James Mwangi: “Helping farmers manage their money”

Spore exclusive

 
by Bob Koigi

Interview with James Mwangi

Dr James Mwangi, CEO of Kenya’s Equity Bank, outlines how innovative financing mechanisms, including mobile banking and financial education for women and young people, are empowering farmers.

Dr James Mwangi, CEO of Kenya’s Equity Bank, explains how the bank has used innovative approaches to provide farmers with access to finance

Dr James Mwangi, CEO of Kenya’s Equity Bank, explains how the bank has used innovative approaches to provide farmers with access to finance

Equity Bank

L’Equity Group Foundation (EGF) a touché près de 1,5 million de femmes et de jeunes en leur offrant une formation financière. Quelle est l’importance de l’éducation financière des jeunes agriculteurs et agricultrices pour la croissance du secteur agricole ?

L’EGF offre aux agriculteurs des formations pour améliorer leurs connaissances, leurs compétences, leurs attitudes et leurs comportements en matière de gestion financière. L’objectif est de permettre aux jeunes agriculteurs de mieux gérer les revenus générés par leurs activités agricoles.

Le programme d’éducation financière comporte quatre modules – planification budgétaire, épargne, gestion des dettes et services financiers. Pour toucher un plus large public, et particulièrement les jeunes, la teneur du programme a été adaptée au format des téléphones portables, sur lesquels les agriculteurs peuvent maintenant accéder aux formations. Le contenu du programme est présenté sous forme de conseils, de questions, de réponses et d’enseignements financiers.

La formation financière des femmes et des jeunes a favorisé une transition de l’agriculture de subsistance vers l’agriculture commerciale. Le domaine d’intervention de l’EGF, axé sur l’agriculture, forme les agents de terrain aux disciplines agronomiques, pour qu’ils enseignent les bonnes pratiques agricoles aux exploitants. Cela se traduit par un meilleur rendement des cultures et un accroissement des revenus, ce qui a aussi contribué à améliorer le remboursement des prêts, car les agriculteurs ont déjà été formés à la gestion des dettes.

2) Les TIC et les services bancaires mobiles révolutionnent la prestation des services agrofinanciers. Quelles sont les initiatives innovantes qui ont le plus de chances d’avoir un impact positif ?

Les TIC et les services bancaires mobiles ont révolutionné les transferts de fonds et les paiements en accordant aux clients une plus grande liberté et un meilleur contrôle dans la gestion de leurs comptes. La clientèle d’Equity Bank adopte maintenant la nouvelle doctrine qui veut que “la banque soit quelque chose que l’on fait, pas un endroit où l’on va”. C’est un phénomène intéressant pour les agriculteurs ruraux qui, jusqu’à récemment, devaient aller loin pour accéder aux services financiers.

Equity Bank, chef de file dans les secteurs des TIC et des services bancaires mobiles, s’efforce de renforcer son programme d’inclusion financière. La banque a récemment mis en place de nouvelles plateformes numériques comme Equitel, une solution bancaire mobile qui permet à ses clients d’accéder à des services de banque et de télécommunications par transmission de voix ou de données ou par SMS. L’application Eazzy Banking, une plateforme révolutionnaire, aide ses clients à gérer leur argent et leurs objectifs financiers. Le développement des produits bancaires numériques vise à rendre les services financiers plus accessibles, pratiques et abordables.

Sur les plateformes numériques libre-service, les agriculteurs peuvent effectuer diverses transactions bancaires telles que transferts d’argent, paiements de factures, accès au crédit, sans sortir de chez eux. Grâce à l’application Eazzy Banking ou à Equitel, la banque peut examiner la solvabilité des agriculteurs en évaluant leur crédit et établir ainsi le prix du crédit en fonction des risques.

La plateforme numérique EazzyChama encourage aussi les agricultrices et les jeunes agriculteurs à intégrer des groupes ou associations. EazzyChama est un outil comptable numérique destiné aux groupes, couramment appelés “chamas” au Kenya. Ces regroupements leur permettent de mobiliser et combiner leurs gains pour obtenir des prêts plus importants. Les membres peuvent aussi se garantir mutuellement pour accéder à des financements sans recourir à des garanties classiques. La plateforme permet également aux agriculteurs du groupe de surveiller les contributions apportées, les sommes présentes dans le compte collectif, le nombre de prêts qu’ils gèrent et les retraits effectués.

3) La représentation des femmes dans l’agrobusiness est encore assez faible. Comment les mécanismes innovants de financement peuvent-ils mieux soutenir les femmes entrepreneurs ?

La banque a encouragé les femmes entrepreneurs à s’engager dans l’agrobusiness en collaborant étroitement avec d’autres partenaires pour créer des liens avec les marchés. Elle a par exemple travaillé avec l’initiative Achats pour le progrès du Programme alimentaire mondial, avec East Africa Breweries Ltd (pour intégrer les cultivateurs de sorgho), et avec Frigoken Ltd (pour intégrer les producteurs horticoles).

Equity Bank a également noué des partenariats innovants de financement pour lancer des projets axés sur l’autonomisation des femmes. Nous nous sommes par exemple associés avec GROOTS Kenya pour financer les femmes rurales qui s’engagent dans des activités d’agrobusiness. La principale composante du projet vise à renforcer la capacité commerciale de ces femmes et à faciliter leurs liens avec les marchés. Le programme cible 3 400 femmes rurales des comtés de Nakuru et Kitui. Le remboursement des prêts s’est avéré excellent dans ce projet, qui a aussi réussi à transformer les vies et moyens d’existence de ces femmes rurales, si bien que la Banque mondiale a classé GROOTS en tête des projets ayant un impact majeur.

Equity Bank met aussi actuellement en œuvre un projet appelé Programme de renforcement de la production céréalière au Kenya (KCEP), un partenariat stratégique public-privé entre le gouvernement du Kenya, l’Union européenne, le Fonds international de développement agricole et Equity Bank. Le rôle d’Equity est de fournir une plateforme de bons électroniques permettant aux agriculteurs d’acquérir des intrants auprès d’agrodistributeurs sélectionnés. Les agriculteurs reçoivent des cartes GAB constituant un portemonnaie électronique à fonctions multiples (par exemple, un portemonnaie pour les semences, les engrais, les équipements). De leur côté, les agrodistributeurs reçoivent des terminaux de points de vente (TPV) adaptés. Les agriculteurs n’ont qu’à glisser leurs cartes dans ces TPV pour acquérir divers intrants agricoles ; une fois leurs cartes introduites, toutes les transactions sont traitées en ligne et en temps réel. Près d’un demi-milliard de shillings (4,3 millions d’euros) ont été jusqu’à présent déboursés pour plus de 27 000 bénéficiaires de projets (58 % des agriculteurs bénéficiaires sont des femmes). Les agriculteurs enrôlés dans le KCEP ont aussi reçu une formation financière ; 63 % de tous les agriculteurs formés jusqu’à maintenant sont des femmes.

4) Le secteur privé reste réticent à investir dans l’agrobusiness en raison des risques perçus comme plus importants par rapport à d’autres industries. Que peuvent faire les décideurs et institutions financières pour inverser cette tendance ?

La grande majorité des agriculteurs africains est depuis toujours exclue de l’accès aux services financiers. Les principaux financiers ont tendance à éviter de prêter au secteur agricole à cause des risques inhérents, dont la dépendance à l’agriculture pluviale, la faible utilisation des technologies modernes, les fluctuations du prix des denrées agricoles et les difficultés d’accès aux marchés. Equity Bank, en collaboration avec d’autres acteurs animés du même esprit, est à l’avant-garde de la lutte contre ces problèmes par la mise en place de produits financiers innovants réduisant les risques dans le secteur. La banque a adopté un concept de financement de la chaîne de valeur qui a réduit coûts et risques et augmenté l’efficacité globale des chaînes de valeur agricoles.

La banque aide aussi les agriculteurs à atténuer les risques liés aux prix en proposant un financement sur récépissé d’entrepôt. C’est la première institution financière à appliquer ce système au Kenya. Elle propose aussi, avec l’Equity Insurance Agency, un régime d’assurance agricole abordable permettant aux agriculteurs de diminuer divers risques agricoles. Les produits tels que les assurances bétail ou récolte indexées peuvent réduire les risques du secteur par la gestion en commun des chocs systémiques touchant tous les agriculteurs à un moment donné.

Les gouvernements pourraient aussi minimiser les risques agricoles en augmentant l’investissement et les mesures incitatives encourageant les petits agriculteurs à investir dans l’irrigation, les équipements et d’autres technologies de mécanisation et de modernisation de l’agriculture, et réduire la dépendance excessive à l’agriculture pluviale, qui rend le secteur imprévisible et risqué pour les financiers. Un investissement dans l’infrastructure rurale, par exemple dans des routes de desserte et des structures locales d’entreposage, minimiserait également les pertes subies à cause du gaspillage ou de l’altération des aliments. De nombreux gouvernements africains ont toutefois encore du mal à respecter l’objectif de la Déclaration de Maputo visant à allouer annuellement au moins 10 % de leurs budgets nationaux à l’agriculture.

5) En tant que plus grande banque commerciale d’Afrique, Equity Bank a ouvert la voie à la prestation de services financiers aux petits agriculteurs. Quels enseignements l’institution a-t-elle tirés de ce processus, qui pourraient contribuer à combler l’écart entre agriculteurs et financiers ?

Dans l’esprit de ses modestes débuts dans les succursales rurales, Equity est restée fidèle à son objectif de soutenir les agriculteurs par l’intermédiation financière. Elle a, à cet effet, développé des interventions financières et des programmes de formation novateurs qui aident les petits agriculteurs à devenir des acteurs à part entière dans un système financier inclusif.

L’offre des services financiers de la banque passe par un réseau régional de plus de 170 succursales au Kenya, qui permet d’atteindre les agriculteurs des villes rurales. Equity Bank est également présente en République démocratique du Congo, au Rwanda, au Soudan du Sud, en Tanzanie et en Ouganda. Ce vaste réseau est complété par plus de 29 000 postes de transactions bancaires dont les agents couvrent les zones rurales. Ces services sont très utiles aux agriculteurs qui accèdent ainsi à des services financiers près de chez eux, économisant temps et argent. Grâce aux nouvelles plateformes numériques d’Equity Bank, les services financiers sont devenus encore plus accessibles, pratiques et abordables.

Equity Bank est également chef de file du financement agricole au Kenya. Elle dispose d’un service se consacrant entièrement à l’agriculture et aux agroentreprises, dont le directeur général encadre plus de 200 agents spécialistes de l’agriculture, qui gèrent les relations avec les agriculteurs. Cette équipe forme et conseille les exploitants pour faire de l’activité agricole une entreprise profitable. Le service s’efforce de comprendre les besoins de ses divers clients au sein des chaînes de valeur des cultures et de l’élevage et de leur fournir en temps utile des solutions pertinentes. Par exemple, les facilités de crédit proposées aux agriculteurs offrent une durée de prêt et un calendrier de remboursement adaptés aux prévisions des mouvements de trésorerie fondées sur le cycle de production, ce qui leur permet d’emprunter et de rembourser leurs prêts sans difficultés.

Le financement rural n’est pas qu’une offre de crédit. La banque propose aussi aux agriculteurs un vaste éventail d’aides financières. Equity Bank a beaucoup investi dans les infrastructures informatiques pour offrir des solutions de paiement et des produits d’épargne variés. Elle met à disposition des agriculteurs des services conviviaux et abordables : versements facilités, absence de frais de tenue de comptes et de solde minimum d’ouverture ou de fonctionnement. Grâce au service Hapo Hapo, les agriculteurs peuvent même ouvrir un nouveau compte à partir de leur téléphone.