriname, ont fixé des objectifs d’énergie et d’électricité renouvelables. La plupart des territoires régionaux (sauf les Bahamas, Grenade, Montserrat et le Suriname) ont aussi convenu d’objectifs d’efficacité énergétique et les pays de la CARICOM s’emploient actuellement à élaborer des plans et politiques.

Aux Bahamas, Goodfellow Farms a déjà pris une longueur d’avance dans l’efficacité énergétique avec sa production aquaponique (élevage de poissons avec des légumes produits en culture hydroponique). En 2014, l’entreprise a optimisé ses systèmes et procédures ainsi que son modèle commercial, assurant ainsi sa durabilité et son efficacité énergétique.

Les produits et processus écoénergétiques utilisés dans les serres sont les suivants : toile d’ombrage en “aluminet” pour produire de la chaleur et créer de l’ombre pour les cultures ; vitrage de toit générant une lumière diffuse pour optimiser la croissance des plantes ; isolation de tous les bacs de culture et réservoirs à poissons, ce qui diminue la température de l’eau et permet à la ferme de produire des cultures qui normalement ne pousseraient pas aux Bahamas ; des systèmes efficaces de pompes à eau et de pompage pour la ventilation. L’entreprise collecte aussi les eaux de pluie et utilise ainsi beaucoup moins d’eau (90 %) qu’une exploitation traditionnelle, ce qui dimi-nue la demande énergétique pour la production agricole. Dans la serre de 500 m2, des batteries et un convertisseur servent de dispositif de secours, et une installation solaire est prévue pour l’avenir.

Malgré ces initiatives innovantes, il faut investir davantage dans l’utilisation d’énergies alternatives et renouvelables pour l’agriculture. Le financement des projets restant difficile, les marchés sont en quête de partenariats public-privé (PPP) ; Haïti et la Jamaïque ont ainsi mené à bien des projets d’énergies renouvelables.

Il existe de nombreuses autres opportunités, comme le modèle d’enchères pour énergies renouvelables de la Jamaïque, la conversion des déchets en énergie, l’éolien (Windwatt Nevis) et le géothermique. À la fin 2016, la Banque de développement des Caraïbes (BDC) lancera son guide de développement des PPP et mettra en place un réseau d’experts régionaux des PPP pour aider les pays membres à progresser dans ce type de projets.

La CARICOM a besoin de 18 milliards d’euros d’investissements énergétiques pour atteindre ses objectifs d’énergies renouvelables. L’aide de l’UE de 135 millions d’euros à la Facilité d’investissement pour les Caraïbes, qui encourage l’engagement du secteur privé dans les projets d’énergies renouvelables, ainsi que les 30 millions d’euros de la BDC et de l’Agence française de développement (AFD) pour des projets d’infrastructures durables dans la région, sont bienvenues. La transformation du secteur énergétique des Caraïbes est aussi encouragée par le financement de 63,75 millions d’euros du Fonds multibailleurs pour les énergies durables dans les Caraïbes orientales.

Signée en octobre 2015 par la BDC et la Banque interaméricaine de développement, cette initiative, dont l’une des principales composantes est le financement concessionnel du Fonds pour les technologies propres, vise à faciliter la croissance dans le secteur des énergies renouvelables. Le Centre pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique des Caraïbes, inauguré en juillet 2016, s’occupera aussi de recherche et développement dans ces domaines. Ces nouvelles initiatives ouvrent des perspectives pour repositionner l’agriculture, actuellement consommatrice d’énergie, en contributeur majeur de la sécurité énergétique régionale.

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